Gagnante du Concours de vulgarisation scientifique

Monoparentalité et retour en formation

Audrey Dupuis est étudiante au doctorat en éducation et membre du CERTA
Audrey Dupuis est étudiante au doctorat en éducation et membre du CERTA
Photo : Michel Caron - UdeS

Comment faire un retour sur le marché du travail actuel après la perte d’un emploi? La question se pose d’autant plus pour les mères monoparentales peu scolarisées qui font face aux inégalités d’accès à l’emploi. Une étude menée par des chercheurs de l’Université de Sherbrooke se penche sur la participation de femmes seules avec enfants à un groupe d’insertion en emploi et les avantages uniques qu’elles peuvent en tirer.

Le groupe d’insertion en emploi : pourquoi?

Le groupe d’insertion étudié vise des communautés défavorisées, dans le cas présent, des femmes monoparentales peu qualifiées. Mené par deux intervenantes, le groupe invite les femmes en situation de chômage de longue durée à s’impliquer dans la réalisation d’un projet collectif. Les participantes choisissent de réaliser un bottin des ressources communautaires de leur région et une journée « portes ouvertes » dans un organisme. Leur implication dans le projet et les autres activités du groupe se veut une méthode privilégiée pour acquérir de nouvelles habiletés personnelles et professionnelles. Cela permet aussi la création de relations significatives favorisant l’engagement.

Ce qu’on souhaite transmettre

Dans ce groupe d’insertion en emploi particulier, l’accent est mis sur la croissance du pouvoir d’agir des femmes par la transmission de systèmes d’action. Il s’agit d’un moyen d’accompagner les participantes dans le développement d’un savoir-faire, à partir de connaissances existantes. Le système d’action ne dicte pas les étapes à accomplir aux individus, mais permet de comprendre et de rendre explicite la séquence des actions à poser dans une situation en les mettant en lien selon un principe explicatif.

Ces systèmes d’action visent l’acquisition de compétences pour favoriser le retour en emploi ou en formation des participantes. Les principaux éléments ciblés sont la structuration d’un projet professionnel, la conscience de soi dans le rapport à l’autre, le registre de langue à utiliser selon les contextes et la construction d’un horaire favorisant la conciliation travail – études – famille.

Alors, ça fonctionne?

L’apprentissage de ces systèmes d’actions a permis aux participantes d’avoir une meilleure connaissance des actions à poser afin d’atteindre leur but, que ce soit une reconversion professionnelle ou un retour aux études. Des participantes mentionnent également une meilleure conciliation entre le travail, les études et la famille. Les outils présentés dans le cadre du groupe, dont l’agenda, permettent de favoriser cette conciliation.

L’estime de soi des participantes est aussi marquée par une amélioration importante. Avant leur participation au groupe, elles rapportent avoir des doutes envers leurs capacités. Au cours du processus, elles remarquent que ce doute s’atténue. Alors qu’un retour en formation semble impossible au départ, l’acquisition de systèmes d’action favorise la considération de cette possibilité.

À la suite de leur participation au programme, la majorité des participantes (14 sur 15) effectue un changement d’emploi ou de domaine. Elles voient désormais le retour aux études comme un moyen d’obtenir une sortie plus durable de la pauvreté. Ainsi la majorité d’entre elles réalise un retour en formation, au niveau secondaire, collégial ou universitaire.

Outre les effets positifs dus aux systèmes d’action, le travail en groupe a un apport non négligeable dans ce contexte. La force de ce type d’intervention réside dans le fait que chaque individu peut soutenir l’apprentissage réalisé par les autres participants. Il s’agit d’un apprentissage collectif auquel chaque individu peut à la fois apporter sa contribution, et recevoir du soutien.

Le fait de vivre du chômage sur une longue période, tout en étant mère monoparentale, peut compliquer le retour en emploi. Les résultats obtenus par cette étude montrent qu’une reconversion professionnelle ou un retour en formation est possible, avec du soutien et les bons outils.

À propos d'Audrey Dupuis

Conseillère en orientation, Audrey Dupuis est aussi chargée de cours au Département d’orientation professionnelle de l’Université de Sherbrooke. Actuellement étudiante au doctorat en éducation du même établissement, elle y a également complété une maîtrise en orientation professionnelle. Ses intérêts de recherche concernent le counseling groupal, le choix de carrière à l’adolescence, la santé mentale et la transition secondaire-cégep.  Elle est en outre membre du Centre d’études et de recherches sur les transitions et l’apprentissage (CÉRTA), qui vise à développer une compréhension multidisciplinaire des transitions et de l’apprentissage des personnes en situation de précarité afin d’améliorer les pratiques effectives de soutien qui leur sont destinées.

À propos du concours

L’Université de Sherbrooke tient annuellement le Concours de vulgarisation scientifique, dont les objectifs sont de stimuler des vocations en vulgarisation scientifique et d’augmenter le rayonnement des travaux de recherche qui s’effectuent à l’Université, qu’ils soient de nature fondamentale ou appliquée.