Chantal Lacasse : une passionnée d’agriculture

Au début des années 2000, Chantal Lacasse, alors une toute jeune femme, trouve un emploi comme animatrice au Centre d’interprétation de la courge du Québec. Elle ne le sait pas encore, mais l’univers qu’elle y découvre sera déterminant pour la suite de sa vie. « L’ambiance conviviale et familiale de l’entreprise, ainsi que le lien de proximité avec la terre m’ont interpellée », se rappelle l’étudiante présentement à la maîtrise en gestion de environnement.

Quinze ans plus tard, Équiterre et la Caisse d'économie solidaire Desjardins lui décernent la bourse Laure Waridel, d’une valeur de 10 000 $, qui lui permettra de mener une recherche en agriculture. Plus précisément une étude comparative sur les façons de cultiver le blé au Québec. Un enjeu environnemental majeur en agriculture et en alimentation. Voici en quelques questions-réponses le parcours de cette étudiante qui a décidé de « cultiver » son attachement à la terre et au milieu agricole afin d’en faire bénéficier la société.

– Comment s’est développé votre intérêt pour la culture du blé?

« Dans le cadre d’un cours optionnel durant la maîtrise, je me suis rendu compte que l’agriculture me manquait terriblement. C’est à ce moment que j’ai décidé de réaliser le stage exigé à la maîtrise dans le secteur agricole. Parmi les stages proposés par le Service des stages de l’université, il y en avait un auprès des meuneries les Moulins de Soulanges et la Milanaise, et qui consistait à comparer quatre modes de production agricole de blé soit intensif, conventionnel, raisonnée et biologique. »

– De quelle façon vos études en environnement contribuent-elles à ce projet d’analyse?

« J’effectue la comparaison des quatre modes de production agricole en considérant l’aspect social, économique et environnemental. Ma formation de niveau maîtrise me permet d’avoir une vue d’ensemble et de considérer ces trois aspects dans mon analyse. Si j’avais réalisé cette même analyse en tant que biologiste, il est possible que ce soit seulement l’aspect des impacts environnementaux qui m’aurait intéressée. Avec la maîtrise en gestion de l’environnement, je réalise une analyse plus globale du sujet.

De plus, la maîtrise complète parfaitement ma formation de technicienne en bioécologie et mon baccalauréat en biologie. C’est-à-dire que les cours et le parcours proposé favorise une compréhension plus profonde des enjeux législatifs et administratifs reliés à  l’environnement. Ce qui a aussi un impact sur le développement de mes capacités de gestionnaire. »

– Quelles sont vos motivations dans votre engagement envers l’environnement?

« Pour moi l’environnement c’est du « gros bon sens ».  C’est-à-dire que l’environnement, dans son sens large, c’est notre milieu de vie. Il est impossible de survivre à long terme avec des écosystèmes endommagés et sans ressources disponibles. L’environnement, c’est aussi l’air que l’on respire ou notre nourriture, mais c’est surtout une philosophie de vie. Cela dit, le développement (urbain, résidentiel, industriel, commercial, etc.) fait partie intégrante de notre société et je pense qu’il  existe certainement un équilibre entre nos paradigmes actuels de société et le respect de l’environnement. »

– Quelle est votre vision des défis en agriculture au Québec?

« Les défis sont grands ! Les producteurs agricoles sont issus d’une génération qui, pour la plupart, a appris leur travail à une période où l’environnement n’était pas une préoccupation comme aujourd’hui. L’augmentation de la production et la rentabilité étaient les principaux enjeux lors des prises de décisions. Or, il semble qu’il y ait actuellement une vague d’agriculteurs qui sont davantage préoccupés par le respect de l’environnement.

De plus, il faut revaloriser le métier d’agriculteur. La société a souvent tendance à les tenir entièrement responsables de la diminution de la qualité de l’eau par exemple, mais il ne faut pas oublier que les agriculteurs répondent aux exigences de consommation de la société. Actuellement, il n’y a pas beaucoup de consommateurs qui acceptent d’acheter un fruit ou un légume qui n’est pas parfait !

Donc, les défis sont multiples : changer les habitudes de consommations de la société, revaloriser le métier d’agriculteur, développer une volonté politique pour fournir les ressources nécessaires aux agriculteurs (main d’œuvre et relève absente, manque de financement, endettement élevé, manque de temps, beaucoup de règlementation, etc.). Il faut travailler tous ensemble afin de changer les mentalités. »

– De quelle façon vous êtes-vous retrouvée lauréate de cette bourse?

Steven Guilbeault, directeur principal d'Équiterre,Chantal Lacasse, lauréate 2015 de la bourse Laure Waridel et Colette Harvey, conseillère principale en finance socialement responsable à la Caisse d’économie solidaire.
Steven Guilbeault, directeur principal d'Équiterre,Chantal Lacasse, lauréate 2015 de la bourse Laure Waridel et Colette Harvey, conseillère principale en finance socialement responsable à la Caisse d’économie solidaire.

Photo : Marie-Pierre Brunet

« Judith Vien, conseillère pédagogique au Centre universitaire de formation en environnement et développement durable (CUFE), m’a écrit à propos de la bourse Laure Waridel en mentionnant que mon sujet d’essai cadrait avec les projets recherchés pour la bourse. Effectivement, l’organisme Équiterre et la Caisse d’économie solidaire Desjardins ont apprécié mon projet et d’un commun accord, ils ont décidé de m’attribuer la Bourse Laure Waridel 2015. Cette bourse me permettra de diminuer mon endettement scolaire et de me concentrer entièrement à la rédaction de mon essai au courant de l’été 2015. »

– Comment envisagez-vous l’avenir pour l’environnement?

« Étant une personne optimiste de nature, j’ai envie de croire que l’environnement a un bel avenir! Il me semble que les gens sont de plus en plus réceptifs à discuter de l’environnement et à modifier certains de leurs comportements. La société doit faire évoluer les mentalités. Le changement de paradigmes est difficile et se fera de façon progressive, au fil des générations. Les établissements scolaires sont certainement des ressources indispensables afin d’opérer le changement. »