Bienvenue à l’École de musique 2.0

Dans les locaux rénovés de l’École de musique, tout est interrelié pour permettre aux étudiants de travailler de façon collaborative : les écrans, les consoles et les systèmes de son permettent notamment la composition de musique à l’image pour le cinéma et le jeu vidéo.
Dans les locaux rénovés de l’École de musique, tout est interrelié pour permettre aux étudiants de travailler de façon collaborative : les écrans, les consoles et les systèmes de son permettent notamment la composition de musique à l’image pour le cinéma et le jeu vidéo.

Photo : Université de Sherbrooke

Derrière les magnifiques nouveaux locaux qui ont été inaugurés le 4 octobre se profile une toute nouvelle façon d’enseigner et surtout d’apprendre la musique. Au-delà des espaces plus modernes, plus spacieux, plus lumineux de l’École de musique, cinq ans de travail acharné ont permis de développer deux nouveaux parcours professionnalisants au baccalauréat en musique : les spécialisations composition et musique à l’image ainsi que interprétation et création musicales. Pas moins de 56 activités pédagogiques ont été créées. La formation a été repensée, remaniée, réorganisée. Le bâtiment n’est donc pas la seule chose à avoir été rénovée.

Aux dires du professeur André Cayer, directeur de l’École de musique, c’est que la manière même de faire de la musique a considérablement changé ces dernières années : « Depuis l’avènement du numérique, il est devenu plus difficile de se cantonner au seul rôle d’instrumentiste qui jouera en concert toute sa vie. Il y a de moins en moins d’intermédiaires (agents, arrangeurs, producteurs) et la majorité des musiciens sont appelés à s’autoproduire, si bien qu’il n’est plus possible de penser la musique en vase clos. Il faut savoir gérer techniquement ses enregistrements, superviser les diverses couches de production, etc. »

Petite histoire d’un imposant chantier

André Cayer
André Cayer

Chantale Dodier, conseillère pédagogique et chargée de cours, était présente dès 2010 lorsqu’à la demande de la directrice de l’École de musique à l’époque, Anick Lessard, le nouveau professeur Cayer établit un portrait du domaine de la conception de musique à l’image. Il devient clair que l’ancien cheminement en multimédia ne répond pas aux besoins de ce secteur en plein développement et ce, tant du côté du cinéma que du jeu vidéo. À la faveur d’une modification de programme, le cheminement composition et musique à l’image naît sous forme de projet-pilote dès l’automne 2013.

« Le cheminement fonctionnait cependant toujours par objectifs, comprenant des cours indépendants les uns des autres, raconte Chantale Dodier. C’est là que le financement du Fonds d’innovation pédagogique en 2014 (Refonte pédagogique du module de théorie musicale du baccalauréat en musique) nous a permis de mieux arrimer les activités pédagogiques entre elles. Mais pour que les cours soient plus cohérents, il faut que le cheminement le soit. Nous avons donc développé un référentiel de compétences. À l’automne 2016, nous avons mis à l’essai de nouvelles formules pédagogiques comme la classe inversée, par exemple, et un enseignement plus intensif. »

Chantale Dodier
Chantale Dodier

En parallèle, l’évaluation périodique du baccalauréat en musique révèle le besoin de procéder de manière similaire pour le cheminement en interprétation. Un groupe de réflexion sur l’enseignement de la musique aux États-Unis a récemment démontré que la formation musicale ne correspond plus à la réalité du musicien au 21e siècle (Sarath, Myers et Shehan, 2014; 2017). La formation musicale doit être réformée. Toutefois, l’École de musique va encore plus loin puisqu’elle a choisi de faire table rase de l’approche traditionnelle pour permettre le développement de projets professionnels par les étudiantes et étudiants.

Tout un village pour former un musicien

Alors que l’enseignement de la musique repose traditionnellement sur la relation maître-élève pour la transmission des connaissances, l’équipe pédagogique a plutôt choisi de travailler en approche-programme pour réussir à briser la culture du cloisonnement. On a donc fusionné les cheminements en interprétation jazz et classique. On a augmenté le nombre de cours au tronc commun. On a développé des situations professionnelles pour le cheminement en interprétation.

