Promouvoir l’inclusion pour lutter contre la transphobie

Le drapeau représentant la communauté trans se compose de cinq bandes horizontales.
Le drapeau représentant la communauté trans se compose de cinq bandes horizontales.
Photo : Fournie

Les violences transphobes font un nombre incalculable de victimes chaque année. Le Jour du souvenir trans, souligné le 20 novembre partout dans le monde, vise à commémorer la mémoire des personnes décédées en lien avec leur identité de genre. Une récente étude de l’UdeS révèle d’ailleurs un taux de détresse psychologique très élevé chez cette population, pour qui peu de ressources existent actuellement.

Dirigée par la professeure Julie-Christine Cotton, du Département d’orientation professionnelle de la Faculté d’éducation, l’enquête visait à explorer les enjeux vécus par les personnes trans, non binaires et en questionnement identitaire de genre sur les plans psychologique, scolaire et professionnel, mais aussi leur accès aux soins et services.

Parmi les quelque 200 personnes répondantes, dont une bonne proportion est issue de l'Estrie, mais aussi de l’ensemble des régions du Québec, 63 % présentaient un degré de détresse psychologique au-dessus du seuil clinique. Questionnées à savoir si elles avaient connu des pensées suicidaires en lien avec leur identité de genre au cours de la dernière année, elles ont répondu dans l’affirmative à près de 23 %, et 16 % avaient eu des idées noires au cours… des 30 derniers jours! Des chiffres sans commune mesure avec ceux de la population en général.

Ces groupes sont peut-être minoritaires au sein de la population, mais ils sont surreprésentés par rapport à leur niveau de détresse psychologique.

Pre Julie-Christine Cotton

Peu de ressources existantes

C’est lorsqu’elle travaillait comme psychoéducatrice au CIUSSS de l’Estrie-CHUS que la Pre Cotton a pris la pleine mesure de la souffrance ressentie par ces personnes. Elle fut frappée par le mal-être d’un adolescent aux prises avec une multitude de défis en lien avec l’expression de son identité de genre. Les coups de fil qu’elle avait alors faits pour venir en aide à ce jeune et à ses parents lui ont fait réaliser le manque de ressources gratuites actuellement disponibles en région. En effet, les services publics et communautaires de l’Estrie peinent actuellement à couvrir la demande auprès des populations trans, non binaires ou en questionnement identitaire de genre.

Cette première incursion dans l’univers difficile d’un jeune trans est déterminante quant au choix de sa programmation de recherche lorsqu’elle décroche son poste de professeure à l’UdeS, quelques mois plus tard.

Avec l’enquête, mon but était d’explorer ce que cette population vit sur le plan psychologique, social et professionnel, et aussi d’alimenter le travail qui se fait pour développer des services ici en Estrie. Actuellement, trop de gens vont à Montréal et sont sur des listes d’attente.

 Pre Julie-Christine Cotton

La Pre Julie-Christine Cotton, à gauche, et Séré Beauchesne Lévesque du GATUS, aussi auxiliaire de recherche dans son équipe de recherche.
La Pre Julie-Christine Cotton, à gauche, et Séré Beauchesne Lévesque du GATUS, aussi auxiliaire de recherche dans son équipe de recherche.
Photo : Fournie

Les résultats de l’enquête confirment le manque de ressources et de services accessibles, adaptés et de qualité pour les personnes trans, non binaires ou en questionnement identitaire de genre dans la région. IRIS Estrie, qui offre notamment un groupe de discussion et de soutien aux personnes trans, et le Groupe d’action trans de l’UdeS (GATUS), apparaissent comme les deux principaux organismes gratuits vers qui elles peuvent se tourner. De plus, ces organismes reçoivent peu de soutien financier en comparaison avec toute la clientèle qu'ils desservent.

La Pre Cotton salue d’ailleurs le travail colossal entrepris depuis 2016 par le GATUS, qui a contribué à la mise sur pied de la récente directive portant sur le choix d’un prénom, nom et genre usuels à l’UdeS :

Que le dead name soit présent au quotidien dans la vie d’une personne en transition, c’est très éprouvant pour elle!

Le terme deadname fait référence au prénom légal assigné à la naissance par lequel une personne ne souhaite pas être identifiée.

Plutôt taire sa transidentité

En plus de devoir composer avec la détresse psychologique associée à la dysphorie de genre, la discrimination et les agressions de tout type se vivent au quotidien pour les personnes trans et non binaires.

Nombreuses sont celles qui préfèrent d’ailleurs ne pas révéler leur identité de genre dans leur milieu de travail ou en contexte scolaire.

L’enquête révèle qu’à peine plus de la moitié des personnes répondantes mentionnent leur transidentité à leurs collègues de travail ou à leurs patronnes ou patrons. Chez les étudiantes et étudiants, tout juste 40 % dévoilent leur identité de genre à leurs collègues de classe ou au personnel en place.

Ce que ça me dit, se désole la professeure, c’est que les personnes ne croient pas que les gens autour pourraient comprendre et leur apporter un soutien.

Abandon des études ou d'un emploi

Des répercussions directes se font aussi sentir du côté de l’abandon des études ou d’un emploi. Les données recueillies démontrent que les personnes qui vivent une transition sont plus susceptibles d’abandonner ou de reporter leurs études, le temps que leur apparence convienne à leur identité de genre. Il en est de même pour celles en emploi, qui sont plus à risque de quitter le milieu de travail dans lequel elles évoluent pendant leur transition.

Afin d'approfondir la question, la professeure prévoit s’attarder, dans ses prochaines recherches, aux expériences de discrimination vécues par les personnes trans et non binaires dans leurs différents milieux de vie et de leur impact sur leurs aspirations scolaires et professionnelles.

Plus j’avance, et plus je me rends compte qu’au-delà de la transidentité, ce que vivent ces personnes, ça parle surtout de notre société à nous, qui est très normative, binaire, définie, en ce qui concerne la notion du genre.

Pre Julie-Christine Cotton

L’équipe de recherche chargée de cette étude comptait aussi le professeur Yann Le Corff et la professeure Alexa Martin-Storey, de la Faculté d’éducation, de même que la professeure Annick Michaud, de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’UdeS. Des personnes trans et non binaires y ont aussi participé, notamment sur le plan de la validation culturelle de l’enquête et de l’assistanat de recherche.

À propos du Jour du souvenir trans
Depuis 1998, le Jour du souvenir trans est célébré partout dans le monde le 20 novembre pour commémorer la mémoire des personnes trans décédées pour des motifs transphobes et pour mettre en lumière les violences subies par ces personnes.

Pour une quatrième année à Sherbrooke, une veillée aux chandelles a été organisée par le GATUS devant l'hôtel de ville pour souligner cette journée.