Célébrer l’originalité et le dynamisme de la recherche sherbrookoise

L'ambiance était festive à la Célébration de la recherche et des études supérieures
L'ambiance était festive à la Célébration de la recherche et des études supérieures

Photo : Michel Caron

Un dispositif traversant des blocages artériels auparavant impénétrables; un programme d’exercice qui, jumelé à un supplément alimentaire, ralentit la progression de l’Alzheimer; une œuvre musicale repoussant les limites techniques de ses interprètes… Les découvertes réalisées à l’Université de Sherbrooke changent la vie des gens. Et la Célébration de la recherche et des études supérieures constitue le moment idéal pour honorer les chercheuses et chercheurs qui, par leur passion et leur curiosité, alimentent les connaissances d’ici et d’ailleurs.

Yannick Bergeron et son assistant pour l'expérience, le jeune Julien
Yannick Bergeron et son assistant pour l'expérience, le jeune Julien

Photo : Michel Caron

Animée par Yannick Bergeron, vulgarisateur scientifique réputé et enseignant de chimie au secondaire, la soirée du 1er mai visait à remettre des prix dans trois secteurs, soit Médecine et sciences de la santé, Sciences naturelles et génie et Sciences humaines et sociales. L’événement a permis de saluer le travail exceptionnel de 64 récipiendaires,  provenant de l’ensemble de la communauté de la recherche à l’UdeS : étudiantes et étudiants, stagiaires postdoctoraux, professionnelles et professionnels de recherche ainsi que professeures et professeurs.

Sous la présidence d'honneur du président du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, monsieur Ted Hewitt, les prix ont été remis dans six catégories. Deux d’entre elles retiennent particulièrement l’attention : les Prix de la recherche et de la création de même que les prix Tremplin en recherche et en création.

Les blocages artériels, l’Alzheimer et les performances musicales : l’originalité à l’honneur

Au cœur des Prix de la recherche et de la création se trouve l’originalité des productions récompensées. Principal critère de sélection des récipiendaires, elle est pourtant loin d’être le seul. À travers une publication ou une œuvre de création, chaque équipe ou personne primée a entraîné, et entraînera, des retombées précieuses sur le plan social, scientifique ou technologique.

Percer les résistances des blocages artériels

L'équipe SoundBite, récipiendaire du Prix de la recherche et de la création, catégorie Sciences naturelles et génie
L'équipe SoundBite, récipiendaire du Prix de la recherche et de la création, catégorie Sciences naturelles et génie
Photo : Michel Caron

Sous la supervision de Martin Brouillette, Simon Bérubé, Andrew Benko et Marc-Antoine Despatis et avec l’aide de Steven Dion et Louis-Philippe Riel, l’équipe SoundBite a dégagé des occlusions complètes d’artères sur 40 sujets humains. Avec les méthodes traditionnelles, ces blocages demandent des interventions complexes et diminuent la qualité de vie des gens touchés.

Par des impulsions mécaniques de forte amplitude et de courte durée, la technologie SoundBite perce des blocages considérés auparavant comme indélogeables, et ce, sans risque pour les tissus environnants. Plusieurs autres applications médicales sont envisagées, allant du traitement de problèmes cardiovasculaires à l’ablation de tumeurs cancéreuses.

Nourrir le cerveau atteint d’Alzheimer

L'équipe récipiendaire du Prix de la recherche et de la création, catégorie Médecine et sciences de la santé
L'équipe récipiendaire du Prix de la recherche et de la création, catégorie Médecine et sciences de la santé

Photo : Michel Caron

Grâce à une technique d’imagerie novatrice, Stephen Cunnane, Nancy Paquet, Guy Lacombe, Tamàs Fülöp, Christian Bocti et Isabelle Dionne ont établi que, dans la maladie d’Alzheimer, les cellules du cerveau fonctionnent toujours, ce qui contredit l’assomption jusque-là en vigueur dans le domaine médical. Mais ces cellules reçoivent peu ou pas d’énergie… En effet, elles se nourrissent normalement de glucides, mais le cerveau atteint d’Alzheimer en absorbe moins.

Or, devant un apport glucidique faible, le cerveau a recours aux cétones, fournies par le gras. L’exercice modéré et un supplément alimentaire cétogène semblent améliorer les résultats de patients atteints d’Alzheimer lors de tests cognitifs. Cette découverte suggère donc des pistes non pharmacologiques pour la prévention et le traitement de cette redoutable maladie.

