Allocution de la rectrice de l’Université de Sherbrooke,
Professeure Luce Samoisette,
à l’occasion de la remise d’un doctorat honorifique à M. Hubert Reeves

Sherbrooke

Le 19 octobre 2011

M. Reeves,
Chères étudiantes, chers étudiants,
Distingués invités,

Quel honneur pour toute la communauté universitaire de Sherbrooke d’accueillir aujourd’hui un homme dont le travail guide et inspire, depuis plusieurs décennies, des générations de scientifiques et des milliers de personnes au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde.

Bachelier en astrophysique de l’Université de Montréal, en 1953, détenteur d’une maîtrise de l’Université McGill, depuis 1955, puis d’un doctorat de l’Université Cornell, depuis 1960, le parcours scientifique et humain de la personne que nous intronisons aujourd’hui au sein du groupe sélect de nos docteurs honoris causa est fort impressionnant. Ce n’est pas tous les jours que nous honorons une personne qui a donné son nom à un astéroïde!

Son apport remarquable à nos connaissances sur l’univers et la conviction éclairée qu’il partage dans sa défense de l’environnement sont des faits d’armes qui rejaillissent sur tous les universitaires.

L’hommage que nous rendons aujourd’hui à Hubert Reeves a de multiples résonances parmi le personnel, les étudiantes et les étudiants de l’Université de Sherbrooke. Mais pour plusieurs, le nom d’Hubert Reeves évoque avant tout l’immense talent de vulgarisateur d’un homme dont les connaissances approfondies n’ont jamais ébranlé l’humilité.

Qui n’a pas déjà vu, lu ou entendu M. Reeves décrire la course des étoiles, ou le fonctionnement du système solaire et des galaxies, d’une façon aussi brillante qu’accessible? Qui n’a jamais entendu ce professeur de haute réputation mettre toute sa crédibilité et ses connaissances au service de la défense de l’environnement, notamment de la biodiversité?

Entre ses découvertes sur les réactions thermonucléaires dans les noyaux stellaires et la poésie des réflexions de son livre Malicorne, comment ne pas être impressionné par une personne qui conjugue avec tant d’élégance les connaissances humaines sur l’infiniment grand et l’infiniment petit?

Quand j’ai annoncé à mes collaborateurs que nous nous apprêtions à remettre un doctorat d’honneur à Hubert Reeves, tous ont réagi en exprimant une authentique admiration. Il faut dire que, par ses écrits et son travail de terrain, M. Reeves a nourri de nombreux imaginaires dans la population et parmi les universitaires. Ses nombreux livres, dont Poussières d’étoiles, ont touché de près certains membres de mon cabinet qui m’ont spontanément offert de venir prononcer cet éloge. Partout dans la francophonie, des milliers de personnes ont vu leur vie transformée par cette lecture édifiante qui a ouvert tant d’yeux et d’esprits.

Dès sa jeunesse, Hubert Reeves a été initié à la curiosité et à la méthode scientifique par un proche de sa famille. Âgé d’à peine six ans, il découvrait déjà la botanique et apprenait à identifier et à classer la flore des forêts québécoises.

Aujourd’hui, cet astrophysicien de renommée mondiale investit ses connaissances et sa compréhension de l’univers dans l’enrichissement de notre vision du monde. Mais surtout, ce chercheur de très haut calibre – qui a consacré sa vie à des questions qui dépassent l’entendement de la plupart d’entre nous – a su nous expliquer comment la biosphère terrestre est le résultat extrêmement fragile d’une évolution cosmique dont dépend notre existence même.

Pour moi, c’est dans cette association que se trouvent la grandeur et le génie de l’œuvre d’Hubert Reeves. La science nous apporte de plus en plus d’indices sur les liens aujourd’hui indéniables entre le cosmos et notre milieu de vie. Le talent et l’engagement de gens comme Hubert Reeves nous permettent de comprendre que la biosphère, cette infime bande de terre qui génère et nourrit la vie terrestre, est le résultat direct des processus qui transforment la matière dans l’univers.

Grâce à sa compréhension des concepts qui expliquent l’infiniment grand, nous savons mieux combien le creuset qui a donné naissance à la vie humaine est fragile. Grâce à son talent unique, mais aussi à son immense sensibilité pour la vie, sa beauté et sa poésie, nous sommes désormais mieux outillés pour prendre soin de notre monde.

Parmi toutes les causes environnementales que défend Hubert Reeves, celle de la biodiversité est certainement la plus préoccupante et la plus alarmante pour la race humaine. Jamais dans l’histoire de la biosphère n’avons-nous vu les espèces disparaître à un rythme aussi rapide. Jamais la présence humaine n’a-t-elle exercé une influence aussi négative sur la capacité de notre planète de soutenir la vie. Et jamais, depuis notre apparition sur Terre, n’avons-nous agi avec une telle désinvolture.

Dans toutes les régions du monde, la vie terrestre recule. Malgré cet effroyable constat, qui nous inclut et nous menace, plusieurs font fi des enseignements de la science et continuent de dévaster le berceau de notre civilisation pour assouvir leur cupidité. Les conséquences de cette incurie sont visibles sur tous les aspects de notre vie et commencent à générer de grandes tragédies à l’échelle planétaire.

Pour combattre cette réalité, qui n’est plus de l’ordre de l’hypothèse, nous pouvons compter sur un outil de taille : la connaissance. Les grands vulgarisateurs scientifiques comme Hubert Reeves nous permettent d’intégrer la connaissance à notre quotidien et de passer à l’action pour faire de notre monde un endroit meilleur.

Je terminerai cet éloge en évoquant une idée fondamentale que j’ai glanée un jour au fil d’une entrevue avec M. Reeves entendue à la radio. À l’animatrice qui évoquait la nécessité de « sauver la planète » et de « penser à la Terre », M. Reeves a répondu que cette dernière n’avait pas réellement besoin que nous pensions à elle, car sa survie n’est d’aucune façon menacée par l’activité humaine.

Ce qui est menacé, c’est la capacité de la biosphère terrestre de soutenir notre vie.

À l’instar de ceux et celles qui préconisent de « penser globalement, agir localement », je me réjouis de savoir que notre université compte désormais parmi ses docteurs honoris causa une personne qui nous enseigne comment « penser universellement, et agir humainement ».

M. Reeves, au nom de toute la communauté universitaire de Sherbrooke, merci de contribuer avec tant d’aplomb à l’avancement de la cause environnementale. Notre université unit ses forces vives à votre voix pour promouvoir l’avènement d’un monde plus respectueux de la vie sous toutes ses formes.