Alexandre Faille

Accession des femmes au sommet des hiérarchies organisationnelles

Repenser notre vision du pouvoir

Marie Bécotte au centre, en compagnie des professeures Jessica Lévesque et Lise Desmarais.
Marie Bécotte au centre, en compagnie des professeures Jessica Lévesque et Lise Desmarais.

Photo : fournie

Si l’on percevait le sujet de l’égalité entre les femmes et les hommes comme un dossier clos, les statistiques nous prouvent encore aujourd’hui tout le contraire.

Du moins, c’est ce que rapporte la thèse Impact de la relation au pouvoir des femmes sur leur accession au sommet des hiérarchies organisationnelles, défendue en septembre par Marie Bécotte, étudiante à la Faculté d’administration, sous la direction de Lise Desmarais et Jessica Lévesque pour l’obtention du grade DBA.

«Selon une étude menée par la firme Catalyst, seulement 6,2 % des compagnies du top 500 des entreprises canadiennes ont une femme à titre de PDG», affirme la doctorante. De ce nombre, des compagnies comme L’Oréal Canada ou Reitmans Canada, qui offrent des produits exclusivement féminins, ne comptent aucune femme au sein de leur conseil d’administration. C’est sans compter que «le Conference Board of Canada a constaté que les entreprises les plus avancées dans la féminisation de leur conseil d’administration sont plus rentables que les autres», ajoute-t-elle.

Pour Marie Bécotte, la question de la relation qu’entretient la femme avec le pouvoir explique en partie ce faible pourcentage. En effet, elle avance dans sa thèse que nous évoluons dans une société où le pouvoir est associé à la masculinité en raison de la mainmise historique de cette classe démographique sur les postes de hauts dirigeants. Le stéréotype du leader serait donc devenu celui du genre masculin. Ainsi, la femme se retrouve confrontée à une double contrainte générée par les attentes de la société. En adoptant un comportement plus masculin, elle sera socialement critiquée, et si elle conserve son leadership féminin, son ascension au pouvoir sera compromise.

Une culture à changer

Marie Bécotte pose donc la question : «Et si ce n’était pas les femmes qui devaient changer, mais plutôt la conception même du pouvoir au sein de notre société qui serait à redéfinir?»

Ses recherches doctorales démontrent que les femmes seraient moins tentées d’accéder à des postes de cadres élevés que les hommes. Pourtant, les deux sexes éprouveraient le même niveau de désir pour le pouvoir, ce qui pourrait indiquer un sens du réalisme plus prononcé chez les femmes.

Parallèlement, Marie Bécotte identifie deux types de leadership : le leadership dit transactionnel serait associé davantage au genre masculin tandis que celui appelé transformationnel serait associé au genre féminin. Or, comme les positions de pouvoir ont historiquement toujours été occupées par des hommes, les femmes éprouveraient de la difficulté à progresser à l’intérieur d’une culture d’entreprise façonnée à l’image de ceux qui la dirige depuis toujours et qui ne reflète pas leurs façons de diriger.

Pour Marie Bécotte, tout passe par la compréhension des différences de perceptions qui caractérisent les genres masculin et féminin et la motivation des dirigeants actuels à promouvoir les femmes aux postes supérieurs.

Elle souhaite qu’avec ses recherches, les cadres se conscientiseront quant à cet enjeu et à ses conséquences, qu’ils réorganiseront la culture d’entreprise et qu’ils intégreront davantage de femmes au sein des postes supérieurs. Toutefois, comme le rappelle Marie Bécotte, pour que les choses changent vraiment : «L’initiative doit venir d’en haut.»