Journée mondiale de la poésie

Résister au mépris

La poésie n'échappe pas à l'ère du 2.0, mais rien n'ébranle ses racines profondes.
La poésie n'échappe pas à l'ère du 2.0, mais rien n'ébranle ses racines profondes.
Photo : Michel Caron

Avec la «poésie googlienne» ou les haïkus autogénérés, l’art poétique n’échappe pas à l’ère du 2.0, mais rien n’ébranle ses racines profondes. Ce type de texte créé par une machine n’est qu’un simple «outil qui ne tient pas lieu de poésie», selon Nathalie Watteyne, poète et spécialiste de la poésie moderne à la Faculté des lettres et sciences humaines.

«C’est la nature même du poème de prendre des formes variées et de s’adapter à différents publics. Rien n’oblige à suivre des contraintes. Il n’y a pas de définition du poème à proprement parler, mais un bon poème impliquera toujours un acte de résistance face au mépris qu’une machine ne peut produire», souligne-t-elle. Par contre, rien n’empêche de se servir de Google comme source d’inspiration pour créer des textes, comme on utilise l’écriture automatique dans les ateliers de création littéraire.

La professeure Nathalie Watteyne est spécialiste de la poésie moderne à la Faculté des lettres et sciences humaines.
La professeure Nathalie Watteyne est spécialiste de la poésie moderne à la Faculté des lettres et sciences humaines.
Photo : Michel Caron

S’adresser au plus grand nombre

Si les technologies ne créent pas de poèmes, elles offrent néanmoins un avantage indéniable : de nouvelles plateformes de diffusion pour un accès plus large à la poésie. «Le poète a besoin de la technologie pour s’adresser au plus grand nombre, mais encore faut-il que sa parole soit tournée vers autrui», estime la professeure Watteyne.

C’est pourquoi, le 21 mars, on célèbre la poésie pour sa capacité à créer un dialogue culturel et un rapprochement entre les gens. «Pour certains, le geste du poète tient au désir de prendre la parole au nom des frères muets et, comme le pensait Anne Hébert dans les années 1950; de rompre le silence», explique la professeure.

Ainsi, seule la poésie qui donne à voir un monde résiste à l’épreuve du temps. «Le poète n’intéressera personne s’il est exclusivement centré sur lui-même. En ce moment, le Québec vit une période de repli sur le plan social et cela se reflète sur la poésie. Les gens semblent avoir de la difficulté à parler d’autre chose qu’eux-mêmes, on le constate notamment avec la mode du trash.»

Les modes passent, mais la poésie qui reste combine les tendances éphémères aux formes durables et aux thèmes universels, croyait Baudelaire.

La parole aux jeunes

Au-delà des nouvelles technologies, la poésie contemporaine est marquée par l’apparition du slam et du spoken word… des traditions oratoires venues des Grecs anciens! «Ces pratiques donnent la parole et s’adressent aux jeunes qui ne se sentent pas interpellés par les structures sociales actuelles, dit la professeure. Elles permettent de briser l’isolement et le mépris, et de donner une voix à ceux qui y participent. Il y a beaucoup de ferveur dans les salles où se déroulent ces événements.» En outre, le côté «mise en scène» du spoken word, héritier de la performance, permet une autre appréciation de la poésie, qui reprend ainsi le contact avec les jeunes générations.

Malgré tout, la poésie reste un art moins populaire que la chanson – aussi une forme de poésie, ne l’oublions pas – auprès du grand public. «Par sa densité et sa complexité, le langage poétique peut faire peur, mais lorsqu’on y plonge, il devient fascinant», assure Nathalie Watteyne.