Personnalité de l’année du TIME magazine

Les leçons d’un combattant d’Ébola

Même si l'épidémie d'Ébola est loin d'être résolue, le professeur François Lamontagne garde espoir que la situation s'améliorera en 2015.
Même si l'épidémie d'Ébola est loin d'être résolue, le professeur François Lamontagne garde espoir que la situation s'améliorera en 2015.

Photo : Université de Sherbrooke

C’est dans la jungle au nord du Libéria, à quelques kilomètres de la frontière avec la Guinée et la Sierra Leone, que se trouve la ville de Foya. Déjà fragilisée par un système de santé quasi inexistant et des ressources humaines et financières limitées, Foya, à l’image du pays en entier, a subi durement les ravages de l’épidémie d’Ébola. C’est dans cette contrée, loin de tout, que le Pr François Lamontagne s’est rendu en septembre dernier pour soigner les personnes atteintes du virus. C’était sa deuxième mission humanitaire au cœur du foyer épidémique, après un passage en Guinée au printemps 2014.

À l’instar du Pr Lamontagne, des milliers de femmes et d’hommes se sont rendus en Afrique de l’Ouest pour venir en aide aux populations touchées. Pour souligner l’engagement de tous ces «combattants d'Ébola», le TIME Magazine vient de leur décerner le titre de personnalité de l’année.

«Pour d’infatigables actes de courage et de compassion, pour donner le temps au monde de renforcer ses défenses, pour avoir pris des risques, avoir persisté, avoir fait des sacrifices et sauvé des vies, les combattants d’Ébola sont la personnalité de l’année 2014 de TIME», peut-on lire sur le site web du magazine.

Une distinction dont Pr Lamontagne se réjouit, mais qu’il ne prend pas personnel. «Cet honneur revient à tous les volontaires qui se sont rendus sur place, et pas seulement des médecins et des infirmières, mais une armée de gens de tous horizons. Il revient également à nos collègues qui ont fait le travail pendant notre absence, à nos familles qui se sont inquiétées et, surtout, aux Africains qui combattent l’épidémie depuis le tout début; ils sont les vrais combattants d’Ébola.»

Beaucoup de défis, mais de l’espoir

Près d’un an après le premier cas recensé, les leçons à tirer de cette catastrophe sont claires pour le Pr Lamontagne : «Cette crise a permis de mesurer les conséquences d’une situation où on ne se donne pas la peine de coordonner efficacement le travail des intervenants sur le terrain. On sait maintenant ce que ça donne et ça va changer les choses.»

À l’aube de 2015, on peut voir poindre une lueur d’espoir, même si la situation est loin d’être résolue.

«En Guinée et au Libéria, on commence à sentir l’effet positif des interventions de santé publique et à contenir l’épidémie, affirme le Pr Lamontagne. Il y a des signes épidémiologiques que la situation s’améliore, notamment dans le plafonnement des nouveaux cas. Mais il ne serait pas honnête de dire que tout va pour le mieux, il y a encore de gros problèmes à plusieurs égards.»

«Maintenant, plusieurs pays occidentaux offrent leur aide, alors on peut s’attendre à ce qu’il y ait plus de gens sur le terrain, avec des moyens accrus et un leadership différents. S’ils arrivent à travailler ensemble, cela sera positif. Je suis plutôt optimiste sur ce côté des choses.»

En date du 14 décembre, l’Organisation mondiale de la santé faisait état de 18 600 cas d’infection au virus Ébola, dont plus de 6 900 personnes sont décédées.

Profil - François Lamontagne

- Professeur au Département de médecine de la FMSS
- Intensiviste au CHUS
- Chercheur au Centre de recherche du CHUS

Il fait partie d’un groupe de spécialistes réunis par l’Agence de la santé publique du Canada pour rédiger le guide Ebola Clinical Care Guidelines pour la prise en charge des personnes infectées par le virus Ébola et devant être soignées au Canada.