Hélène Mayrand

À la défense de l’Arctique

Hélène Mayrand travaille sur la protection environnementale de l'Arctique dans le contexte des changements climatiques.
Hélène Mayrand travaille sur la protection environnementale de l'Arctique dans le contexte des changements climatiques.
Photo : Michel Caron

Elle parle d’une voix douce, mais d’un ton assuré. Elle est jeune, mais a déjà innové. Professeure à la Faculté de droit depuis peu, Hélène Mayrand ne craint pas de poser un regard critique sur son domaine d’études, même au risque de jeter un petit froid… arctique.

Depuis longtemps sensibilisée à la cause de l’environnement, Hélène Mayrand consacre son doctorat à la question de la protection environnementale de l’Arctique dans le contexte des changements climatiques. «On a développé du droit de l’environnement, adopté beaucoup d’accords internationaux, mais ça ne marche pas bien, il y a vraiment des problèmes! Je voulais comprendre pourquoi», explique la chercheuse.

Dans l’interprétation et l’application du droit, les choix faits privilégient un développement de l’Arctique orienté vers l’économie à court terme et l’extraction des ressources, dénonce-t-elle dans sa thèse. Ainsi, les fragiles écosystèmes et les peuples autochtones du Grand Nord paient le prix de cette exploitation dont on oublie les impacts cumulatifs à long terme.

La démarche d’Hélène Mayrand est notamment teintée par l’influence de son directeur de maîtrise Martti Koskenniemi. Cet ancien diplomate, connu pour son approche critique du droit international, a participé aux négociations de l’Arctique en tant que représentant finlandais. «Il y a souvent beaucoup d’insatisfaction par rapport au droit international. Il a trouvé une façon d’en démontrer les problèmes, mais en même temps d’expliquer pourquoi on en a quand même besoin», résume la professeure.

Le droit contre l’environnement

Pour ses recherches doctorales, Hélène Mayrand a développé une nouvelle conception du droit international et l’applique à un domaine où il n’y a presque pas d’analyse critique : l’environnement.

Les théories critiques qu’elle emprunte lui permettent de mettre le doigt sur certaines contradictions dans le discours juridique en lien avec l’exploitation de l’Arctique. «Pourquoi les lois sur l’exploitation des ressources sont-elles claires et précises alors que celles sur la protection de l’environnement se résument en une série d’obligations générales sans véritable contenu? se questionne-t-elle. Il n’y a donc pas de levier pour dénoncer les États. Ceux-ci peuvent faire à peu près n’importe quoi et tout de même remplir leurs obligations internationales.»

Est-ce à dire que le droit est contre l’environnement?  «Oui, répond-elle sans hésitation. Mais même si le droit fait partie du problème parce qu’il est ancré dans des tendances qui laissent l’environnement de côté, il fait aussi partie de la solution.» Hélène Mayrand reste convaincue que le droit a un rôle à jouer pour induire de meilleures pratiques sociales, notamment comme moyen de contestation.

Par contre, elle ne souhaite pas promouvoir l’ajout de droit en matière environnementale. «Je n’avais pas l’impression que ça allait changer les règles établies, dit-elle. Et finalement, je ne pense pas que le problème se trouve dans les règles, mais plutôt dans leur interprétation et leur application.» La chercheuse veut plutôt faire prendre conscience aux différents acteurs (organismes internationaux, États arctiques, industrie, peuples autochtones) qu’il existe d’autres manières de développer l’Arctique en respectant vraiment l’environnement.

Réaliste, Hélène Mayrand sait qu’elle ne convaincra pas les fervents du statu quo. Elle reste toutefois optimiste pour l’avenir. «J’ose penser que si on assoit tout le monde à une même table et si on regarde vraiment les conséquences à long terme sur l’environnement en mettant de côté les préjugés et les iniquités entre les acteurs, on fera de meilleurs choix», conclut-elle.