Recherche sur le cancer colorectal

Le rôle de l’œstrogène mieux compris

La Dre Julie Carrier, M.D., gastroentérologue, chercheuse au Centre de recherche clinique Étienne-Le Bel du CHUS et professeure à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’UdeS.

La Dre Julie Carrier, M.D., gastroentérologue, chercheuse au Centre de recherche clinique Étienne-Le Bel du CHUS et professeure à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’UdeS.


Photo : Robert Dumont

Le cancer colorectal touche surtout les gens de plus de 50 ans, un peu plus d’hommes que de femmes. C’est un cancer qui se développe sur plusieurs années – parfois même sur 20 ans – et qui reste silencieux très longtemps. En 2012 au Québec, on estime qu’il y a eu quelque 6200 nouveaux cas diagnostiqués et environ 2400 décès. Les facteurs de risque peuvent varier : polypes colorectaux, antécédents familiaux, mauvaises habitudes alimentaires (trop de viande rouge, pas assez de fruits et légumes), manque d’exercice physique et obésité. L’importance de la recherche sur le cancer colorectal est donc implicite.

La Dre Julie Carrier est l’une des rares gastroentérologues-chercheuses au Québec. Elle est à la fois chercheuse au Centre de recherche clinique Étienne-Le Bel du CHUS et professeure à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’UdeS. Ses travaux sur l’implication des hormones sexuelles dans le cancer colorectal amènent de l’eau au moulin.

«C’est connu que l’œstrogène protège naturellement les femmes contre le développement du cancer colorectal, explique la chercheuse. Après la ménopause, le corps ne fabrique plus d’œstrogène, mais le médecin peut en prescrire pour offrir la même protection. Nos travaux nous ont permis de comprendre comment agit l’œstrogène dans ce contexte», précise-t-elle.

«L’œstrogène agit via la liaison à des récepteurs qui modifient le degré d’expression des gènes d’une cellule, poursuit Julie Carrier. Nous savons maintenant que certains types de récepteurs à l’œstrogène restreignent l’expression de certains gènes menant au cancer.»

L’équipe de recherche a aussi identifié les récepteurs en question. Autrement dit, ces derniers «empêchent» les cellules de devenir cancéreuses. À plus long terme, cette compréhension du rôle de l’œstrogène pourrait permettre d’offrir aux femmes ménopausées un médicament pour le cancer colorectal (mais aussi pour le cancer du sein et les maladies cardiovasculaires), sans toutefois se buter aux inconvénients des œstrogènes synthétiques actuels.

Il est possible de prévenir le cancer colorectal en adoptant de saines habitudes de vie. Le dépistage quant à lui permet de déceler les gros polypes et de les enlever par coloscopie, évitant ainsi qu’ils se transforment en cancer. Si le cancer est déjà présent, on peut le guérir dans plus de 80 % des cas à condition de le découvrir à un stade précoce.

«Par ailleurs, des chercheurs en cancer colorectal, en imagerie médicale et en génomique ont formé un groupe pour créer un outil TEP scan qui permettrait de déceler très tôt les récidives de cancer du côlon ou du rectum. Car plus on peut détecter les métastases rapidement, plus grandes sont les chances de sauver le patient», conclut la Dre Carrier.