Allocution du professeur Pierre Cossette,
recteur de l'Université de Sherbrooke,
à l'occasion de la remise d'un doctorat honorifique à Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II de Monaco

Salle des grandes portées, Campus de Longueuil

Le 6 mars 2019

Monsieur le docteur d'honneur, Votre Altesse,
Monsieur le Maire de Saint-Lambert, 
Monsieur le conseiller municipal de Longueuil, 
Madame le Consul Général honoraire de Monaco à Montréal, 
Monsieur le président du conseil d'administration de l'Université de Sherbrooke,
Monsieur le président du conseil d'administration de La Fondation de l'Université,
Collègues du comité de direction,
Collègues doyennes et doyens,
Distingués invités,

Par la remise de ce doctorat honorifique institutionnel, l'Université de Sherbrooke veut rendre hommage à un homme de cœur et un visionnaire qui se consacre sincèrement et activement, de manière souvent discrète, à la préservation de l'environnement et au développement durable. 

D'autres points communs unissent notre université à la vision déployée le Prince Albert II de Monaco, comme l'appui au sport amateur ou le soutien efficace à l'entrepreneuriat, notamment avec MonacoTech, mais son engagement pour l'environnement et le développement durable rejoint à la fois les valeurs et l'histoire de notre université. 

Avant d'exposer toute l'envergure de son action pour la défense de la planète sur laquelle nous vivons, permettez-moi de vous présenter très brièvement l'homme et son parcours. 

Son Altesse le Prince Albert II est le 14e et actuel prince souverain de Monaco. 

Après des études au Lycée Albert Ier de Monaco, il réalise des stages de familiarisation au sein des services gouvernementaux nationaux. Son parcours académique l'amène ensuite à la prestigieuse université Amherst Collège au Massachusetts, où il étudie en sciences politiques, en plus d'explorer plusieurs autres disciplines dont l'économie, la psychologie, l'anthropologie et la géologie.

Il poursuit sa formation comme élève-officier à bord du porte-hélicoptères Jeanne d'Arc de la Marine nationale française. Il réalise ensuite des stages dans différents groupes internationaux aux États-Unis et en Europe, dans les domaines de la communication, de la gestion financière et du marketing. 

Le Prince Albert II mène également une carrière sportive de haut niveau. Ses accomplissements dans ce domaine lui ont valu une reconnaissance bien avant que son implication pour la cause du développement durable ne soit reconnue.  

Il pratique de nombreux sports et a participé à cinq éditions des Jeux olympiques, de 1988 à 2002, au sein de l'équipe nationale de bobsleigh. Depuis 1985, il est membre du Comité International Olympique et Président du Comité Olympique Monégasque. Sa feuille de route comporte également la présidence d'honneur de l'Union Internationale de Pentathlon Moderne et de l'International Athletics Foundation. De plus, le Prince Albert II est membre honoraire de l'International Paralympic Committee. L'organisation Peace and Sport, ainsi que l'Association Mondiale des Olympiens sont toutes deux placées sous son patronage. Enfin, il préside la Commission Sport et Environnement du CIO depuis 2014. 

À titre de chef d'État, le Prince préside la délégation monégasque à l'Assemblée générale des Nations Unies. Il est aussi président de la Commission Internationale pour l'Exploration Scientifique de la Méditerranée (CIESM) qui regroupe 23 États, dont 20 pays riverains de la Méditerranée. Cette organisation a pour objectifs de promouvoir la recherche internationale multilatérale et de faciliter l'échange des informations, notamment entre les rives Nord et Sud de la mer Méditerranée. 

De façon intéressante, l'histoire de la CIESM révèle peut-être que l'engagement du Prince Albert II envers l'environnement et le développement durable fait partie de son ADN! Je vous explique.

Son trisaïeul, le Prince Albert 1er avait participé à la création de la CIESM en 1919. Et, il y a plus d'un siècle maintenant, ce même Prince Albert 1er avait tenté de se rendre au pôle Nord au cours d'une expédition scientifique. En 2006, le prince Albert II reprend ce projet et réussit à joindre le pôle Nord en traîneau afin de sensibiliser l'opinion mondiale aux conséquences du réchauffement climatique causé par l'activité humaine. Il devient du même coup le seul chef d'État à réussir cet exploit. Mais ce n'est qu'un début!

