Prix Tremplin en recherche et en création 2018 – Médecine et sciences de la santé

Luigi Bouchard : quand la recherche universitaire de haut niveau contribue au développement régional

Et si prévenir le diabète de grossesse chez la mère pouvait contribuer à réduire le développement de l’obésité chez l’enfant? Voilà l’hypothèse de recherche sur laquelle travaillent le professeur Luigi Bouchard et son équipe. Basé au site de Saguenay, où il participe à la vitalité du doctorat en médecine de l’UdeS depuis près d’une dizaine d’années, le biochimiste de formation, professeur-chercheur au CRCHUS et au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, s’est vu remettre l’an dernier un Prix Tremplin en recherche et en création. Regard sur ce chercheur engagé, dont les travaux pionniers sont au centre de découvertes majeures sur l’épigénétique.

Lorsqu’il intègre le site de Saguenay en mars 2008, Luigi Bouchard devient le premier professeur-chercheur non clinicien à y être embauché pour la recherche universitaire. Il s’agit d’un retour aux sources pour le Saguenéen d’origine, qui avait amorcé sa carrière comme professeur associé à l’Université de Montréal. Il n’a pas hésité à saisir le défi professionnel qui lui a été proposé de pouvoir travailler dans sa région natale.

Mon embauche à l’UdeS est un moment marquant, puisque ça a mis ma carrière de chercheur sur les rails. J’y ai développé des opportunités importantes, comme des collaborations privilégiées avec plusieurs chercheurs de la FMSS.

Développer des activités de recherche en région

Fervent défenseur du développement régional, le professeur Bouchard est très fier de contribuer à la recherche universitaire en travaillant au site de Saguenay.

L’implication de l’UdeS pour développer l’enseignement de la médecine et la recherche en région m’a séduit. Je crois beaucoup au développement régional et je suis très heureux d’y participer.

Le Pr Bouchard enseigne au Département de biochimie de la Faculté de médecine et des sciences de la santé. Il est aussi professeur-chercheur au CRCHUS et au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Le Pr Bouchard enseigne au Département de biochimie de la Faculté de médecine et des sciences de la santé. Il est aussi professeur-chercheur au CRCHUS et au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Photo : Michel Caron - UdeS

À l’instar des quelques chercheurs et chercheuses ayant été embauchés depuis, il travaille très fort afin de maintenir le niveau de la recherche en région. Chercheur boursier du Fonds de recherche du Québec –Santé (FRQS) depuis 2011, il consacre 75 % de son temps à la recherche et publie chaque année une dizaine de manuscrits scientifiques. Il enseigne aussi en biochimie et en médecine, en plus d’être coresponsable de la situation professionnelle de type recherche, l’un des volets du programme de doctorat de médecine.

Un volet clinique s’ajoute en outre à la carrière de Luigi Bouchard, qui assume depuis 2008 les fonctions de chef du Service de biologie moléculaire et génétique du CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean, une contribution qui lui tient particulièrement à cœur. Sous sa gouverne, de nombreuses activités ont été mises en place dans le service, dont le développement et la réalisation de tests de diagnostic et de dépistage génétiques pour la population régionale. Devant le succès démontré à réaliser ces tests de manière efficiente et peu coûteuse, le ministère de la Santé et des Services sociaux a accepté d’élargir en 2018 à l’ensemble du Québec l’offre de tests pour plusieurs maladies régionales.

Ce fut l’apothéose, quand le ministre Gaétan Barrette est venu faire cette annonce. À part notre centre, peu ont développé ces tests à des coûts aussi bas. Il s’agit d’une belle reconnaissance.

L’influence du diabète gestationnel sur la santé de l’enfant

Le Pr Bouchard, lors de la remise du Prix Tremplin en mai 2018.
Le Pr Bouchard, lors de la remise du Prix Tremplin en mai 2018.
Photo : Michel Caron - UdeS

En 2010, le professeur Bouchard et son équipe faisaient figures de pionniers en publiant pour la première fois le lien du diabète gestationnel sur l’épigénome de l’enfant. Ils y émettaient l’hypothèse que le génome de l’enfant pouvait avoir conservé des marques du diabète, ce qui pouvait dérégler ou partiellement dérégler son programme épigénétique et contribuer ainsi au développement de maladies, comme l’obésité et le diabète.

Propre à la grossesse, le diabète gestationnel touche 8 à 10 % des femmes au Québec, ce qui représente une proportion importante. Les études mentionnent que les enfants exposés au diabète de grossesse pendant le développement fœtal présentent deux fois plus de risque de développer l’obésité, le diabète ou des maladies cardiovasculaires, et ce, même si les mères ont été traitées adéquatement pendant leur diabète. Le chercheur et son équipe travaillent à comprendre comment la période du développement embryonnaire et fœtal influence l’établissement du programme épigénétique, qui se met en place essentiellement lors de cette période.

Depuis deux ans, le professeur Bouchard collabore avec un large réseau de chercheurs et aussi avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour développer des interventions préconceptuelles, en grossesse ou encore pendant la petite enfance, afin réduire le risque d’obésité dans certaines populations mondiales.

Par la compréhension des mécanismes en cause, il souhaite ardemment trouver une façon de prévenir et de réduire l’obésité infantile, et ces grandes études internationales pourraient y contribuer.

À propos de l’épigénétique

Les mécanismes épigénétiques permettent de réguler l’expression des gènes. À l’image de l’utilisation des accents dans la langue française ̶ comme sucre et sucré ̶ la séquence de lettres est la même, mais l’ajout d’un accent aigu module la signification du mot.

Les mécanismes épigénétiques ne changent donc pas la séquence d’ADN du génome, mais ils s’apparentent à des accents sur la séquence d’ADN, qui permettent de moduler la façon dont l’information génétique est interprétée.

Ce sont de petites molécules chimiques, des groupements méthyls, qui viennent s’ajouter sur la séquence d’ADN, qui modulent l’interprétation de l’information génétique, sans la changer fondamentalement.