«Redonner à la rue ce qu’elle m’a donné»

Étudiante en travail social, Caroline Leblanc passera la nuit de Noël dans la rue, avec des itinérants de Montréal

Caroline Leblanc organise une Nuit de solidarité dans la rue le 25 décembre pour apporter vivres et réconfort aux itinérants et à leurs animaux.
Caroline Leblanc organise une Nuit de solidarité dans la rue le 25 décembre pour apporter vivres et réconfort aux itinérants et à leurs animaux.
Photo : Michel Caron

Avec sa fidèle chienne Draft, Caroline Leblanc a vagabondé d’un continent à l’autre entre le domicile fixe et l'errance durant 15 ans. Au gré du vent, elle a vécu en marge de la société. Elle garde aujourd’hui un lien très fort avec les gens de la rue. «Ils font partie de mes racines», confie-t-elle.

Maintenant étudiante à la maîtrise en service social à l’Université de Sherbrooke, Caroline Leblanc retournera dans la rue la nuit du 25 décembre. Avec son ami Yves Therrien, elle sillonnera rues et ruelles de Montréal pour partager vivres et réconfort aux gens de la rue et leurs animaux qui n’auront trouvé ni refuge ni soutien moral en cette journée de célébration.

Les refuges ne sont pas adaptés aux personnes itinérantes avec un animal, explique l'étudiante. En outre, «les collectes traditionnelles ne sont pas faites pour les itinérants. Par exemple, ils n’iront pas chercher un panier de Noël puisqu’ils ne pourront pas cuisiner la nourriture».

Grâce au soutien de la Coopérative de l’UdeS, et à la générosité de la communauté, Caroline Leblanc a recueilli assez de dons pour distribuer une cinquantaine de sac à dos. Comme autant de bas de Noël, ils seront remplis de gâteries, de vêtements chauds, de sacs de couchage, de chèques cadeaux et même d’articles pour animaux fournis par l'animalerie Quinn.

Le projet Nuit de solidarité dans la rue se veut une façon originale et humaniste de démontrer aux personnes de la rue qu'elles ne sont pas seules. «Ce ne sera pas grave si certains nous sont hostiles ou ne veulent pas parler. L’important sera d’avoir mis un sourire dans leur soirée», dit l’étudiante.

L’humain avant l’itinérant

Certaines personnes itinérantes ne trouvent ni refuge ni réconfort durant le temps des Fêtes.
Certaines personnes itinérantes ne trouvent ni refuge ni réconfort durant le temps des Fêtes.
Photo : Michel Caron

Caroline Leblanc dit avoir adoré sa vie en tant que jeune de la rue. Marginale dans l’âme, elle a naturellement choisi ce mode de vie atypique. «Ça découle de la manière dont j’ai été élevée, dit-elle. Je m’adapte rapidement, j’ai une grande force de caractère, alors c’est difficile pour les gens de m’imposer des choses.» Par contre, la vie des itinérants, contrairement à celle des jeunes de la rue, est souvent synonyme d’isolement social et de souffrance, rappelle-t-elle : «Personne ne devrait vivre dans l’itinérance si on n’est pas bien dans cette situation.»

Déjà lors de ses années dans la rue, Caroline Leblanc avait la fibre d’une travailleuse sociale. «J’ai toujours voulu améliorer le bien-être des personnes de la rue et été impliquée dans des projets de rue. J’ai suivi des formations avec des travailleurs de rue à Sherbrooke, je suis devenue une paire aidante. Je m’étais dit qu’un moment donné je ferais un projet pour redonner à la rue ce qu’elle m’a donné», raconte-t-elle.

Son plus grand souhait : que tous se sentent interpellés par l’itinérance et arrêtent de juger et de victimiser ces personnes. «Ils sont des humains qui méritent de vivre dans la dignité et le respect. Il faut croire en eux, en leur capacité de changement, dit-elle. Chaque petit geste envers ces personnes va planter des graines positives sur leur chemin.» Caroline Leblanc en est d’ailleurs le parfait exemple. Le soutien offert au bon moment par des personnes marquantes rencontrées sur la route l’a aidée à quitter définitivement la rue et à reprendre les études.

Aujourd’hui mère d’une petite fille et fort heureuse de son mode de vie, elle prévoit rédiger un mémoire de maîtrise sur la relation significative entre un animal de compagnie et une personne itinérante. Elle souhaite aussi poursuivre des études doctorales pour continuer d’améliorer le bien-être des gens de la rue et de leurs animaux.

Pour communiquer avec Caroline Leblanc : nuitdesolidaritedanslarue@hotmail.fr