La dépression saisonnière : les risques de l’autodiagnostic

Photo : Michel Caron

L’hiver québécois perdure. Si vous commencez à perdre espoir de voir réapparaître le soleil et le barbecue, vous faites partie de la majorité. Mais si vous avez de la difficulté à mener vos activités habituelles, vous êtes peut-être de ces personnes atteintes de dépression saisonnière : dans les pays nordiques, 3 % à 10 % de la population adulte en souffrent. Peut-on s’autodiagnostiquer une telle affection?

Le professeur et psychiatre Pierre Gagné nous fait part de son avis sur le sujet.

Question : Qu’est-ce que la dépression saisonnière? Fait-elle partie du DSM?

(Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, communément appelé DSM, est publié par la Société américaine de psychiatrie. C’est le principal ouvrage de référence en matière de santé mentale et de psychiatrie).

Réponse : Oui, c’est un véritable trouble, un trouble d’humeur sévère répétitif qui s’installe peu à peu lorsque les journées raccourcissent. La dépression saisonnière ressemble beaucoup à la dépression non saisonnière. La personne qui en est victime ressent les mêmes symptômes : perte d’énergie et de motivation, tristesse, changement d’appétit, fatigue, etc. Cependant, contrairement à la dépression non saisonnière, elle coïncide avec la diminution de la période d’ensoleillement. Donc logiquement, elle disparaît au printemps, contrairement à la dépression régulière, qui risque de perdurer.

Q : Le froid et la neige qui persistent en ce moment affectent-ils une dépression saisonnière?

Photo : Michel Caron

R : Non. C’est réellement le manque de lumière qui affecte les gens qui souffrent de ce type particulier de dépression sévère. Donc si la dépression persiste au printemps, même si la neige et le froid sont toujours présents, il y a de forts risques que ce ne soit pas une dépression de type saisonnière.

Q : Peut-on se traiter soi-même?

R : C’est là le danger : l’autodiagnostic ou ce que j’appelle les «diagnostics d’Internet». Les gens qui sont déprimés rechercheront leurs symptômes sur le web et pourront conclure à tort qu’ils sont victimes de dépression saisonnière alors qu’ils ont peut-être une dépression majeure d’un autre type. Ils iront s’acheter une boîte de lumière pour faire un peu de luminothérapie. Ce sont des moyens plus rapidement accessibles que la médication ou la consultation, alors les gens se traitent souvent de cette manière. Comme cela ne fait pas effet sur leurs symptômes, leur dépression continuera et s’aggravera. Il faut s’assurer d’avoir le bon diagnostic afin d’avoir le bon traitement.

Q : En quoi l’autodiagnostic est-il une préoccupation pour vous?

R : On cherche à éviter l’autodiagnostic, car une dépression mal traitée peut avoir des impacts majeurs sur la personne et son entourage. La personne peut aller jusqu’à mettre fin à ses jours en pensant que sa maladie n’est pas traitable alors que le traitement qu’elle s’est prodigué est inapproprié et inefficace. Il faut donc consulter un professionnel de la santé pour obtenir un diagnostic correct.

Pierre Gagné est professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke. Il est aussi directeur du Service de psychiatrie légale. Le professeur Gagné a mené diverses recherches sur la détresse psychologique.