En collaboration avec la NASA, l’UdeS reçoit une école d’hiver en géomatique… Bien plus qu’une classe neige!

Station SIRENE : le professeur Alexandre Langlois et les étudiantes et étudiants du Département de géomatique appliquée de l’UdeS mesurent et quantifient la neige au sol pour connaître son apport en eau.
Station SIRENE : le professeur Alexandre Langlois et les étudiantes et étudiants du Département de géomatique appliquée de l’UdeS mesurent et quantifient la neige au sol pour connaître son apport en eau.
Photo : Université de Sherbrooke

Mars 2015... Encore l’hiver…! Encore la neige…! Il y a ceux qui profitent d’une relâche scolaire pour se mesurer dans la neige… Et il y a ceux qui ne font pas relâche et qui organisent une école d’hiver pour…mesurer la neige! C’est dans ce contexte que sont réunis à Jouvence, dans le parc national du Mont-Orford du 8 au 12 mars, les professeurs Alexandre Langlois, Alain Royer et Alexandre Roy du Département de géomatique appliquée de l’UdeS, ainsi que des chercheurs et participants provenant d’ici et d’ailleurs.

S’inscrivant dans l’initiative de la NASA International Snow Working Group Remote Sensing, le groupe organise, à chaque hiver, une école de mesure de la neige. Membre du comité exécutif, le professeur Alexandre Langlois nous parle avec enthousiasme de ce rendez-vous hivernal où, pendant cinq jours, six enseignants et 30 étudiants diplômés de niveau maîtrise ou doctorat, provenant de 11 nationalités et 17 institutions différentes partageront leurs connaissances à propos de ces minuscules cristaux qui fournissent d’innombrables données dans divers domaines.

À qui s’adresse ce cours et quel en est l’objectif?

AL : L’École d’hiver en géomatique s’adresse aux personnes qui travaillent à la prise de mesure terrain ou à la modélisation du couvert nival et qui désirent parfaire leur connaissance dans le but d’améliorer la qualité des données recueillies. Les activités de l’École d’hiver initieront les participants aux méthodes usuelles et plus spécialisées, de nature qualitative ou quantitative pour caractériser le couvert nival. 

En quoi consiste la modélisation du couvert nival?

AL : Elle sert à prédire les propriétés de la neige (épaisseur, densité, température, grains, etc.) avec pour seule information des données météorologiques.

Quelles données recueillez-vous?

AL : Nous faisons la démonstration du profileur électronique qui donne le profil de résistance de la neige. Nous mesurons différentes neiges pour voir comment les couches varient dans l’espace. Nous utilisons également des radiomètres qui nous permettent d’obtenir des informations sur la quantité d’eau contenue dans la neige à distance. Les échantillons de neige extraits à l’aide d’une caméra munie d’un zoom nous donnent énormément d’information sur l’état de celle-ci. D’autres ateliers seront également effectués à l’extérieur : disposition d’un puits à neige, types de grains de neige et stratification du couvert nival, variabilité spatiale, échange d’énergie et processus thermodynamiques, etc.

Photo : Université de Sherbrooke

À qui servent les données recueillies?

AL : Au niveau municipal, ces informations servent dans les domaines de la gestion de l’eau, des bassins versants, de la qualité de l’eau et du ruissellement (fonte des neiges). Par ailleurs, une organisation comme Hydro-Québec, par exemple, se préoccupera de la neige qui remplit ses réservoirs hydroélectriques. Du côté de la sécurité publique, les guides qui travaillent dans les parcs nationaux utiliseront ces données afin de prédire et prévenir les avalanches. Ces mesures sont également utilisées dans de nombreux projets de recherche en Arctique, en lien avec les changements climatiques et les conditions nordiques ou alpines.

À quoi servent les données recueillies?

AL : Dans le contexte où les moyens d’évaluer l’équivalent en eau de la neige sont de plus en plus raffinés et que ces données sont utiles pour la compréhension des écosystèmes, réussir à obtenir des données précises et valides sur le couvert nival est crucial. Les utilisateurs de ces données se servent souvent des relevés faits sur le terrain pour leur propre usage, mais aussi fournissent ces données aux spécialistes de la modélisation et de la télédétection, sans savoir à quel point ces données peuvent être riches en information et utiles. Les activités de l’École d’hiver vont permettre aux personnes faisant les relevés sur le terrain d’obtenir des données de plus grande qualité pour elles-mêmes et pour les spécialistes et chercheurs qui utilisent leurs données.

Une mission spatiale de la NASA lançait il y a quelques semaines le premier satellite Soil Moisture Active Passive (SMAP) permettant la télédétection de l’humidité du sol et du phénomène gel/dégel pour comprendre les changements climatiques. Ces données serviront les géomaticiens de l’UdeS. Y a-t-il un lien à faire entre les données transmises par ce satellite et les recherches présentées à l’École d’hiver?

AL : Oui, certainement. La masse de neige qui fond contribuera à l’humidité du sol au printemps et aura donc un impact sur les données recueillies par SMAP. Il est donc important de bien quantifier et mesurer la neige au sol pour son apport en humidité, mais aussi son impact sur le signal mesuré. Pour le gel/dégel, la neige conditionne l’échange d’énergie entre le sol et l’atmosphère, ayant un impact direct sur le comportement de fonte du pergélisol.

Ce que l’on voit dans nos paysages près de six mois par année au Québec joue un rôle primordial dans l’équilibre climatique mondial. Dans le contexte actuel de variabilité climatique, on gagne donc à apprendre à mieux mesurer et comprendre cette variable très sensible au réchauffement, a conclut le professeur Langlois.

Une conférence annuelle, chapeautée par la Eastern Snow Conference est également au programme. Ayant pour objectif de réunir les communautés de chercheurs et de professionnels du domaine afin d’échanger sur les différentes problématiques et sur les plus récentes recherches en matière de modélisation et de télédétection, c’est à nouveau à Sherbrooke, en juin prochain, qu’aura lieu la 72e conférence annuelle.