Sarah Saïdi

Responsabilisation : aider les enseignants à aider les étudiants

Sylvie Beaudoin, professeure, et Seira Fortin, étudiant à la maîtrise en sciences de l'activité physique
Sylvie Beaudoin, professeure, et Seira Fortin, étudiant à la maîtrise en sciences de l'activité physique

Photo : Université de Sherbrooke

Au-delà des acquis professionnels, les étudiants doivent développer des qualités personnelles durant leur passage sur les bancs d’école. Les établissements d’enseignement partagent d’ailleurs l’objectif de «former des professionnels autonomes et responsables ». Le hic? On ne s’entend pas toujours sur une définition claire de la responsabilisation.

«C’est une problématique importante. Sans définition claire, comment un professeur peut-il mettre en place des pratiques pour rendre ses étudiants responsables? », s’interroge Seira Fortin, étudiant à la maîtrise en sciences de l’activité physique. Sous la direction conjointe de la professeure Sylvie Beaudoin et du professeur Jean-François Desbiens, il effectue un vaste travail de recensement sur la question. «Je ne pense pas fournir une définition absolue. Par contre, en regroupant différents éléments de réponse, on pourra peut-être arriver à une définition plus intelligible», croit-il.

Pour Sylvie Beaudoin et Seira Fortin, une manière d’appréhender la responsabilisation sort du lot : celle proposée par le modèle Teaching Personnal and Social Responsibility (TPSR) (Hellison, 2011). Le TPSR, basé sur la pratique plutôt que sur la théorie, se développe depuis 40 ans aux États-Unis dans les milieux d’activité physique scolaires et parascolaires.

Les 5 buts du TPSR

1 - Respect et maîtrise de soi : ne pas interférer avec le droit d’apprendre des autres et le droit d’enseigner de l’enseignant.
2 - Participation et effort : faire des efforts et s’engager dans ses études.
3 - Autonomie : faire des tâches sans être dirigé par l’enseignant, se fixer des objectifs et travailler soi-même à leur atteinte.
4 - Leadership : être un modèle – et non un chef – pour les autres, les encourager, les accompagner, les aider.
5 - Transfert : intégrer chacun des buts précédents dans tous les contextes de la vie.

«Le transfert est le but ultime le plus important et le plus difficile à développer, car il relève des valeurs. Amener l’étudiant à intégrer les valeurs du TPSR dans sa vie personnelle et professionnelle, c’est ce que l’université vise en voulant former des professionnels autonomes et responsables.»

Initier les enseignants de l’UdeS

Le modèle TPSR a été expérimenté pour la première fois en enseignement supérieur avec des groupes d’étudiants athlètes de l’Université de Sherbrooke. Au cours d’une recherche-action-formation d’une durée de deux ans, les chercheurs ont accompagné des enseignants en les initiant au TPSR, mais aussi au Tool for Assessing Responsibility Based Education (TARE), un outil d’observation et d’autoévaluation développé par des chercheurs américains. Le TARE recense des pratiques d’enseignement responsabilisantes comme clarifier ses attentes, être un modèle de respect, offrir des occasions de succès ou stimuler la prise de décision et l’expression de son opinion. «Ce sont les enseignants qui proposaient les problématiques vécues en classe et travaillaient sur une solution. Notre rôle était de guider leur réflexion et de les aider à modifier leurs intentions et leurs actions pédagogiques en s’inspirant du TARE», souligne Sylvie Beaudoin.

Quant aux étudiants, ils jouaient aussi un rôle primordial : prendre la décision de s’impliquer ou non dans leur processus de responsabilisation. Ils ont aussi répondu à un questionnaire sur la perception de leur propre responsabilisation et des occasions qui leur étaient offertes en classe. Les questionnaires ont, du même coup, servi de rétroaction pour les enseignants. Pour l’instant, deux importants constats se dégagent de l’analyse de ces questionnaires : «Plus l’étudiant perçoit être responsable, plus il se sent capable de vivre de la réussite. En outre, plus les attentes de l’enseignant sont claires pour l’étudiant, plus il sent qu’il a du contrôle sur sa réussite.»

De bonnes raisons de changer

Sylvie Beaudoin fait partie d’un groupe de recherche international qui s’intéresse aux initiatives de développement professionnel en lien avec le modèle TPSR. À court terme, elle envisage d’étudier la mise en place de communautés d’apprentissage axées sur l’appropriation de pratiques d’enseignement responsabilisantes, en collaboration avec des chercheurs de la Faculté d’éducation.

Chaque fois qu’elle parle de ses recherches à des enseignants, elle reçoit la même réponse : «Je veux y participer!» «Réunir les gens semble la voie la plus prometteuse. Les enseignants ont peu d’occasions de parler de pédagogie entre eux, mais ils souhaitent partager leurs problématiques et leurs bons coups. Intégrer des pratiques d’enseignement responsabilisantes demande beaucoup de réflexion et de temps, c’est pourquoi il faut des structures de soutien efficaces», explique-t-elle.

«Il ne faut pas se le cacher : avoir des étudiants responsables facilite énormément l’enseignement et la gestion de classe. Par contre, on doit aller au-delà de ça. Il faut aider l’étudiant à adopter des comportements et des valeurs responsables en classe afin qu’il les intègre dans sa vie personnelle et professionnelle», insiste Sylvie Beaudoin. La responsabilisation des étudiants a le potentiel de créer une meilleure société : pourquoi ne pas donner les moyens aux enseignants de faire partie de la solution?