Les risques de chute augmentent dès la cinquantaine

Une étude de l’UdeS donne à penser que la prévention des chutes devrait commencer bien avant l’âge de la retraite

Evelyne Carbonneau et Cécile Smeesters
Evelyne Carbonneau et Cécile Smeesters
Photo : Michel Caron

On associe généralement les risques de chute aux personnes âgées et certains programmes de prévention visent spécifiquement les aînés. Il est reconnu que le risque de chute augmente avec l’âge et que leurs conséquences sont parfois dramatiques pour les personnes qui les subissent. Cela dit, une étude de la chercheuse Evelyne Carbonneau et de la professeure Cecile Smeesters, du Département de génie mécanique de la Faculté de génie, montre que le risque de chute augmente de façon notable dès la jeune cinquantaine. L’étude parue dans la revue spécialisée Gait & Posture donne des indications sérieuses sur la pertinence de débuter la prévention plus tôt qu’on le fait généralement. De plus, la recherche fournit de nouvelles données sur la capacité à rétablir son équilibre selon la direction des chutes.

La face cachée des chutes

Les chutes vont bien souvent au delà du banal accident. «Les conséquences peuvent être désastreuses pour la personne, allant de l’ecchymose jusqu’à la fracture de la hanche, ce qui engendre des coûts importants pour le système de santé. La qualité de vie de la personne est affectée, et la situation peut avoir des impacts sur ses proches», explique Evelyne Carbonneau, qui a réalisé la recherche dans le cadre de sa maîtrise.

Au Canada, les chutes constituent la deuxième cause de décès accidentels, après les accidents de voiture, et sont la première cause d’hospitalisations. Dans le cadre de cette étude, les chercheuses partaient de la prémisse qu’il était probablement pertinent de prévenir les chutes avant l’âge de 65 ans.

«Notre étude a réuni des participants de 18 à 86 ans, en bonne forme physique, parce qu’on voulait vérifier à partir de quel âge apparaît un changement notable dans le rétablissement de l’équilibre "à la limite du possible", dit la chercheuse. Il ne s’agissait pas de mesurer un léger déséquilibre (qu’on appelle contrôle postural), mais de voir les situations où les chutes deviennent inévitables. Évidemment, les équipements de recherche étaient conçus pour éviter que les personnes se blessent.»

Risques et direction

Les participants ont été placés dans un équipement de type «tour inclinée». Retenus par une ceinture pelvienne, ils étaient positionnés dans un angle pouvant aller de 2 à 40 degrés.
Les participants ont été placés dans un équipement de type «tour inclinée». Retenus par une ceinture pelvienne, ils étaient positionnés dans un angle pouvant aller de 2 à 40 degrés.
Photo : fournie

Les participants ont été placés dans un équipement de type «tour inclinée». Retenus par une ceinture pelvienne, ils étaient positionnés dans un angle pouvant aller de 2 à 40 degrés. De plus, les tests s’effectuaient dans trois directions, soit une chute vers l’avant, le côté ou l’arrière. Selon un laps de temps aléatoire entre zéro et trois secondes, la ceinture les relâchait et les personnes devaient rétablir leur équilibre et éviter la chute en utilisant un seul pas. Un harnais de sécurité les empêchait de chuter réellement. Les tests étaient répétés en augmentant l’inclinaison, tant que le sujet rétablissait son équilibre. S’il échouait à deux reprises, on consignait la valeur du dernier angle réussi.

Parmi les résultats, l’étude a permis d’identifier que – peu importe l’âge – l’angle d’inclinaison maximal précédant un risque de chute vers l’avant était toujours supérieur d’un peu plus de quatre degrés aux angles associés à des chutes vers l’arrière et vers le côté. Dans les deux derniers cas, il n’y a pas de différence majeure quant à l’angle maximal.

Mais surtout, l’étude a montré que l’âge critique où l’on constate une diminution significative de l’habileté à rétablir son équilibre en situation de chute est de 51 ans, dans le cas des chutes vers l’avant, de 61 ans pour les chutes vers le côté et de 70 ans pour les chutes vers l’arrière. À partir de ces âges, l’inclinaison maximale associée à l’habileté à éviter une chute dépasse d’un écart-type la moyenne des participants les plus jeunes.

Nouvelles données, nouvelles approches?

De telles données pourraient contribuer à renforcer l’idée d’inclure des personnes plus jeunes dans les travaux et les initiatives qui visent à prévenir les chutes. «D’un point de vue clinique, notre étude soulève l’idée qu’il faut arrêter de penser que les problèmes surviennent seulement après 65 ans, dit Evelyne Carbonneau. Aussi, par exemple, pourrait-on envisager créer un test simple qui pourrait être administré dans le cabinet du médecin pour éviter ou repousser une première chute. Malheureusement, le suivi débute souvent une fois que la personne a déjà chuté.»

Et si une meilleure identification des risques est possible, tout un pan de recherche pourrait s’ouvrir pour mettre en place des stratégies ciblées de santé physique auprès des personnes susceptibles de chuter, et ce, plus tôt dans leur vie. «La professeure Smeesters ne manque pas de projets pour raffiner la recherche en ce sens», conclut Evelyne Carbonneau.