Finaliste au concours J’ai une histoire à raconter du CRSH

Vulgariser les troubles alimentaires, de l’UdeS à la Colombie-Britannique

« Faire une étude sans diffuser les résultats, ce n’est pas très utile », déclare d’emblée Sophie Labossière. Elle a découvert le plaisir la vulgarisation en participant à l’édition 2018 du concours annuel de l’UdeS… Et, en 2019, le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) la nomme finaliste de J’ai une histoire à raconter, dont la compétition ultime se déroulera à Vancouver.

Vulgarisation : un tremplin collectif essentiel

Sophie Labossière
Sophie Labossière

Photo : Michel Caron

Intéressée par les attitudes et comportements alimentaires problématiques, Sophie est surtout motivée par l’envie de faire une différence. C’est ce qui l’a attirée vers la maîtrise en psychoéducation. Et c’est ce qui l’a poussée, presque naturellement, vers la vulgarisation scientifique. « La vulgarisation, c’est informer la population des sujets traités dans les murs de l’université. C’est redonner à la communauté », précise celle pour qui la recherche est d’abord et avant tout une richesse sociale, collective.

Sophie a tellement apprécié son expérience au Concours de vulgarisation scientifique de l’UdeS qu’elle s’est lancé un encore plus gros défi cette année : soumettre une capsule vidéo de moins de 3 minutes au CRSH, dans le cadre du concours J’ai une histoire à raconter.

Le concours J’ai une histoire à raconter
Organisé par le CRSH, le concours J’ai une histoire à raconter demande à ses participants et participantes de vulgariser une recherche financée par l’organisme et réalisée à leur institution d’attache.
Quatre formats sont possibles : vidéo, audio, textuel ou visuel. Une vidéo ou un document audio sont limités à 3 minutes; un texte ou une infographie, à 300 mots.
À la première phase, 25 propositions sont retenues. Les finalistes participeront à la deuxième phase, au Congrès des sciences humaines 2019, en Colombie-Britannique. Après un atelier sur la vulgarisation, ils présenteront, de vive voix, leur sujet. Seules 5 personnes seront désignées comme grandes gagnantes.

Quand les enfants sont préoccupés par leur poids, soumission de Sophie Labossière au CRSH
Quand les enfants sont préoccupés par leur poids, soumission de Sophie Labossière au CRSH

Photo : fournie

Sophie a choisi de couvrir l’étude Attitudes et comportements alimentaires problématiques chez les enfants : quels sont les facteurs psychosociaux impliqués?, travail de la professeure Isabelle Thibault, sa directrice de maîtrise. Certes, Sophie agit comme coordonnatrice pour cette recherche. Mais elle jugeait surtout l'étude, qui traite de « difficultés encore taboues », digne d’attention. Elle y voyait aussi un autre avantage, tout personnel…

Quand on fait de la recherche, expliquer notre travail aux gens de notre entourage est parfois tout un défi, précise-t-elle, en souriant. Mon travail, je l’ai éclairci pour la population canadienne, oui… mais aussi pour mes parents, ma famille et mes amis!

Elle rédige souvent dans le cadre de ses études et de son travail… Pourquoi, alors, avoir choisi la vidéo?

Vidéo de vulgarisation : entre attrait et défis

Sophie répond dans un éclat de rire.

C’est justement parce que j’écris déjà beaucoup!, annonce-t-elle. J’avais envie d’explorer les possibilités créatives et artistiques de la vidéo.

La professeure Isabelle Thibault et Sophie Labossière
La professeure Isabelle Thibault et Sophie Labossière
Photo : Michel Caron

Elle s’est heurtée à un défi de taille, la limite de temps : « Trois minutes, c’est court! » Si la vidéo s’était résumée à une narration de sa part, Sophie est convaincue que l’enjeu temporel n’aurait pas pesé aussi lourd. Mais, pour bien illustrer la pertinence de l’étude, elle souhaitait inclure un témoignage réel – un procédé classique de vulgarisation. Pour dynamiser le tout, elle avait aussi prévu une entrevue avec Isabelle Thibault, la chercheuse principale.

Choisir les meilleurs segments était difficile. Les intervenantes ne lisaient pas de texte, elles parlaient spontanément de ce qui leur venait en tête.

Pour faciliter le montage, Sophie avait établi un plan de travail, où elle avait ciblé les idées essentielles. Elle s’y référait fréquemment, quand les choix devenaient encore plus ardus.

