Étudiant au bac en génie électrique

Inspirer d’autres à changer le monde

Berthié Gouin-Ferland (1re rangée, 2e personne à partir de la gauche) est président de la section sherbrookoise d'Ingénieurs sans frontières Canada
Berthié Gouin-Ferland (1re rangée, 2e personne à partir de la gauche) est président de la section sherbrookoise d'Ingénieurs sans frontières Canada

Quelles sont les probabilités que la simple bonté d’un étudiant en génie électrique puisse aider à améliorer le sort de toute une communauté située à l’autre bout du globe? Si ce projet est placé entre les mains de Berthié Gouin-Ferland, étudiant au bac et président de la section Sherbrooke d’Ingénieurs sans frontières Canada, les probabilités sont grandes. Très grandes. Son secret : user de son leadership pour inspirer d’autres à devenir, comme lui, un agent de changement.

L’entrepreneuriat peut prendre diverses formes. Pour Berthié Gouin-Ferland, elle prend l’aspect du leadership social. Dans cette forme d’entrepreneuriat, on investit non pas en vue de générer des profits, mais dans l’espoir de renforcer la société.

Berthié est président de la section Sherbrooke d’Ingénieurs sans frontières Canada depuis 2017. Il a la responsabilité de faire rayonner l’organisation, de recruter les membres bénévoles et de sélectionner les étudiantes et étudiants qui partiront en stage à l’international. « Ma vision est d’offrir de nouvelles possibilités aux gens, indique-t-il. C’est ce que je veux faire. Dans la communauté étudiante à Sherbrooke, il y a un potentiel énorme de personnes qui veulent créer des changements. »

Stage au Ghana

Berthié Gouin-Ferland (3e personne à partir de la gauche) lors d'un stage au Ghana, en Afrique, à l'été 2017, chez MBC Africa
Berthié Gouin-Ferland (3e personne à partir de la gauche) lors d'un stage au Ghana, en Afrique, à l'été 2017, chez MBC Africa

Pour lui, tout a commencé par un stage coopératif au Ghana, en Afrique, à l’été 2017. Ingénieurs sans frontières cherchait un jeune allumé qui avait envie d’aider une communauté en développement à améliorer ses conditions de vie. « L’engagement étudiant n’était vraiment pas une réalité pour moi, précise Berthié. Plus jeune, je n’étais absolument pas impliqué. » Pourtant, il s’est senti interpellé par la perspective de faire un stage à l’étranger. De quoi satisfaire son penchant pour les défis et son goût du dépassement. « Ingénieurs sans frontières cherchait quelqu’un ayant le potentiel de créer des changements dans nos sociétés, des changements systémiques; une personne capable d’avoir une vision d’ensemble, de faire preuve de leadership et d’entreprendre des projets de façon concrète. Mon parcours en sciences au cégep, la façon dont j’ai été éduqué, tout ça m’a aidé. Ils ont vu que j’avais le potentiel nécessaire pour créer des changements dans ma communauté, dans ma société. »

Mais qu’a fait Berthié durant ce stage? Il a érigé une école? Construit un pont? Rien de tout cela. L’étudiant en génie électrique a plutôt travaillé pour MBC Africa, une entreprise sociale qui offre des services-conseils aux PME locales.

On pourrait croire qu’en génie, un stage à l’international est synonyme de constructions techniques. En fait, en ingénierie, l’entrepreneuriat est une grande sphère de la profession. Le but d’Ingénieurs sans frontières est de donner la chance à des gens de devenir des leaders dans la société et de créer des changements systémiques, soit des changements du système qui sont durables.

Stimuler l’esprit communautaire

À l'ouverture de la Nuit sans frontières 9.0, à l’automne 2018, à l’Université de Sherbrooke
À l'ouverture de la Nuit sans frontières 9.0, à l’automne 2018, à l’Université de Sherbrooke

C’est donc dire qu’à travers ses sessions d’études, ses stages coopératifs et son emploi dans une entreprise biomédicale de Sherbrooke, l’étudiant de 22 ans se penche quotidiennement sur des enjeux comme la pauvreté, l’accès à l’eau et le commerce équitable. Son objectif, comme celle d’Ingénieurs sans frontières, est de trouver des solutions viables à ces enjeux.

« Après mon stage au Ghana, j’ai voulu m’impliquer en tant que président à Ingénieurs sans frontières, relate Berthié. C’est à mon tour maintenant d’offrir la chance aux gens de ma communauté, à Sherbrooke, d’apprendre à créer des changements systémiques dans la société et de comprendre l’origine de ces changements. » Il explique que l’organisme prône six valeurs fondamentales axées sur l’engagement, la collaboration et le dépassement de soi. « Je partage ces valeurs-là avec les personnes autour de moi, et j’espère que quelques-unes d’entre elles partageront, à leur tour, leurs connaissances pour être capables d'entraîner des changements à l’international. »

Bref, quoique menées à petite échelle, les actions de Berthié ont une portée considérable et un effet puissant. Un peu comme le battement d’aile du papillon qui provoque une tornade des centaines de milliers de kilomètres plus loin.

Rêver grand

Depuis que Berthié est à la tête de la Section Sherbrooke d’Ingénieurs sans frontière, les membres sont passés de 5 en 2017 à 15 en 2019. Pour relever ce défi, il a pu compter sur le soutien du programme Accélérateur entrepreneurial Desjardins, créé par l’Université de Sherbrooke et Desjardins. « C’est eux qui m’ont contacté, au début de la session d’automne 2018. Ils nous ont aidés sur le plan de la visibilité et de l’organisation de nos activités, comme la Nuit sans frontières. Ils sont très informés sur tout ce qui touche la collaboration internationale. Ç’a vraiment cliqué entre nous. Ils nous appuient dans notre rayonnement. »

Où Berthié se voit-il dans quelques années? Il est tantôt question d’une maîtrise, tantôt d’une entreprise sociale démarrée avec des amis. Les possibilités sont nombreuses, et il compte bien en profiter.

Chose certaine, celui qui a dû délaisser son sport – le kayak de compétition – avant son entrée à l’université, en raison de problèmes de santé graves, fait preuve d’une humilité grande et vraie :

Je ne me considère pas vraiment comme un entrepreneur. Je suis seulement quelqu’un qui essaie d’être une meilleure personne de jour en jour. La maladie et le sport m’ont forgé en tant que personne. Ç’a été des moments durs, mais sans quoi je ne serais pas qui je suis aujourd’hui.

Aide humanitaire et changement systémique, quelle est la différence?
L’aide humanitaire propose une aide immédiate à un problème précis. Par exemple, la construction d’un puits dans un village dont l'unique point d’eau se trouve à des kilomètres. En revanche, si l’on veut mettre en place une solution systémique, on examinera d’abord le contexte social de la communauté pour bien comprendre la source du problème.
« Oui, les femmes doivent marcher plusieurs dizaines de kilomètres chaque jour pour aller chercher de l’eau pour leur village. Mais si c’était le seul moment qu’elles avaient pour être ensemble? L’arrivée du puits dans le village pourrait les priver de ce moment de paix et de respect mutuel », résume Berthié, en précisant qu’il s’agirait alors d’un problème d’égalité des genres, sur lequel il faudrait se pencher en priorité.

Un mot sur le programme Accélérateur entrepreneurial Desjardins
Créé par l’Université de Sherbrooke et Desjardins, l’Accélérateur entrepreneurial Desjardins est une initiative visant à former les entrepreneurs québécois de demain. Les étudiantes et les étudiants sélectionnés reçoivent notamment de la formation sous forme de coaching personnalisé et de l’aide concrète pour la mise sur pied de leur projet.