Quand Internet devient obsession

Les cyberdépendants deviennent obsédés par Internet, au point de cesser de travailler.

Les cyberdépendants deviennent obsédés par Internet, au point de cesser de travailler.


Photo : Michel Caron

Prévoir un petit cinq minutes sur Facebook et y rester deux heures, ça arrive à tout le monde. Quitter son travail pour passer ses journées sur Internet, ça devient plutôt inquiétant.

Même si nous éprouvons souvent une pointe de culpabilité à passer de longues heures sur Internet, nous ne devenons pas cyberdépendants pour autant. Seulement de 1 à 2 % de la population occidentale en souffrirait aujourd’hui.

«La cyberdépendance est un sujet complexe parce qu’il n’y a pas de définition qui fait consensus. Le problème est difficile à décrire puisqu’Internet représente à la fois tout et rien», souligne Magali Dufour, professeure au Service de toxicomanie de la Faculté de médecine et de sciences de la santé.

De façon générale, une personne cyberdépendante a perdu le contrôle sur ses habitudes d’utilisation d’Internet. Des conséquences importantes en découlent : problèmes de sommeil, de santé et de travail en plus d’une détérioration des relations avec les proches. «Les cyberdépendants font plus que passer beaucoup de temps sur Internet, ils en deviennent obsédés. Selon une étude que j’ai menée avec deux collègues, ils passent en moyenne 66 h par semaine sur Internet. Ils ont donc abandonné leur travail ou ont été congédiés en raison de leur cyberdépendance», explique Magali Dufour.

La professeure Magali Dufour
La professeure Magali Dufour
Photo : Robert Dumont

Des cousins

Les possibilités sur Internet sont si vastes – jeux, streaming, médias sociaux, etc. – qu’il existerait plutôt plusieurs dépendances distinctes selon l’activité pratiquée abusivement sur Internet.

«Chaque problème a ses particularités spécifiques à l’objet de la dépendance. Ils ne doivent pas être considérés comme des frères ou des jumeaux, mais plutôt comme des cousins : ils peuvent avoir le même nez, mais ne partagent pas nécessairement d’autres ressemblances», illustre Magali Dufour. Pour l’instant, seule la dépendance aux jeux vidéo en ligne se trouve dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) comme diagnostic à l’essai, puisque plusieurs études se sont penchées sur la question.

Néanmoins, les symptômes de sevrage de la cyberdépendance sont semblables à ceux de la dépendance à l’alcool ou aux drogues : irritation, dépression, impression que la vie a perdu tout son sens. «Il y a un sentiment de perte de contrôle, d’obsession, ajoute la professeure. On essaie d’arrêter, mais on n’en est pas capable. Par exemple, toute notre vie pourrait tourner autour d’être sur Facebook au point où l’on refuserait de sortir.» Une dépendance à l’alcool ou aux drogues n’augmente pas les chances de devenir cyberdépendant, avertit toutefois la psychologue.

Contrairement à la drogue ou à l’alcool, soigner une dépendance à Internet demande beaucoup plus de contrôle. «La personne peut devenir abstinente de son application problématique, mais peut difficilement s’abstenir d’utiliser Internet», fait remarquer la professeure Dufour.

Garder l’équilibre

Même si les téléphones intelligents ou les médias sociaux semblent provoquer un engouement parfois démesuré, l’important est de garder un bon équilibre en diversifiant ses activités. «Facebook  et les téléphones intelligents ont commencé à être populaires il y a quatre ou cinq ans seulement, donc on a très peu de recul sur la question. Comme un nouveau jouet dont on finit par se lasser, les gens vont s’habituer à la nouvelle technologie. En tant que société, on commence même à se donner des normes à ce sujet : ne pas texter au volant, fermer les cellulaires lors des spectacles ou au cinéma, par exemple», rappelle Magali Dufour.

Elle ne considère d’ailleurs pas la cyberdépendance comme la conséquence la plus importante de l’utilisation d’Internet. «Comme on peut tout faire sur Internet – magasiner, se divertir, parler avec nos amis et notre famille – le problème le plus préoccupant lié à son utilisation, c’est que les gens ne bougent plus», déplore-t-elle.