André Cayer explique : « L’étudiante ou l’étudiant est dorénavant formé par le "village"… Pour les enseignants, ça nécessite de faire confiance au voisin afin de maximiser le développement des étudiants. C’est très insécurisant pour le formateur, qui perd de contrôle de son enseignement et doit prendre plus de temps pour travailler en collégialité. Ça représente un important défi de gestion du changement, alors que certains enseignaient autrement depuis plus de 25 ans parfois. »

Tout au long du programme, les étudiantes et étudiants de chaque cheminement développent cinq compétences disciplinaires qui correspondent à la réalité du marché du travail. L’ensemble des cours vise un même profil de sortie, mais certains cours développeront davantage certaines compétences.

5 compétences disciplinaires correspondant à la réalité du marché du travail

Composition et musique à l'image

  1. Appliquer les procédés d'écriture de la musique
  2. Orchestrer et organiser le timbre
  3. Composer une oeuvre musicale
  4. Produire un projet de création musicale
  5. Réaliser un projet de création musicale

Interprétation et création musicales

  1. Exécuter les composantes techniques liées à l'interprétation musicale
  2. Interpréter une oeuvre musicale
  3. Composer une oeuvre musicale
  4. Produire un projet de création musicale
  5. Réaliser un projet de création musicale

Traditionnellement, l’évaluation en musique se fait sous forme de prestations devant jury. L’étudiant instrumentiste répète toute l’année pour être évalué sur cette unique performance, sans droit à l’erreur. Chantale Dodier suggère de voir le nouveau programme comme un seul cours où il y aurait trois moments d’évaluation sommative et où l’ensemble des activités pédagogiques prépare les étudiantes et étudiants à ces moments. « En fait, l’ensemble du baccalauréat prépare à la troisième activité d’intégration », dit-elle.

Ces activités d’intégration prennent la forme de mandats professionnels proches de la réalité, de plus en plus complexes et exigeants. Les projets ci-dessous sont des exemples d’activités d’intégration proposées.

Exemples d'activités d'intégration sous forme de mandats professionnels

Composition

  • An 1 : Pasticher une musique existante selon les besoins d'une oeuvre nouvelle. (1 semaine)
  • An 2 : Composer et superviser l'enregistrement de la trame sonore d'un court-métrage. (3 semaines)
  • An 3 : Composer et superviser l'enregistrement de la trame sonore d'un jeu vidéo et d'un film, selon les indications changeantes du réalisateur, en gérant des contrats parallèles qui surviennent. (6 semaines)

Interprétation

  • An 1 : Répondre en équipes de 3 ou 4 musiciens à un contrat musical, prévoir la mise en place, négocier le cachet. (1 semaine)
  • An 2 : Interpréter une pièce à titre de soliste lors d'un festival de l'École de musique organisé par tous les étudiants de la cohorte. Agir en tant que musicien improvisateur lors de séances d'enregistrement en studio avec image en collaboration avec les compositeurs. (3 semaines)
  • An 3 : Monter individuellement un spectacle solo, de la planification à l'exécution en passant par la promotion. Superviser d'autres musiciens pour la préparation d'un démo. (6 semaines)

Les parcours de formation visent à préparer les étudiantes et étudiants à ces activités d’intégration qui solliciteront l’ensemble des compétences développées. « Dans les nouveaux cheminements, on met davantage l’accent sur la mise en pratique, explique André Cayer. Même pour les cours plus théoriques, on remplace, par exemple, plusieurs travaux écrits par l’application des notions théoriques avec instrument. L’étudiant qui se demandait "à quoi me servira cette notion?" finira par l’intégrer à force de l’appliquer, soit à l’instrument, soit à la composition. »

Les étudiants se doivent d’atteindre rapidement un niveau technique plus élevé pour être en mesure de réaliser par la suite les divers mandats professionnels qui leur seront soumis.
Les étudiants se doivent d’atteindre rapidement un niveau technique plus élevé pour être en mesure de réaliser par la suite les divers mandats professionnels qui leur seront soumis.

