Jean-Sébastien Dubé

Pour des chercheurs encore plus polyvalents

Une nouvelle direction au Centre universitaire d’enrichissement à la formation à la recherche

Claude Asselin, directeur du CUEFR
Claude Asselin, directeur du CUEFR

Photo : Université de Sherbrooke

Le Centre universitaire d’enrichissement à la formation à la recherche (CUEFR) est né en 2009 pour donner suite aux travaux de la Chaire pour l'innovation dans la formation à la recherche du professeur Jean Nicolas. De 2009 à 2015, le professeur Pedro d’Orléans-Juste, du Département de pharmacologie, a permis d’assurer une pérennité aux activités du Centre (nouveaux cours, augmentation de l’effectif étudiant). Depuis octobre dernier, le professeur Claude Asselin, du Département d’anatomie et de biologie cellulaire, dirige le CUEFR. Son mandat pour les trois prochaines années? Développer le Centre, le faire mieux connaître et s’assurer qu’il rayonne, tant auprès des étudiants que des professeurs.

Le CUEFR, pourquoi faire?

Tous les indicateurs le montrent : depuis 30 ans, le nombre de postes universitaires disponibles est en chute libre et, conséquemment, le nombre de diplômés de doctorat cherchant un emploi augmente constamment. À preuve, Claude Asselin fait référence à un article de la revue Nature, de décembre dernier, dans lequel on peut lire qu’aux États-Unis en 2015, environ 26 % des titulaires d’un Ph. D. se sont placés dans le milieu universitaire (Gould, 2015). Dans d’autres pays, c’est souvent moins. D’où l’importance pour les futurs chercheurs de se préparer à une autre carrière.

Le CUEFR est un centre de formation responsable de poursuivre le développement du microprogramme de 3e cycle en enrichissement des compétences en recherche. Pour Claude Asselin, ce cursus conserve toute sa pertinence puisqu’il offre à ceux qui s’y inscrivent :

  • des formations transversales valorisées hors des universités. Notons que l’Université de Sherbrooke est la seule au Québec où de tels cours sont crédités;
  • le développement d’un réseau avec des gens extérieurs à l’université, des modèles de rôle, essentiels pour se trouver des emplois dans d’autres domaines. Un tel réseau peut briser l’isolement du travail en laboratoire et contribuer à la motivation de l’étudiant;
  • un temps de réflexion sur ce qu’ils font, sur leur manière de le faire, sur le rôle qu’ils veulent ou pourraient jouer en société, sur leur avenir. L’étudiant souhaite-il poursuivre au postdoctorat? Quels sont ses intérêts, ses aptitudes?

En 2014-2015, le microprogramme comptait 159 étudiantes et étudiants, dont 70 % de doctorants, 20 % de postdoctorants et 10 % de professionnels ou autres étudiants. Notons que le nombre de doctorants qui s’inscrivent au microprogramme a doublé depuis les six dernières années. Les groupes présentent une véritable richesse multidisciplinaire : 50 % provient de la Faculté de génie, 32 % de la Faculté de médecine et des sciences de la santé et 13 % de la Faculté des sciences.

CUEFR pour développer les compétences

On le sait, dans le milieu de la recherche, la relation de mentorat entre le directeur et son étudiant est à la base de l’encadrement. Si certains doctorants arrivent, par imitation, voire par osmose avec le professeur-chercheur, à développer des compétences transversales (rédaction, gestion, communication, etc.) par les occasions offertes en laboratoire, d’autres ont besoin de soutien pour s’approprier ces compétences.

Les divers cours offerts par le microprogramme visent à développer des compétences de trois types : scientifique, personnel et professionnel. Les jeunes chercheurs pourront y aiguiser leurs habiletés à la communication (rédaction, vulgarisation, interaction avec les médias), à la gestion de projet (financement, entrepreneuriat) et au développement de carrière (valorisation du savoir, éthique de la recherche).

