Concours Ma thèse en 180 secondes

Une éducation personnalisée pour les personnes atteintes de diabète

Photo : François Lafrance

Le diabète amène peu de symptômes mais fait des ravages à long terme sur notre santé. Un peu comme les fourmis charpentières qui peuvent gruger toute la structure en bois de notre maison sans même qu’on s’en rende compte, le diabète va sournoisement affecter nos yeux, nos reins et notre cœur, jusqu’à temps qu’il soit trop tard et que notre maison s’effondre.

C’est en ces termes que Sarah Lafontaine a entamé sa présentation, le jeudi 29 mars, dans le cadre du concours Ma thèse en 180 secondes de l’UdeS. Dernière des six participants réunis au Carrefour de l’information, la jeune doctorante de la Faculté de médecine et des sciences de la santé a obtenu la première place. Son intérêt manifeste pour la vulgarisation, le recours à des métaphores imagées, son implication soutenue auprès des patients et le lien fort qu’elle a su créer avec l’auditoire ont séduit les cinq membres du jury.

L’étudiante au doctorat en recherche en sciences de la santé, concentration sciences infirmières, représentera l’UdeS lors de la finale nationale du concours. Cette finale se tiendra le 9 mai à l’Université du Québec à Chicoutimi, dans le cadre du congrès annuel de l'Association francophone pour le savoir (Acfas). Le Regroupement des étudiants de maîtrise, de diplôme et de doctorat de l’UdeS (REMDUS) offre par ailleurs à la gagnante un prix de 250$.

La carte conceptuelle pour augmenter l’efficacité des interventions

Au Québec, on estime à 830 000 le nombre de personnes qui vivent avec le diabète, soit près d’une personne sur 10. Si elle n’est pas gérée ou contrôlée adéquatement, cette maladie évolutive peut entraîner de graves complications. Le diabète est la cause de la moitié des amputations non liées à un trauma, de 40% des insuffisances rénales et de 25% des opérations chirurgicales au cœur. Elle est aussi la première responsable de la perte de la vue chez les adultes de moins de 65 ans.

Afin d’éviter que les fourmis fassent des dommages irréversibles, les personnes atteintes du diabète reçoivent de l’enseignement pour changer leurs habitudes de vie. Le problème, c’est que l’enseignement actuel est peu efficace à long terme. En effet, les études démontrent qu’un an après avoir reçu de l’éducation sur le diabète, la plupart des bienfaits disparaissent, comme si le patient n’en avait jamais reçu.

Les six participants, en attente du début des présentations. À l'animation, M. Pierre-Richard Gaudreault, vice-recteur associé à la recherche, à l'innovation et à l'entrepreneuriat et Directeur général du Service d'appui à la recherche, à l'innovation et à la création.
Les six participants, en attente du début des présentations. À l'animation, M. Pierre-Richard Gaudreault, vice-recteur associé à la recherche, à l'innovation et à l'entrepreneuriat et Directeur général du Service d'appui à la recherche, à l'innovation et à la création.
Photo : François Lafrance

Parce que les patients jouent un rôle crucial dans la gestion de leur maladie – l’autogestion représente 98% des soins - Sarah Lafontaine a voulu comprendre pourquoi l’éducation relative au diabète est si peu efficace. Sa principale constatation : l’information est donnée au patient sans d’abord évaluer ce qu’il sait, quelles sont ses croyances ou ce qu’il veut apprendre. C’est là le sujet de sa thèse : développer une nouvelle intervention éducative davantage centrée sur le patient. Son outil de prédilection pour y parvenir : la carte conceptuelle.

Prenons l’exemple de Paul, un homme diabétique de 55 ans que je rencontre afin de lui donner de l’enseignement. Comment utiliser la carte auprès de Paul? J’écris un concept sur une feuille (ex. : le mot diabète) et je demande à Paul d’écrire des éléments qu’il croit reliés au diabète. Selon Paul, le diabète peut mener à une amputation, ce qui est vrai. Toutefois, toujours selon Paul, le diabète est une maladie qui est temporaire. On sait que c’est faux. Alors je peux passer des heures à enseigner à Paul comment changer ses habitudes de vie, mais si Paul croit que son diabète va « passer tout seul », que pensez-vous qu’il va arriver quand il va retourner chez lui? Absolument rien… Fourmis : 1, Paul : 0.

Confiante de pouvoir mettre en place une nouvelle intervention éducative inspirée de la carte conceptuelle, Sarah Lafontaine poursuit son projet en collaboration avec un groupe d’experts formé d’un pédagogue, d’infirmières et de patients diabétiques. Elle espère pouvoir intégrer son intervention au sein des CLSC prodiguant de l'enseignement aux personnes diabétiques, et croit même que d’autres maladies chroniques pourraient un jour bénéficier de son modèle.

Quatre facultés représentées par six participants

Trois critères ont servi à évaluer les prestations : la vulgarisation, la communication orale ainsi que l’implication, c’est-à-dire la capacité des candidats à transmettre leur passion et à susciter la curiosité de l’auditoire. La plupart des participants sont arrivés à respecter la limite de temps de 180 secondes. Voici la liste des personnes qui ont pris part au concours le 29 mars :

Faculté de génie

  • Youcef Bioud     
    Des pièges à défauts pour pousser encore plus loin l'efficacité du solaire!

Faculté des lettres et sciences humaines

  • Isabelle Proulx 
    Des chevaux et des livres

  • Daphnée Genesse         
    L'attachement amoureux et la régulation des besoins psychologiques d'autonomie et de connexion comme prédicteurs de la satisfaction conjugale

Faculté des sciences

  • Martin Morin   
    Rôles des œstrogènes dans la protection contre l'obésité

Faculté de médecine et des sciences de la santé

  • Jonathan Harnie             
    Réactivation de la marche après une lésion complète de la moelle épinière grâce à un entrainement non spécifique à la tâche   
  • Sarah Lafontaine             
    Développement et validation d’une intervention inspirée de la carte conceptuelle à partir de l’expérience de patients vivant avec le diabète de type 2 et d’infirmières expertes en diabète