Des analyses pour une meilleure gestion du territoire de nos régions

Cerfs de Virginie, champignons forestiers et véhicules hors route sous la loupe d’étudiants en géomatique

Chaque année, des finissantes et finissants en géomatique appliquée à l’environnement terminent leur formation en abordant des problématiques spécifiques.

Chaque année, des finissantes et finissants en géomatique appliquée à l’environnement terminent leur formation en abordant des problématiques spécifiques.


Photo : Archives

Comment évoluent les habitats fauniques sur les territoires d’une papetière qui applique des principes de gestion forestière durable? De quelle façon optimiser la cueillette du champignon en forêt? Comment aider des collectivités à mieux aménager les sentiers de véhicules hors route?

Au cours des dernières semaines, les finissantes et finissants au baccalauréat en géomatique appliquée à l’environnement de l’Université de Sherbrooke, guidés par le professeur Richard Fournier, se sont penchés sur ces problématiques en lien avec la gestion des territoires. À la suite d’une présentation des résultats le 7 août, voici un résumé des projets pratiques que ces étudiantes et étudiants ont menés en collaboration avec des organismes de l’Estrie et du Lac-Saint-Jean.

Sur la trace des cerfs de Virginie des territoires de Domtar

L’entreprise Domtar cherche à évaluer l’impact de ses aménagements sur les espèces présentes sur son territoire afin de renouveler sa certification environnementale du Forest Stewardship Council, mais aussi par souci de préserver les habitats fauniques dans ses forêts. Elle a donné pour mandat aux étudiants en géomatique Vincent Côté, Maude Perrault-Hébert et Pierre Tardif de développer un outil de suivi de l’évolution des habitats fauniques de six espèces, dont le cerf de Virginie, présentes sur son territoire.

C’est entre autres à partir d’inventaires forestiers et de la Base de données topographiques du Québec que les étudiantes et étudiants ont pu travailler au développement d’un outil clé en main qui permet de comparer la qualité des habitats fauniques dans le temps sur les terres de Domtar, par rapport notamment à la nourriture et aux abris disponibles.

L’étude démontre que, dans l’ensemble, les territoires de Domtar ont connu une amélioration de la qualité des habitats pouvant abriter les cerfs de Virginie et autres espèces étudiées, de 1985 à 2007. «Nous n’avons pas toutes les données nous permettant d’expliquer ce gain, mais nous pouvons émettre l’hypothèse que l’évolution naturelle de certains segments des forêts favorise de meilleurs abris pour la faune», explique Vincent Côté.

Les étudiants notent également que les coupes forestières peuvent être bénéfiques pour la faune à certains égards. «Les cerfs de Virginie aiment se nourrir de bourgeons, et les coupes forestières ont pour conséquence l’éclosion d’une jeune forêt», fait remarquer Maude Perrault-Hébert.

Des champignons forestiers à la carte

Peu d’outils permettent de déterminer les endroits où les champignons forestiers sont le plus susceptibles de pousser. Pourtant, la recherche de champignons forestiers comestibles est une activité qui compte de plus en plus d’adeptes au Québec. L’Agence de gestion intégrée des ressources du Lac-Saint-Jean souhaite documenter cette pratique. Pour ce faire, elle a sollicité l’aide de Kevin Côté, Olivier Dupras-Tessier et François-Xavier Lafortune, du groupe d’apprentissage par projet en géomatique appliquée à l’environnement, pour développer un outil répertoriant les habitats propices à la pousse de champignons forestiers.

La base de données créée par les étudiants prend en considération plusieurs variables telles que les types de sol et la végétation avoisinante aux sites pour déterminer le potentiel qu’un type de champignon pousse dans un territoire donné. L’outil, qui pourra être consulté sur une interface web, répertorie les différentes espèces de champignons forestiers du Québec en plus de donner un indice, variant de faible à élevé, sur les chances de découvrir des champignons dans un endroit précis.

«De manière à bonifier l’outil et à enrichir l’information qui s’y trouve, nous recommandons à l’organisme d’encourager les utilisateurs à partager leurs observations sur le terrain», dit Olivier Dupras-Tessier.

Mieux gérer les sentiers de véhicules hors route en Estrie

En 2006, un travail de concertation a été mis sur pied par le ministère des Transports dans le but d’améliorer la gestion des sentiers de véhicules hors route au Québec. La Conférence régionale des élus de l’Estrie a été mandatée pour traiter la problématique dans la région estrienne. Elle est en constante recherche de solutions en lien avec l’aménagement de sentiers de véhicules hors route qualifiés, prenant en compte les préoccupations des utilisateurs, des gestionnaires et des citoyens.

Les finissants en géomatique Maxime Audet-Roberge, Jean-David Rivard et Nataniel Therrien ont mené une étude en ce sens. Ils ont pris en compte différentes données, relatives entre autres à la pente du territoire, aux types de sols et aux bâtiments présents sur le territoire, pour repérer les endroits propices à l’aménagement de sentiers de véhicules hors route. Ils ont ensuite mesuré l’impact sonore de tels aménagements dans les quartiers avoisinants. Les résultats générés peuvent être consultés à partir d’une interface web.

«Les deux étapes d’analyse, soit le repérage des endroits propices à l’aménagement des sentiers et l’évaluation de l’impact sonore, aideront les parties prenantes à prendre des décisions éclairées afin de déterminer les endroits optimaux pour l’aménagement de sentiers en Estrie», explique Jean-David Rivard.

Les études réalisées par les étudiants comportent bien sûr plusieurs limites. Elles sont uniquement basées sur des données secondaires, qui peuvent parfois être désuètes ou incomplètes, et aucune vérification n’a été faite sur le terrain dans le cas des trois projets. Reste que les organismes mandataires ont maintenant en main des outils pertinents qui peuvent leur permettre de pousser plus loin leurs analyses. Les travaux auront permis de porter un regard aiguillé sur des problématiques qui touchent la gestion des territoires de nos régions.