Elle souligne qu’elle s’est beaucoup reposée sur des amis dont le travail est de créer des contenus vidéo. L’équipe, composée de Dominique Caron, Naïm Kasmi et Sonia Frickx, a notamment épaulé Sophie pour la logistique.

Environ 95 % des images sont originales. Elles ont demandé une journée complète de tournage, où tout le monde gardait en tête le souci de confidentialité, surtout pour les scènes où interviennent des enfants. Trouver des figurants a d’ailleurs aussi été un défi!

Elle souligne la disponibilité et la patience de l’équipe, avec laquelle elle a été en contact à toutes les étapes. Elle considère que, sans cet appui, le résultat final serait loin de ce qu’elle a proposé.

Il reste que les contenus couverts tablaient aussi sur les forces de Sophie, qui aborde un sujet semblable dans son mémoire de maîtrise, intitulé Caractéristiques psychologiques associées aux attitudes et comportements alimentaires problématiques chez les étudiant.es-athlètes universitaires.

Kinésiologie et psychoéducation : deux façons d’aborder la réalité des athlètes universitaires

Le sujet tombe sous le sens quand on sait que Sophie a étudié un an en kinésiologie avant de s’inscrire en psychoéducation. « J’ai beaucoup aimé mon expérience, mais j’avais envie de pousser un peu plus l’aspect psychologique », explique-t-elle.

La relation thérapeutique, sentir que j’aide les gens à cheminer dans leurs difficultés, a été déterminante tout au long de mon parcours. Avec la psychoéducation, j’ai développé ma compréhension des autres comme personnes complexes, avec des dimensions multiples.

Les comportements problématiques liés à l'alimentation se manifestent parfois dès l'enfance, comme l'explique Sophie Labossière dans la vidéo qu'elle a produite pour le concours J'ai une histoire à raconter du CRSH.
Les comportements problématiques liés à l'alimentation se manifestent parfois dès l'enfance, comme l'explique Sophie Labossière dans la vidéo qu'elle a produite pour le concours J'ai une histoire à raconter du CRSH.

Photo : fournie

Cette multiplicité, l’étudiante la retrouve chez les étudiants et étudiantes athlètes, clientèle ciblée par son mémoire.

Les attitudes et comportements alimentaires problématiques se manifestent parfois dès l’enfance. Mais ils commencent le plus souvent à l’adolescence et au début de l’âge adulte. Cette période charnière a influencé le choix de mon public.

Si tous les universitaires novices subissent des pressions, celles exercées sur les athlètes sont particulièrement âpres. Sophie cible trois défis développementaux : le passage à la vie adulte, la transition à l’université et les attentes de performance sportive. Seul le dernier est propre aux athlètes universitaires, mais ces trois sources de stress conjuguées prédisposent certaines personnes à adopter des attitudes et comportements alimentaires problématiques, comme manière de récupérer une impression de contrôle.

Au cours de sa maîtrise, l’étudiante s’attarde aux manifestations psychologiques liées aux comportements et attitudes alimentaires à risque vécus par les athlètes universitaires. Elle en a identifié plusieurs : faible estime de soi, manque de régulation émotionnelle ou aliénation interpersonnelle. Les athlètes aux prises avec ces troubles pourraient donc être envahis par la colère ou l'anxiété sans arriver à les contenir, manquer de confiance dans les autres et se retirer des relations sociales.

Sophie prévoit déposer son mémoire en mai 2019… entre autres, parce qu’elle commencera le doctorat en psychoéducation à l’automne suivant. Son plan? Explorer les caractéristiques sociales associées au développement d'attitudes et de comportements alimentaires problématiques chez les athlètes universitaires. Est-ce que les comparaisons omniprésentes, sur le plan sportif mais aussi sur l’apparence, ou l’attitude des entraîneurs y jouent un rôle? Lequel?

Entre la rédaction de son mémoire et son travail de coordonnatrice, Sophie se prépare déjà pour la deuxième phase du concours J’ai une histoire à raconter. Elle y voit d’ailleurs une pratique rêvée pour sa vie d’étudiante au doctorat, où elle prévoit intervenir dans certains congrès.

Ce sera une occasion parfaite pour interagir avec des gens de toutes les disciplines, en anglais, souligne-t-elle, l’œil pétillant et les joues roses. Par contre, je présenterai en français… Sinon, je serais bien trop stressée!

Il y a fort à parier que son enthousiasme traversera la frontière de la langue.