Nouvelle publication

Go West, Gloria, de Sarah Rocheville

Sarah Rocheville, Go West, Gloria, Montréal, Éditions Leméac, 2014, 160 p.
Sarah Rocheville, Go West, Gloria, Montréal, Éditions Leméac, 2014, 160 p.

Go West, Gloria est un roman à deux voix : celle de Gloria, une jeune thanatologue ayant brusquement quitté le Québec pour Winnipeg, et celle, posthume, de son père. L’un fait le bilan de sa vie, l’autre se demande comment vivre libérée d’un tel héritage; l’un veut tout contrôler, l’autre tout perdre. Au fil des pages, où s’entremêlent les observations chirurgicales de la fille et le lyrisme exalté du père, les motifs de la fuite de Gloria et les circonstances qui ont provoqué la mort de son père s’éclairent peu à peu.

À mille lieues du cynisme, ce roman est la quête réelle de deux êtres, séparés par une même folie, qui essaient trop tard de se rejoindre. Exploration des grands espaces dans lesquels on se découvre, expérience du temps retrouvé au seuil de la mort, Go West, Gloria conjugue le meilleur des traditions romanesques nord-américaine et française.

Extrait

J’habite la ville de Winnipeg, au Manitoba. Je n’aime pas y vivre. Il faut dire que, de façon générale, je n’aime pas vivre. C’est pour cela que j’ai choisi le monde funéraire. Des affinités électives avec les morts, ça ne s’invente pas. J’ai très souvent pensé que les gens mouraient à ma place. M’occuper de dépouilles et de familles devient alors la moindre des choses. Je suis arrivée au mois d’août par la Transcanadienne. J’avais roulé depuis Montréal en dormant de temps en temps sur le bord de la route. À dix kilomètres de la ville, je me suis arrêtée, j’ai replié le plan et trié les cochonneries côté passager – les rogatons, aurait dit ma mère. J’ai aussi changé de blouse et frotté mes dents avec un reçu de caisse. J’ai lancé à la ronde Hello, guys! I’m Ted. Pleased to meet you! avec un accent du Texas. Ted n’est pas mon nom, je ne suis pas un homme, mais la tentation était trop forte. Il était tôt le matin, trop tôt pour ne pas avoir d’humour. Et puis, je me sentais soudain en Amérique. Que faire en Amérique sauf déconner en anglais et rouler jusqu’à la ville en gémissant du country?

Sarah Rocheville, professeure au Département des lettres et communications de l'Université de Sherbrooke
Sarah Rocheville, professeure au Département des lettres et communications de l'Université de Sherbrooke

Photo : John Londono

À propos de l'auteure

Sarah Rocheville est professeure de littérature à l’Université de Sherbrooke. Elle est notamment l’auteure de Vingt-et-une études de voix, une monographie consacrée au poète Louis-René des Forêts (VLB). Cofondatrice et membre du comité de rédaction des cahiers littéraires Contre-jour, elle écrit des nouvelles et dirige la collection de prose «Ostinato» aux éditions du Lézard amoureux.