Intelligence d’affaires

Chercher un emploi… sans les médias sociaux?

Récemment embauchée grâce aux médias sociaux, Zahra Badaroudine a réalisé son mémoire sous la direction du professeur Claude Caron.
Récemment embauchée grâce aux médias sociaux, Zahra Badaroudine a réalisé son mémoire sous la direction du professeur Claude Caron.

Photo : Michel Caron

Fraîchement diplômée, Zahra Badaroudine recherche un emploi et l’affiche sans détour sur son compte LinkedIn. Naturel, en cette ère technologique? Pas tout à fait : les chercheurs d’emploi croient – à tort – que leur présence dans les médias sociaux a peu d’impact sur leurs démarches.

Si les médias sociaux sont désormais incontournables, leur usage en recherche d’emploi est encore hésitant et peu documenté. Zahra Badaroudine s’intéresse tant au phénomène qu’elle en a fait le sujet de son mémoire. Diplômée de la maîtrise en administration, concentration intelligence d’affaires, la jeune femme s’est penchée sur le sort d’une cinquantaine d’étudiants de la Faculté d’administration ayant diplômé entre 2006 et 2010.

«Même si les étudiants passent régulièrement du temps dans les médias sociaux, ils n’ont pas l’impression que leur présence a une influence sur leur recherche d’emploi, dit-elle. Pourtant, les employeurs utilisent massivement cette information lors du processus d’embauche.»

Un fossé entre la perception des chercheurs et celle des recruteurs

Selon une analyse réalisée en 2010 par le géant Microsoft, près de la moitié des employeurs s’enquièrent de la réputation «en ligne» des candidats qu’ils évaluent pour un poste à combler. Qui plus est, 70 % des recruteurs affirment avoir rejeté des candidats sur la base d’informations trouvées à l’aide des médias sociaux. En revanche, seulement 7 % des chercheurs d’emploi disent que les informations diffusées à leur sujet dans les médias sociaux affectent leur quête d’un travail.

«Mes résultats vont dans le même sens : 8 % des participants estiment que leur présence sur les médias sociaux a nui lors de leurs recherches», indique Zahra Badaroudine, dont les travaux ont été dirigés par le professeur Claude Caron. Bien que la chercheuse n’ait pas la prétention de pouvoir généraliser ses conclusions, elle est étonnée des résultats.

«Je ne m’attendais pas à un tel constat, surtout que les participants sont de jeunes gens très versés dans les technologies de l’information. L’utilité des médias sociaux est sous-estimée», dit-elle. Aux États-Unis, 75 % des grandes compagnies ont des politiques visant à faire en sorte que leurs services d’embauche vérifient systématiquement la réputation en ligne de tous les candidats à un poste. Et plus l’emploi recherché est haut dans la hiérarchie, plus le recours aux médias sociaux est important.

Quelques tendances

Les travaux de Zahra Badaroudine révèlent aussi certaines observations intéressantes. Ceux qui interagissent fréquemment dans les médias sociaux et ceux qui ont un plus grand nombre de personnes contacts ont une perception davantage positive de l’aide que leur présence sur ces sites peut apporter. De plus, concentrer ses contacts dans la région géographique visée par l’emploi recherché semble augmenter l’impact positif de l’usage des médias sociaux. «C’est utile, insiste Zahra Badaroudine. La preuve : on m’a annoncé ce matin que j'ai obtenu un emploi, à la suite d’une prise de contact sur LinkedIn!»