Baladodiffusion

Environnement

Se relever plus fort après un sinistre grâce à la recherche

21 novembre 2019 | Valérie Millette

Six mois après les inondations printanières de 2019, la détresse psychologique des communautés québécoises touchées demeure aiguë. L’eau s’est retirée, mais le flot d’émotions reste tumultueux. Selon la professeure Mélissa Généreux, il est impérieux de se doter d’outils pour mieux soutenir les personnes sinistrées et accroître leur résilience à plus long terme.

La solution qu’elle propose : démontrer l’ampleur des conséquences physiques et psychologiques du désastre à l’aide de données scientifiques, afin d’inciter les personnes au pouvoir à agir.

En traçant un parallèle avec la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic1, qu’elle a vécue de près à titre de directrice de Santé publique de l’Estrie, la professeure Généreux nous raconte comment elle et d’autres chercheuses et chercheurs se basent sur la rigueur scientifique pour donner une voix aux femmes et aux hommes anéantis par le désastre naturel.

Professeure Mélissa Généreux, du Département des sciences de la santé communautaire
Photo : Michel Caron
Balado intégral : entretien avec Mélissa Généreux

On ne veut pas juste suivre notre état et constater que ça ne va pas bien. Selon l’expérience de Lac-Mégantic, une fois qu’on démontre ça de manière rigoureuse sur le plan scientifique – soit qu’il y a un certain pourcentage de la population qui est toujours affectée, et ce, plus de 6 mois suivant les inondations – ça devient une évidence qu’on ne peut pas ignorer et pour laquelle on doit agir.

Photo : Michel Caron
Photo : Michel Caron

Il y a 3000 personnes à qui on va donner le micro pendant 20 minutes. C’est beaucoup! Chaque 20 minutes va compter quand on va faire nos analyses. C’est un peu comme leur redonner le pouvoir, leur donner le temps de nous expliquer ce qu’elles ont vécu, comment elles se sentent 6 mois après.

Dans mes rêves les plus fous, et j’espère qu’on va se rendre jusque-là comme société québécoise, à force de documenter les impacts psychosociaux et de montrer l’ampleur de ce que ça représente pour notre société, surtout dans un contexte de changement climatique, on va en venir à l’évidence qu’on doit agir beaucoup plus en amont des sinistres.

Photo : Michel Caron
Photo : Michel Caron

Une communauté pour laquelle on a travaillé sur la résilience communautaire, donc à savoir le réseau d’entraide, le soutien social, une meilleure connaissance des différentes ressources et des organismes, un meilleur réseautage et plus de collaboration; tout ça, à la limite, si le sinistre n’arrive jamais, à ce que je sache, ce sont toutes les caractéristiques d’une communauté qui est dynamique, vivante et qui va nous aider à faire face à toutes sortes d’adversités, que ce soit à l’échelle climatique, économique ou autre.

À propos de Mélissa Généreux
Mélissa Généreux est professeure au Département des sciences de la santé communautaire de l’Université de Sherbrooke, chercheuse associée au Centre de recherche sur le vieillissement ainsi que chercheuse principale à l’Institut universitaire de première ligne en santé et services sociaux du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. La Pre Généreux agit également comme médecin-conseil à la Santé publique de l’Estrie et coordonnatrice du programme de santé dans le domaine des changements climatiques de l’organisme Ouranos. Ses travaux portent notamment sur la santé environnementale.

1. L’accident ferroviaire de Lac-Mégantic
Dans la nuit du 6 juillet 2013, un train transportant du pétrole brut a déraillé à Lac-Mégantic, causant une série d’explosions, embrasant le centre-ville et causant le décès de 47 personnes.