Une nouvelle formation à la Faculté de théologie et d’études religieuses

L’accompagnement en justice réparatrice

Pierre C. Noël, doyen de la Faculté de théologie et d'études religieuses
Pierre C. Noël, doyen de la Faculté de théologie et d'études religieuses

Photo : François Lafrance

Nous sommes tous concernés par le crime, que nous l’ayons subi, observé ou commis, directement ou indirectement, et que nous soyons professionnels ou simples citoyens. La manière dont notre société rend justice parle de nous, de notre vision du vivre ensemble. La justice et la liberté sont deux notions abstraites à la base de la vie en société. Une troisième notion s’ajoute lorsque l’on propose une action pour réparer la faute. L’objectif? Que chacun retrouve une zone de confiance et de sécurité intérieure pour continuer à s’épanouir.

La Faculté de théologie et d’études religieuses (FATER) de l’Université de Sherbrooke et le Centre de services de justice réparatrice se sont associés pour offrir une formation innovante en justice alternative. Le cours Accompagnement en justice réparatrice a lieu cette semaine au Campus de Longueuil. Il est donné sous la forme intensive d’une université d’été de 2e cycle et offre une formation interdisciplinaire aux personnes intervenant auprès de victimes, de détenus ou d’ex-détenus.

«On a vu naître au cours des dernières décennies des pratiques de justice alternative qui viennent pallier certains déficits de la justice pénale telle qu’elle apparaît dans les sociétés occidentales. La justice réparatrice fait partie de ces pratiques», explique le doyen de la FATER, Pierre C. Noël.

Cette approche favorise une vision plus globale de la justice où la réparation de la faute, tant pour la victime que pour l’agresseur, ne se limite pas à la simple infliction d’une peine. «Pour qu’il y ait réparation, il faut également mettre fin aux effets destructeurs de la violence dans la vie des victimes et dans la vie des agresseurs. Dans cette perspective, les initiatives de justice réparatrice prennent habituellement la forme de rencontres dirigées entre des victimes et des agresseurs. Elles donnent lieu à des échanges authentiques qui, dans bien des cas, changent fondamentalement les participants», poursuit monsieur Noël.

Les participantes et participants à la formation explorent les pratiques tant du point de vue des victimes et de celui des agresseurs que de celui de la société. Ils se familiarisent avec les étapes, les défis et les retombées potentielles d’une démarche de «rencontres détenus-victimes». Toute la formation est conçue dans la perspective d’un savoir appliqué à la réalité professionnelle sur le terrain.

Ils bénéficient du savoir-faire d'une équipe de neuf spécialistes choisis pour leurs compétences et leurs expériences pratiques, notamment une psychologue en service correctionnel, un intervenant au Rwanda, une juriste, une professeure en criminologie, une accompagnatrice psycho-spirituelle et le fondateur du Centre de services en justice réparatrice. De plus, deux personnes ayant vécu les rencontres détenus-victimes interviennent durant la formation en partageant leur expérience sur le plan personnel.

Un partenariat plein de sens

La justice réparatrice s’adresse à cette part intérieure de la personne qui a besoin de comprendre «pourquoi». Les rencontres détenus-victimes procurent l’environnement optimal pour que les deux parties puissent se dire les choses et les comprendre du point de vue de l’autre.

«Le détenu voit tout le mal dont il est responsable, la victime voit l’humain derrière l’agresseur. Parfois, cela guérit des choses, explique le professeur Noël. Justement, l’intérêt de la Faculté de théologie et d’études religieuses réside dans les processus de réparation et de réconciliation, des dimensions qui sont au coeur de nos champs d’études, d’où l’affinité avec le processus de justice réparatrice.»

Le Centre de services de justice réparatrice travaille depuis plus de 12 ans avec les aumôniers carcéraux. Ces partenaires privilégiés préparent les détenus à la rencontre et les accompagnent au cours du processus. «Un de ces aumôniers, Danielle Chabot, qui travaille avec les détenues à Joliette, a suivi des cours à la FATER. C'est elle qui a mis le Centre de services de justice réparatrice et la Faculté en lien puisqu’elle connaissait leur désir commun de mieux faire connaître la justice réparatrice, notamment auprès d'intervenants oeuvrant auprès de personnes victimes ou détenues», raconte Estelle Drouvin, coordonnatrice au Centre de services de justice réparatrice..

Une approche qui prend en compte la dimension spirituelle

Les rencontres détenus-victimes sont des espaces de prise de parole et d'écoute des personnes dans tout leur être. Celles-ci sont accueillies au niveau corporel par des exercices de relaxation et de prise de conscience corporelle; au niveau psychique par des témoignages de ce qu'elles vivent comme émotions, sentiments et incompréhensions; au niveau spirituel par leur désir profond de se libérer intérieurement, de redonner un sens à leur histoire, d'être responsables de leur vie, de renouer avec le lien social.

«Les effets que nous percevons dans la vie des participants se situent à ces trois niveaux, témoigne Estelle Drouvin. Les prises de conscience vécues conduisent généralement à une plus grande vérité et liberté intérieures. Les personnes disent retrouver une certaine paix et un goût de la vie.»