Voir au-delà des idées reçues

S’adapter aux enjeux actuels du religieux contemporain

Les visages de la Faculté en 2013 : cinq étudiants au doctorat en études du religieux contemporain.

Les visages de la Faculté en 2013 : cinq étudiants au doctorat en études du religieux contemporain.


Photo : Martin Blache

Les mots «théologie» et «études religieuses» ont besoin d’un bon coup de plumeau pour faire lever la poussière et faire découvrir – redécouvrir – le sens de ces disciplines dans une province qui a fait table rase de ses traditions religieuses et qui, à cause de son histoire, a un biais défavorable envers les institutions religieuses. C’est ce que certains pensent.

Pourtant, la réalité derrière les portes des foyers québécois est bien surprenante. Selon le recensement de 2001, près de 6 millions de Québécois s’identifient à la religion catholique, environ 400 000 se disent sans appartenance religieuse et près de 350 000 sont de confession protestante. La majorité de la population considère donc qu’elle appartient à la religion catholique. Le catholicisme demeure-t-il un vecteur identitaire pour la plupart des Québécois? Des recherches récentes menées à travers le Canada tendent vers une thèse de polarisation de la population. Des observations démontrent qu’un écart de plus en plus grand existe entre croyants et athées. C’est-à-dire que les individus sont de plus en plus croyants ou de plus en plus incroyants.

Tandis que la religion semble une question privée au Québec, il n’y a qu’à écouter les actualités ou à lire les journaux pour constater combien elle agite le monde extérieur. Les préoccupations entourant la mondialisation et les transformations de nos sociétés modernes couvrent plusieurs aspects, qu’ils soient économiques, culturels, sociaux, politiques ou législatifs. Aspects où la question religieuse est omniprésente et ne peut être écartée d’une analyse sérieuse.

La Faculté de théologie et d’études religieuses de l’Université de Sherbrooke (FATER) s’adapte constamment à la complexité des phénomènes religieux à travers le monde. Elle forme des intellectuels de haut niveau pour mieux les comprendre.

Pour Claude Boucher, premier diplômé à la maîtrise de type recherche de la FATER et ambassadeur facultaire 2012, la théologie et les études religieuses sont essentielles : elles répondent à un besoin fondamental de l'être humain qui tente, plus que jamais, de comprendre l'univers dans lequel il évolue. «C'est le lieu où l'on essaie le plus objectivement possible de répondre aux questions que tous se posent un jour, dit-il. Mes études m'ont aidé à me comprendre et à me situer dans la société et dans l'univers. En somme, mon baccalauréat en théologie et ma maîtrise en sciences religieuses m'ont permis de consolider et d'intégrer encore plus mes valeurs.»

Le 50e anniversaire de la FATER

La Faculté de théologie et d’études religieuses a profité de cet anniversaire pour réunir tous les diplômés et diplômées ainsi que tous les artisans et artisanes qui ont contribué à former une communauté de réflexion sur les questions de sens dans notre société.

«Depuis les 50 dernières années, les différentes équipes de direction ainsi que les professeurs ayant œuvré à la Faculté ont constamment cherché à répondre aux besoins professionnels de la société en matière de religion et de spiritualité, a lancé d’entrée de jeu le doyen Pierre C. Noël. Tous ces gens contribuent à changer le visage du Québec en étant enseignant, prêtre, animateur, intervenant dans la communauté, politicien ou animatrice de pastorale, ou encore par les recherches à la maîtrise ou au doctorat.»

Concevoir et offrir des formations pertinentes sur le religieux est un défi que la FATER a relevé tout au long de son existence. «C’est une faculté d’actualité, elle garde sa pertinence et a su s’adapter», affirme Fernand Rivard, diplômé en 1978 et animateur à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire au secondaire. «Regardez les éléments de cours offerts sur le religieux contemporain, c’est exactement ce qui se produit dans le monde aujourd’hui. C’est à l’avant-garde en comparaison des autres programmes du même type au Québec. Cette faculté garde une liberté, une ouverture face à la nouveauté, elle conserve cette capacité de réfléchir par elle-même. Elle a toujours été comme ça!»

«J’ai eu le privilège d’étudier dans un climat de rigueur, d’ouverture d’esprit et de liberté intellectuelle qui m’ont toujours inspirée, dit la professeure retraitée Marie Gratton, également diplômée et ambassadrice de la Faculté. J’ai parfois fait des vagues, remis en cause certaines décisions, plus soucieuse de mes convictions profondes que des impératifs des politiques ecclésiales, confie-t-elle. La Faculté n’a jamais cessé d’oser. J’étais entrée dans une faculté où l'on nous apprenait ce que les grands théologiens actuels et du passé avaient pensé, écrit et enseigné, mais où on nous incitait aussi à penser par nous-mêmes.»

Un regard neuf

Le virage facultaire vers les études du religieux contemporain est assez récent. Il y a six ans, un nouveau doctorat ainsi qu’une nouvelle maîtrise remplaçaient les programmes de théologie traditionnels. En 2012, la Chaire sur le religieux en modernité avancée voyait le jour. Elle a pour mission de jeter un regard neuf sur les rapports qu’entretiennent les États modernes avec les confessions religieuses et de mieux comprendre les reconfigurations du religieux dans les sociétés sécularisées.

Les sujets abordés par les étudiantes et étudiants à la Faculté de théologie et d’études religieuses sont très diversifiés et s'inscrivent dans les grandes questions politiques d'aujourd'hui. Pour Stéphane Burgi, étudiant au doctorat, la religion influence les sciences politiques et vice versa. Son doctorat porte sur la pensée du pape Benoît XIV et le libéralisme.

La politique, le droit et la philosophie s'amalgament pour étudier la diversité religieuse. C’est ce que soutient Sylvana Al Baba Douaihy, également doctorante en études du religieux contemporain. Son thème de recherche porte sur la proposition d'un modèle de gestion d'un État où les religions sont plurielles et où l'enjeu du vivre ensemble est quotidien.

Pour Aleksandar Prascevic, la religion ne doit pas servir de prétexte pour justifier des conflits armés. Le thème du doctorat qu'il effectue actuellement porte sur les liens entre l'histoire, la politique et les religions dans les relations entre musulmans et chrétiens.

«À sa manière, cette faculté a trompé le destin à plusieurs reprises. Les changements de nom qu’elle a connus au cours de son histoire sont là comme des marques, des traces de ces ruptures. Une constante cependant demeure : la centralité de l’expérience religieuse et spirituelle de l’homme et de la femme d’aujourd’hui», résume le doyen actuel de la Faculté de théologie et d’études religieuses.

Le 23 mars avait lieu les grandes retrouvailles de la Faculté de théologie et d’études religieuses à l’occasion du 50e anniversaire de fondation de celle-ci.