L’énergie renouvelable du projet Harmattan

Pier-Olivier Baillargeon et Francis Montpetit-Dicaire

Pier-Olivier Baillargeon et Francis Montpetit-Dicaire


Photo : fournie

Le projet Harmattan a été imaginé dès le début des années 2000 par des étudiants de la Faculté de génie. À l’origine, l’idée était de créer une éolienne relativement facile à construire et à reproduire, pour fournir de l’énergie renouvelable dans des régions isolées de pays en voie de développement. Sous l’égide du groupe Génie-Vert, une première éolienne a été fabriquée et testée au Québec en 2010, puis une autre a été installée à Madagascar en 2011. Quatre ans plus tard, le projet Harmattan II continue sa mission : deux étudiants reviennent de Madagascar où ils ont séjourné durant deux mois et demi. Ils ont réparé l’éolienne de 1,4 kW et ont remplacé des pales, en plus d’y ajouter des instrumentations permettant des relevés de données. À Sherbrooke, près d’une vingtaine d’étudiants poursuivent le projet, et l’expertise se transmet d’une promotion à l’autre. D’ailleurs, les stagiaires à Madagascar étaient un étudiant de dernière année, Pier-Olivier Baillargeon, et un collègue de première année, Francis Montpetit-Dicaire. «Cela assure un bon transfert de connaissances!» reconnaît ce dernier.

Pannes et diesel

À Madagascar, moins de 20 % des foyers sont raccordés au réseau électrique. En zone rurale, cette proportion chute à 5 %. «L’éolienne qui a été conçue par les équipes précédentes peut alimenter une dizaine de maisons pour faire fonctionner quelques lumières, une télé et la radio. Cependant, les foyers ne sont pas raccordés par un réseau électrique. Le système d’éolienne et de panneaux solaires permet de recharger des batteries que les gens doivent transporter au point de recharge», explique Pier-Olivier Baillargeon.

Le projet vise à permettre à la communauté de fabriquer et d’entretenir elle-même l’équipement.

Le projet vise à permettre à la communauté de fabriquer et d’entretenir elle-même l’équipement.


Photo : fournie

Dans une perspective nord-américaine, le système peut sembler rudimentaire, mais le projet est assez bien adapté aux besoins locaux. «Là-bas, beaucoup de gens se tournent vers les génératrices à essence pour produire de l’électricité. Certains utilisent des batteries, mais les points de recharge sont souvent situés à quelques heures de route. Le fait de pouvoir recharger les batteries au centre du village est donc un progrès», ajoute-t-il.

Le projet Harmattan – qui était à la base un projet de développement communautaire – commence à intéresser des commerçants. «Pour les abonnés du réseau électrique, la fiabilité du réseau laisse à désirer et les pannes sont fréquentes. Des hôteliers et des restaurateurs s’intéressent à notre éolienne pour pallier les pannes, qui sont assez fréquentes», signale Francis Montpetit-Dicaire.

«Photocopier» des pales

Les stagiaires avaient un emploi du temps bien rempli à Madagascar. L’objectif initial du projet demeure, soit de permettre aux gens de la communauté de fabriquer et d’entretenir eux-mêmes l’équipement.

«Par exemple, nous avons continué de raffiner la conception des pales. Alors que les pales d’origine avaient un profil différent et étaient composées d’un noyau en bois et d’une couche de fibre de verre, nous avons développé de nouvelles pales uniquement en bois. Nous avons formé des Malgaches afin qu’ils puissent fabriquer ces pales constituées de plusieurs lamelles superposées», explique Francis Montpetit-Dicaire. Pour reproduire les pièces à l’identique, les Malgaches peuvent utiliser un équipement spécifique – un duplicateur – qui est une sorte de «photocopieur». Cet équipement est à leur disposition depuis la visite d’une délégation précédente en 2010.

Également, afin que la communauté puisse mieux utiliser la technologie, les étudiants ont tenu des séances d’information sur le choix d’accumulateurs adaptés aux besoins des familles. «Souvent, les gens utilisent des batteries d’auto, qui ne sont pas conçues pour une utilisation de longue durée, contrairement aux batteries adaptées pour l’énergie solaire, dit l’étudiant. Lors du stage, nous avons organisé des ateliers d’information et créé des outils pour l’utilisation optimale des batteries.»

Des chiffres pour l’avenir

Le profil des pales a été optimisé.

Le profil des pales a été optimisé.


Photo : fournie

Dans la perspective de produire et d’installer d’autres exemplaires de leur éolienne, les deux stagiaires ont également implanté des équipements qui font la collecte de données statistiques quant à l’énergie générée par le système.

«Nous avons constaté sur place que l’éolienne tourne pratiquement sans arrêt et que le vent est abondant. Toutefois, nous n’avons pas en mains de chiffres pour démontrer le rendement de l’installation. Grâce aux données qui seront colligées, nous pourrons produire une fiche technique qui sera très utile pour convaincre d’autres communautés d’adopter cette technologie», dit Pier-Olivier Baillargeon. Le groupe a déjà ciblé la Bolivie comme contrée qui pourrait bénéficier de l’éolienne Harmattan II.

Vers Harmattan III

En parallèle, Pier-Olivier Baillargeon a comme projet de fin de baccalauréat de concevoir la nouvelle génération Harmattan III, une génératrice de 5 kW. «On parle d’un modèle qui générerait un peu plus de trois fois la puissance, et dont les composantes seront de deux à trois fois plus grandes que notre éolienne existante», dit-il.

Manifestement, ce projet qui visait à mettre le génie au service de l’environnement et du progrès social ne cesse d’évoluer grâce à l’énergie renouvelable des étudiants qui l’animent.