L'encadrement devient essentiel dans une telle démarche. Les étudiantes et étudiants se doivent d’atteindre rapidement un niveau technique plus élevé pour être en mesure de réaliser par la suite les divers mandats professionnels qui leur seront soumis. En début de programme, ils sont suivis de près par des professeurs et chargés de cours de carrière. La conseillère pédagogique sert de guichet unique et réfère les étudiants éprouvant des difficultés particulières à un comité d’enseignants qui les accompagneront. Vers la fin de leurs études, alors qu’ils deviennent de plus en plus autonomes, les étudiantes et étudiants interagissent avec des chargés de cours et des spécialistes, professionnels en exercice, qui leur présentent la réalité du travail telle qu’elle se vit aujourd’hui dans les studios et les institutions. Par ailleurs, chaque étudiant met à jour un portfolio tout au long du baccalauréat, ce qui permet à l’équipe enseignante de suivre la progression de chacun.

Compétences transversales : « le plus que ça prend pour travailler »

« Les employeurs que nous avons rencontrés nous disaient que les étudiants leur semblaient mal préparés au milieu du travail. Ils avaient de la difficulté à s’exprimer, à voir au-delà de la partition ou de la commande. On leur demande d’être originaux, de sortir de la boîte, de s’assumer », résume le professeur Cayer.

C’est pourquoi tous les plans de cours visent également à développer, en plus des cinq compétences disciplinaires, quatre compétences transversales qui tiennent compte du fait que la grande majorité des diplômés en musique seront des travailleurs autonomes.

Ainsi, on voudra développer chez les étudiantes et étudiants :

  • l’entreprenariat, soit la capacité à se fixer des objectifs professionnels clairs et à identifier les meilleurs moyens pour y parvenir;
  • la pensée musicologique, soit les compétences informationnelles requises pour aller chercher l’information nécessaire afin de réaliser des projets et la capacité à discriminer celle qui est de qualité;
  • une compétence de base en audionumérique, nécessaire dans l’univers technologique musical actuel. Chaque étudiant est invité à se procurer un ordinateur portable, un micro et les logiciels nécessaires pour être en mesure de s’enregistrer et recevra la formation nécessaire pour être en mesure d’utiliser adéquatement les studios;
  • l’éthique de travail, où l’on forme l’étudiant à s’assurer d’une bonne préparation physique et mentale (postures, gestion du stress, hygiène de vie) afin d’offrir les meilleures performances possibles.

Lorsque l’on demande à André Cayer, à Chantale Dodier et aux membres de leur équipe de quoi ils sont le plus fiers, ils se félicitent d’avoir mené le navire à bon port malgré la somme de détails dont il a fallu tenir compte : les nouveaux cheminements sont cohérents, logiques, appuyés sur des données probantes, et ils répondent aux besoins du marché. Bien que la première cohorte du nouveau programme n’en soit qu’à sa deuxième année, on constate déjà, grâce au projet-pilote pour le cheminement composition musique à l’image mené dès 2015, que la méthodologie des étudiantes et étudiants est plus claire, que ceux-ci sont plus autonomes, plus efficaces. Les projets présentés sont plus solides et les étudiants sont également plus persévérants parce qu’ils comprennent pourquoi chaque chose est faite : tout mène aux activités intégratrices de fin d’année.

Des espaces adaptés aux nouveaux besoins de formation

Lorsque vous arpenterez les corridors colorés de l’École de musique rénovée, admirez-en le design et l’architecture. Rappelez-vous néanmoins que le principal intérêt de ces nouveaux locaux est qu’ils répondent parfaitement aux besoins des nouveaux cheminements. Les espaces y sont plus agréables puisque les étudiants y passent encore plus de temps qu’avant. Tout y est interrelié pour permettre de travailler de façon collaborative : les écrans, les consoles et les systèmes de son permettent notamment la composition de musique à l’image pour le cinéma et le jeu vidéo. Les régies et les plateaux vitrés offrent une chaîne de production où les étudiants ont l’occasion d’apprendre avec un enseignant, puis de s’exercer en équipe ou individuellement à enregistrer le travail d’un orchestre ou d’un plus petit ensemble. L’acoustique est travaillée pour offrir aux étudiantes et étudiants les meilleures conditions d’interprétation possible.

L’École de musique 2.0, c’est d’abord un virage pédagogique majeur.

Publié dan le bulletin de veille du Service de soutien à la formation, Perspectives SSF