Cancer du sein

Le laboratoire de Nicolas Gevry identifie une nouvelle cible thérapeutique

Nicolas Gévry, professeur et chercheur en biologie moléculaire et cellulaire, et Stéphanie Bianco, stagiaire postdoctorale.
Nicolas Gévry, professeur et chercheur en biologie moléculaire et cellulaire, et Stéphanie Bianco, stagiaire postdoctorale.
Photo : Michel Caron

Au cours de sa vie, une femme sur neuf risque d'avoir un cancer du sein et une sur trente pourrait en mourir, selon la Société canadienne du cancer. Le professeur Nicolas Gévry et son équipe de recherche en savent quelque chose. Ils ont consacré leurs plus récentes études sur la compréhension des mécanismes de résistance aux traitements antihormonaux dans le cancer du sein. Bonne nouvelle : ils sont arrivés à démontrer la possibilité de contourner ce problème, ce qui offre une piste prometteuse afin de sauver encore plus de vies.

Une première étude, publiée dans le journal Cancer Research d’avril dernier, présente le récepteur nucléaire LRH‑1, une protéine exprimée en grande quantité dans les cellules cancéreuses, comme une cible alternative pour traiter le cancer du sein efficacement, tout en préservant possiblement la qualité de vie de la patiente.

L’intérêt de ce récepteur LRH-1 ne s’arrête pas là : tout porte à croire qu’il pourrait s’agir aussi d’une cible thérapeutique pour le traitement du cancer du sein triple négatif. La problématique de ce type de cancer est qu’il est très agressif et difficile à traiter. Cette nouvelle étude fait l’objet d’une publication dans le journal Oncogene aujourd’hui même.

Une voie vers un traitement inédit

Dans ces études, le biologiste Nicolas Gévry et la stagiaire postdoctorale Stéphanie Bianco, apportent en effet la preuve génomique que LRH-1 joue un rôle critique dans le cancer du sein en contrôlant la prolifération des cellules cancéreuses, ce qui pourrait entraîner une résistance aux traitements et donc un frein majeur à la guérison des patientes. En inhibant ce récepteur, on obtiendrait un traitement inédit.

«Les caractéristiques des tumeurs sont décisives pour déterminer la stratégie de traitement chez les patientes atteintes de cancer du sein. La majorité des patientes peuvent bénéficier d'un traitement antihormonal à long terme. Par contre, la plupart développent une résistance à ces thérapies», précise Nicolas Gévry, professeur au Département de biologie.

En d’autres termes, quand la tumeur d’un cancer du sein est retirée, un traitement antiœstrogénique s’en suit. Il s’agit d’un traitement à moyen terme pour empêcher la réapparition de la tumeur. Ce traitement cible les récepteurs d’œstrogènes. Pour être actifs, ces récepteurs ont besoin de l’œstrogène produit par le corps des femmes. Or, dans le cadre d’un traitement antiœstrogénique, une molécule synthétique inhibe l’action de l’œstrogène. Les cellules cancéreuses qui expriment ces récepteurs des œstrogènes se voient ainsi leurrer et meurent.

S’il y a une récidive, elle sera probablement causée par une résistance au traitement. C’est alors qu’apparaît la problématique de traiter le cancer du sein, car non seulement la nouvelle tumeur sera plus agressive, mais le traitement antiœstrogénique ne sera plus une option. Il faudra donc se tourner vers la chimiothérapie ou la radiothérapie, des traitements efficaces, mais difficiles sur la qualité de vie des patientes.

Partant de ce fait, LRH-1 présente une cible prometteuse. «En pointant ce récepteur, on contournerait les résistances des traitements antiœstrogéniques et on fournirait une nouvelle avenue dans les pronostics ou dans le traitement du cancer du sein, une perspective particulièrement attrayante pour les tumeurs résistantes à l'hormonothérapie. Le grand défi désormais est de trouver des molécules ciblant spécifiquement ce récepteur LRH-1», conclut Stéphanie Bianco.