Nouvelle publication

Figures de compassion

Figures de compassion, Éditions Leméac, Montréal, 176 pages.
Figures de compassion, Éditions Leméac, Montréal, 176 pages.

Sous la direction de Sarah Rocheville et d'Yvon Rivard.

Pour notre monde néolibéral - qui a déchiré le tissu social en lambeaux et fait de nous des atomes tournant en orbite autour de la valeur du travail et de l'argent -, la compassion, l'altruisme, l'empathie seraient des valeurs, chrétiennes ou bouddhistes, à jeter au rebut avec toute religion ! Pourtant, les anthropologues nous ont appris depuis longtemps que ces valeurs sont portées par des peuples n'ayant jamais médité ou vu une croix de leur histoire. Les scientifiques ont aussi montré que le filon génétique des grands singes dont est issue la lignée d'Homo sapiens pratique la compassion depuis la nuit des temps.

N'en déplaise à Darwin, Freud ou Nietzche, il semble que ce soit Rousseau qui avait raison : la bonté serait inscrite en nous et dans la nature, comme une intuition ou un mouvement en vertu desquels les parties sont nécessairement reliées entre elles de façon harmonieuse. Rien ne semble pouvoir exister sans cet équilibre, sans cet échange constant entre les hommes.

Or, si naturelle soit-elle, la compassion demeure un mystère. Comment expliquer,par exemple, qu'un pauvre donne tout ce qu'il possède à plus pauvre que lui? Que quelqu'un de « beau, riche et en santé », comme on dit, s'expose au contact des lépreux, des désespérés, des démunis, au péril de sa santé physique et mentale? Que ce soit celui qui donne qui reçoit le plus? Est-il possible que trop de compassion puisse conduire à la folie ou à la mort?

Ce livre nous invite à circuler entre des oeuvres et des êtres (le squeegee, le
mendiant, le patient, le prisonnier, le Samaritain) qui nous rappellent, d'une
façon ou d'une autre, ce qui a sauvé Primo Levi, à savoir « quelque chose
d'indéfinissable, comme une lointaine possibilité de bonté, pour laquelle il valait la peine de se conserver vivant ».