Retrouver la force par le lait

Trois groupes d'hommes âgés ont participé à la recherche de la professeure Isabelle Dionne.
Trois groupes d'hommes âgés ont participé à la recherche de la professeure Isabelle Dionne.

Photo : Mathieu Maltais

«Un verre de lait, c’est bien, mais deux, c’est mieux», serinaient les producteurs laitiers. Après avoir jeté un œil sur les recherches de la professeure Isabelle Dionne, ils pourraient bien avoir envie de ressortir leur fameux slogan…

La professeure à la Faculté d’éducation physique et sportive et son équipe ont découvert qu’un verre de lait – additionné de lait en poudre et bu après l’entraînement – augmente autant la force musculaire chez les hommes âgés qu’un shake de protéines en poudre bu dans les mêmes conditions.

Pour les hommes et les femmes, la perte de masse et de force musculaire (sarcopénie) est un effet normal du vieillissement. «On savait déjà qu’une des meilleures façons de contrer la sarcopénie chez les personnes âgées est un programme d’exercices musculaires adapté à leur âge et à leur condition. On savait aussi que l’ajout de suppléments de protéines en poudre permet d’aller chercher des gains plus importants qu’un programme d’exercices seul lorsque des conditions strictes sont respectées (quantité, type de protéine, moment d’ingestion, etc.)», explique la chercheuse.

Isabelle Dionne souhaitait donc trouver un moyen de faire regagner de la force et de la fonction physique aux personnes âgées autrement que par l’ingestion de coûteuses (et parfois douteuses) protéines en poudre. «Je n’ai jamais recommandé à un homme âgé de consommer des protéines en poudre. Si d’un point de vue scientifique ça a du sens, d’un point de vue clinique, ça n’en a pas», souligne-t-elle.

Comme le lait contient naturellement les mêmes acides aminés essentiels présents dans les protéines en poudre, irait-on chercher les mêmes bénéfices si on utilisait une collation post-exercice à base de lait? s’est-elle demandé.

Seul hic : un volume raisonnable de lait ne contient pas tout à fait assez d’acides aminés pour rivaliser avec les suppléments en poudre. Voilà pourquoi l’ajout de lait en poudre devient nécessaire. «Comme le lait est déshydraté, il reste juste la protéine. C’est un produit naturel qui se vend à l’épicerie. Il est moins cher que les protéines et se digère beaucoup mieux.»

La professeure Isabelle Dionne
La professeure Isabelle Dionne

Photo : Michel Caron

Des fonctions physiques améliorées

Pour mener à bien sa recherche, Isabelle Dionne a étudié trois groupes d’hommes âgés. Tous les participants, qui disaient ressentir une perte de force musculaire depuis les dernières années, se sont entraînés trois fois par semaine.

Alors qu’un groupe buvait du lait additionné de lait en poudre, les deux groupes témoins buvaient une boisson de soya avec des protéines en poudre ou une boisson de riz, exempte de protéines.

Les tests de fonction physique menés avant et après les quatre mois de l’étude ont montré que les hommes du groupe «lait» ont retrouvé autant de force musculaire que les hommes du groupe «protéines en poudre». Le lait ne permet toutefois pas de gagner autant de masse musculaire que les protéines. Une constatation à laquelle Isabelle Dionne accorde peu d’importance. «Ces hommes-là n’ont pas d’ambition de compétition, alors gagner de la masse musculaire ne sert pas à grand-chose si les effets ne se transposent pas dans les activités de la vie quotidienne», dit-elle.

«L’idée n’était pas de surpasser les bénéfices des protéines en poudre, parce que ça ne pourrait pas arriver, mais en atteignant le même effet que les suppléments ou plus d’effet que l’exercice seul, ça devient une recommandation clinique valable», conclut-elle.