Les étudiants peuvent bonifier leurs compétences scientifiques par le biais des cours suivants :

  • EFD 904  Rédiger et publier un article scientifique (4 crédits)
  • EFD 906  Financer stratégiquement sa recherche (3 crédits)

D’autres activités pédagogiques visent le développement de compétences personnelles :

  • EFD 921  Intégrer l'éthique en recherche (3 crédits)
  • EFD 922  Prendre en main sa carrière en recherche (3 crédits)

Enfin, plusieurs cours leur permettent d’élargir leurs compétences professionnelles :

  • EFD 907  Communiquer avec les experts et les médias (3 crédits)
  • EFD 910  Protéger et valoriser le savoir (4 crédits)
  • EFD 912  L'entrepreneuriat et la recherche scientifique (3 crédits)
  • EFD 911  Gérer la recherche et l'innovation (4 crédits)

S’ajoutent à ces derniers les cours EPU 940 ou EPU 950  Enseigner en contexte universitaire (3 crédits) en présence ou en ligne. Ces derniers cours sont sous la responsabilité de la Faculté d'éducation.

Le microprogramme est composé de 15 crédits. Pour le compléter, l’étudiant doit participer à quatre ou cinq cours de trois ou quatre crédits. Il peut donc être difficile pour des doctorants de suivre tout le cursus, d’autant qu’ils doivent obtenir l’assentiment de leur directeur pour s’inscrire à chaque cours. Il est bien sûr possible de ne s’inscrire qu’à une seule activité pédagogique, mais après un cours complété, les étudiants choisissent souvent de poursuivre le programme. Les taux d’appréciation pour ces cours sont d’ailleurs impressionnants : 95 % recommanderaient cette formation à d’autres étudiants.

Notons que les travaux effectués dans le cadre du microprogramme sont liés au projet de recherche du doctorant ou à son développement personnel et professionnel. Les cours sont donnés à raison d’un ou deux jours par mois afin de limiter les absences en laboratoire.

CUEFR demain

Claude Asselin caresse de nombreux projets pour le Centre. D’abord, il souhaite rendre les formations du CUEFR de plus en plus accessibles : davantage de cours sur le Campus de Longueuil, des cours adaptés aux besoins des postdoctorants (gestion de laboratoire, formation à l’évaluation, etc.), etc.

Le professeur Asselin voudrait aussi développer en projet pilote des formations hybrides sur le modèle de la classe inversée. Puisqu’il est difficile pour les chercheurs de s’absenter de leur laboratoire pour de longues périodes, l’acquisition de connaissances pourrait se faire en dehors des cours, et le temps en classe serait alors entièrement utilisé pour des activités de discussions et d’approfondissement.

On envisage même d’ouvrir le microprogramme aux facultés des Lettres et sciences humaines, d’Éducation et de Droit, tout en tenant compte du fait que les besoins de ces doctorants diffèrent parfois de ceux des futurs chercheurs en sciences pures, en génie et en sciences de la santé.

Enfin, le nouveau directeur voudrait soumettre un questionnaire aux diplômés de Ph. D. de ces facultés pour mieux connaître leurs besoins. Il aimerait obtenir des chiffres plus concrets sur leur parcours professionnel réel : « Où vont ces diplômés lorsqu’ils quittent l’université? Nous n’en avons qu’une vague idée… En connaissant mieux le genre de carrières vers lesquelles ils se dirigent, on pourrait développer une formation encore plus adaptée à ce groupe d’étudiants… »

Chose sûre, il n’existe plus une voie unique pour réussir ses études supérieures en recherche. Les cheminements se sont multipliés. Le CUEFR offre un parcours d’enrichissement parallèle à la formation disciplinaire, sous le signe de la polyvalence.

Sources

  • Livre blanc sur le futur du doctorat en sciences humaines, Institut de vie publique des arts et des idées, Université McGill, décembre 2013, 21 p.
  • « Make the most of PhDs », éditorial, Nature, vol. 528, p. 7, 3 décembre 2015.
  • Centre universitaire d’enrichissement à la formation à la recherche, Les activités de formation et Témoignages sur la formation et les cours, Université de Sherbrooke, sans date [pages consultées le 26 janvier 2016].
  • Gould, Julie, « How to build a better PhD », Nature, vol. 528, p. 7, 2 décembre 2015.

Article paru en février 2016 dans le bulletin de veille du Service de soutien à la formation Perspectives SSF