Approches pédagogiques innovantes en géomatique appliquée

Apprendre autrement, une formation sur le terrain

Photo : Karine Couillard

L’Université de Sherbrooke est reconnue pour ses approches pédagogiques innovantes, qui misent sur l’aspect appliqué de la formation. Le Département de géomatique appliquée de la Faculté des lettres et sciences humaines fait honneur à cette réputation depuis de nombreuses années. Il propose un enseignement axé sur la pratique, qui permet de suivre une problématique environnementale concrète grâce à des outils technologiques très avancés, mais surtout d’aller en faire l’expérimentation directement sur le terrain, au grand bonheur des étudiantes et étudiants.

Le professeur Alexandre Langlois a recours à ces méthodes pédagogiques concrètes, qui semblent motiver énormément ceux à qui il enseigne. D'abord étudiant au baccalauréat, à la maîtrise et au postdoctorat au Département de géomatique appliquée, il y deviendra finalement professeur en 2012. Il compte présentement 15 étudiantes et étudiants sous sa direction et codirection. Les deux grands pôles sur lesquels il travaille sont l’Arctique et les milieux alpins, ce qui lui permet de faire de nombreuses campagnes terrain qui le font sortir du milieu scolaire traditionnel en classe.

Ayant lui-même participé à ce genre de sorties pendant ses études, entre autres sur le glacier Barnes en terre de Baffin, duquel il garde un souvenir impérissable, il ne s’en cache pas :  ses sorties terrain sont pour lui le cœur de son domaine et de son enseignement :

En route vers le glacier Barnes, à bord d'un avion nolisé
En route vers le glacier Barnes, à bord d'un avion nolisé
Photo : Alexandre Langlois

 Je pourrais partir 40 fois dans l’année, mais je dois maintenant déléguer un peu, à mon grand dam, parce que ces déplacements sont, pour moi, la partie la plus plaisante de mon travail.

Des sites de recherches à travers le monde

Son groupe de recherche compte à ce jour plus de 12 sites principaux, sites sur lesquels il se déplace chaque année. De la Suisse, en passant par l’Arctique, le Nunavut, la Colombie-Britannique, jusqu’à plus près de chez nous, la Baie-James et les Chic-Chocs, ces sites permettent aux étudiantes et étudiants à la maîtrise et au doctorat en télédétection d’effectuer des campagnes terrain nécessaires et particulièrement formatrices.

Compte tenu de l’aspect multidisciplinaire de la géomatique, les objectifs de ces sorties sont très variés. Par contre, le but ultime reste principalement d’améliorer les outils de suivi pour les changements climatiques, que ce soit en milieu alpin ou arctique. Pour les étudiantes et étudiants, l’objectif académique est surtout de se familiariser avec des outils techniques et d’avoir un contact direct avec ce qui sera, probablement, leur futur milieu de travail.

L’impact des changements climatiques

Le professeur Langlois précise que la réalité climatique à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui influence indubitablement le déroulement des sorties proposées et retarde parfois des déplacements : « Dans le monde arctique, il y a vraiment une augmentation des événements extrêmes : les tempêtes, les blizzards, les pluies hivernales, par exemple, compliquent le travail de terrain. Il y a des endroits où l’on ne peut plus passer sur la glace, parce que la glace est trop mince, il fait trop chaud, on est obligés de repousser certains déplacements. »

La même chose se produit du côté alpin, où les redoux et les possibles avalanches de neige mouillée rendent toute prise de données trop risquée pour les personnes sur place. Pour Alexandre Langlois, les changements climatiques qui se produisent présentement nécessitent beaucoup d’adaptations.

À la rencontre du métier

En géomatique, la mesure terrain est essentielle. Dans la plupart des cas, il faut aller sur place pour récolter des données et développer des méthodes de mesure. Y aller pendant ses études devient donc également nécessaire pour comprendre rapidement ce que demande cette discipline. Alexandre Langlois précise qu’il est primordial de toucher concrètement aux outils qui seront utilisés dans le cadre du milieu de travail, sinon ce sera beaucoup plus difficile pour la suite :

Il faut que tu y goûtes, que tu te gèles les doigts, il faut que ça coûte cher avoir tes données, il faut que tu comprennes que c’est dur. Ensuite, tu comprendras bien ce que tu étudies et tu pourras développer des outils qui feront éventuellement avancer les choses.

Une approche humaine

En plus de ce contact direct avec le milieu physique, les sorties terrain permettent d’aller à la rencontre des communautés inuites. Ainsi, les étudiants peuvent comprendre leurs projets dans un contexte social clair et voir l’impact réel que peuvent avoir leurs recherches sur ces communautés. Il y a également plusieurs programmes qui permettent de s’associer avec les populations sur place pour les intégrer aux projets de recherche. Ces contacts privilégiés avec une société éloignée permettent également de remettre en perspective les connaissances acquises, et d’acquérir une qualité nécessaire lorsque l’on devient chercheuse ou chercheur, l’humilité : « Ça rend vraiment humble quand on voit les savoirs traditionnels que les communautés inuites peuvent avoir. Une personne qui reste toute sa vie dans sa communauté acquiert des connaissances grâce à l’expérience terrain, des connaissances immenses et tangibles dont les étudiantes et étudiants peuvent bénéficier en étant mis en contact avec eux. Moi, j’ai besoin d’un radar pour calculer l’épaisseur de la neige; lui, seulement d’un harpon », mentionne le professeur Langlois.

Un professeur passionné, des étudiants motivés

La scène d'un des sites principaux du professeur Langlois, le col Rogers
La scène d'un des sites principaux du professeur Langlois, le col Rogers
Photo : Alexandre Langlois

En plus de permettre aux étudiantes et étudiants sous sa direction de voyager et d’apprendre de manière plus concrète, ces sorties suivent le professeur de géomatique jusque dans ses cours en classe et modifient sa façon d’enseigner. Beaucoup des travaux pratiques, donnés dans ses cours au baccalauréat et à la maîtrise en géomatique, sont à propos de vrais cas d’études, de vraies données et de vraies anecdotes terrain. Pour que ses cours soient encore plus pratiques, des visuels accompagnent son enseignement. Cela permet de montrer, de manière non théorique, le problème climatique, l’avalanche ou tout autre concept qu’enseigne le professeur.

Ce genre d’enseignement motive grandement les étudiantes et les étudiants du 1er cycle, qui viennent par la suite cogner à la porte de leur professeur pour faire une maîtrise. Ayant été lui-même extrêmement motivé par son milieu de doctorat et ayant eu la chance de voyager à travers le monde, le professeur souhaite faire vivre ce genre d’expérience aux groupes qu’il coordonne, qui deviennent à leur tour extrêmement inspirés par les possibilités qui s’offrent à eux :

Cette année, j’ai une étudiante qui va en Norvège un mois, une qui est à Berlin trois mois, deux étudiants qui vont en France en mars, un en Angleterre en juin, un à la NASA à Washington. Ça leur permet de devenir très motivés, proactifs et autonomes. C’est vraiment dynamique!

Le Département de géomatique appliquée de l’Université de Sherbrooke propose ainsi des expériences concrètes, autant sur le plan technique que sur le plan humain et relationnel, qui font sans contredit grandir les étudiantes et étudiants impliqués.