Faire résonner la musique… de trois façons

À gauche, Robert Ingari, récipiendaire du Prix de la recherche et de la création, catégorie Sciences humaines et sociales
À gauche, Robert Ingari, récipiendaire du Prix de la recherche et de la création, catégorie Sciences humaines et sociales

Photo : Michel Caron

Seules une douzaine d’œuvres contemporaines sont écrites pour chœur et violoncelle : parmi elles figure Vient le jour, de Robert Ingari. L’année 2017 a d’abord marqué sa première présentation publique en Amérique du Nord. Ensuite, un enregistrement professionnel a capté le défi technique que pose cette œuvre. Sopranos et basses déploient toute la richesse de leur registre tandis que, comme une neuvième voix, le violoncelle vibre des aigus aux graves. Et l’enregistrement contient six mesures omises de la composition originale, ce qui le magnifie encore.

Enfin, le professeur Leonard Ratzlaff, de l’Université de l’Alberta, a sélectionné Vient le jour pour le programme de son chœur, les Madrigal Singers. Cette interprétation rend justice au texte introspectif et pourtant universel signé par la poète québécoise Hélène Dorion.

La contribution sociale comme moteur : le dynamisme de professeurs en début de carrière

La vitalité de la recherche dépend du dynamisme de celles et ceux qui la mènent… Les prix Tremplin reconnaissent l’énergie et l’intégrité de membres du corps professoral en début de carrière. Les trois récipiendaires ont, à leur façon, repoussé les frontières de la recherche et de la création.

Participer à la médecine de demain

Au centre, Luigi Bouchard, récipiendaire du prix Tremplin, catégorie Médecine et sciences de la santé
Au centre, Luigi Bouchard, récipiendaire du prix Tremplin, catégorie Médecine et sciences de la santé
Photo : Michel Caron

Luigi Bouchard voit ses avancées en épigénétique comme s’imbriquant dans un tout, plus grand que lui : les connaissances relatives à la médecine. Celles-ci influencent toutes les générations, les unes après les autres. En effet, les soins en vigueur aujourd’hui découlent des percées réalisées dans les 50 dernières années… et ceux des prochaines années sont tributaires des travaux actuels.

Un programme de recherche dynamique est donc, pour Luigi Bouchard, une solution pour améliorer concrètement la vie des gens. L’information récoltée aujourd’hui pourrait servir, par exemple, à améliorer l’évaluation des pronostics, à ajuster les traitements, et même à augmenter les chances de guérison.

Placer l’humain au cœur du commerce international

Geneviève Dufour, récipiendaire du prix Tremplin, catégorie Sciences humaines et sociales
Geneviève Dufour, récipiendaire du prix Tremplin, catégorie Sciences humaines et sociales

Photo : Michel Caron

Geneviève Dufour s’intéresse tout particulièrement à la prise en compte de l’humain dans le commerce international, comme les effets du libre-échange sur les conditions sociales ou l’environnement. Pour elle, le rôle d’un professeur d’université dépasse, et de loin, les murs de son institution d’attache.

Si enseigner et faire de la recherche sont des bases précieuses, elles prennent tout leur sens seulement si elles sont utiles et utilisées dans la société. À la fois diplomate et progressiste, Geneviève Dufour souhaite donc fournir des solutions juridiques aux personnes œuvrant en négociation et en politique, afin que les accords commerciaux à venir s’adaptent aux êtres humains… et non l’inverse.

Transformer les déchets en richesse pour les régions

Au centre, Mathieu Robert, récipiendaire du prix Tremplin, catégorie Sciences naturelles et génie
Au centre, Mathieu Robert, récipiendaire du prix Tremplin, catégorie Sciences naturelles et génie
Photo : Michel Caron

Mathieu Robert sourit quand il évoque sa capacité à utiliser ses études et ses compétences pour épauler les régions éprouvant des difficultés à gérer leurs matières résiduelles. Il cherche à valoriser, tout particulièrement, les matériaux problématiques dans les sites d’enfouissement. Les transformer en matériaux fonctionnels, que les communautés emploient ensuite, illustre, à ses yeux, tout ce que l’économie circulaire a d’efficace.

En effet, la transformation de déchets considérés à tort comme inutiles diminue non seulement les coûts de l’exportation parfois nécessaire à leur enlèvement, mais aussi ceux liés à l’importation d’autres ressources… parce que, en plus, le chercheur veille à développer, avec cette valorisation, des matériaux moins accessibles pour les milieux québécois.

Plusieurs autres prix et mentions ont été remis lors de la cérémonie, dans quatre autres catégories : Récipiendaires de grands prix, Prix de la meilleure thèse de doctorat, Concours de vulgarisation scientifique et Concours « Ma thèse en 180 secondes ».