En 2009, il visite des stations scientifiques en Antarctique et se rend même jusqu'au pôle Sud pour un doublé polaire totalement unique pour un chef d'État. Le film « Antarctique 2009, terre en alerte » relate cette expédition.

La création de la Fondation Prince Albert II de Monaco pour la protection de l'environnement et le développement durable témoigne de cet engagement ferme pour l'avenir de notre planète. Cette fondation a pour objectif d'encourager une gestion durable et équitable des ressources naturelles. Elle souhaite sensibiliser l'opinion mondiale aux menaces environnementales qui confrontent toutes les sociétés. Le Prince Albert II y consacre personnellement beaucoup de temps et d'énergie malgré les nombreuses tâches inhérentes à son rôle de chef d'État. Il assume ainsi un rôle politique et diplomatique par un travail de fond, souvent loin des projecteurs, mais d'autant plus efficace.

Il a notamment joué un rôle important, mais peu connu, dans l'adoption par l'Organisation de l'aviation civile internationale d'un engagement à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur du transport aérien. Tout récemment, le Prince Albert II a également pris part aux discussions sur la santé des océans, la préservation marine et la pollution plastique dans le cadre du Forum Économique Mondial de Davos.

La Fondation Prince Albert II de Monaco priorise trois grands secteurs :  le changement climatique, la biodiversité et l'eau. Elle soutient des initiatives publiques et privées en recherche, en innovation et en transfert de connaissances par des pratiques renouvelées en matière de développement durable. 

Elle compte neuf branches dans autant de pays, dont une au Canada qui se consacre à des projets dans les régions arctiques et subarctiques canadiennes. Il s'agit d'un groupe de bénévoles et d'experts qui travaillent avec conviction et détermination à lever des fonds pour soutenir des interventions et des projets sur le terrain. 

Trois grandes missions orientent le travail de la Fondation : 

  • Établir des partenariats afin de mener à bien des projets et entreprendre des actions concrètes dans ses champs d'actions prioritaires;
  • Sensibiliser à la fois les populations et les pouvoirs publics à l'impact des activités humaines sur les milieux naturels et favoriser des comportements plus respectueux de l'environnement;
  • Promouvoir et encourager des initiatives remarquables et des solutions innovantes notamment par l'attribution de prix et de bourses.

Elle concentre son action dans trois zones d'action prioritaires :

  • Le bassin Méditerranéen;
  • Les régions polaires, où l'évolution des changements climatiques est la plus manifeste;
  • Les pays les moins avancés, qui subiront sévèrement l'effet des changements climatiques, de la perte de la biodiversité et des menaces sur les ressources en eau.

La Fondation veut contribuer à limiter les effets des changements climatiques, notamment en faisant la promotion des énergies renouvelables. Elle souhaite également participer à la préservation de la biodiversité et à la gestion mondiale des ressources en eau, tout en luttant contre la désertification. C'est un vaste programme qui est tout à l'honneur du Prince Albert II. 

Au fil des années, la Fondation qui porte son nom a soutenu plus de 400 projets et versé plus de 51 millions d'euros à une centaine d'organisations. Presque 100 % des sommes amassées sont versées pour la réalisation de projets. La liste des partenariats, des contributions, des conférences internationales et des événements qu'elle parraine est trop longue pour en faire l'énumération aujourd'hui. Signalons simplement, à titre d'exemple, que la Fondation est partenaire du Grand prix de formule E et qu'elle a contribué à son accréditation environnementale.

Les réalisations du Prince Albert II, et les valeurs qui les sous-tendent, nous rejoignent et nous inspirent.  

En effet, le développement durable et la préservation de l'environnement sont au cœur de la mission que s'est donnée l'Université de Sherbrooke. Imaginez, c'est en 1974 que nous avons lancé le programme de maîtrise en environnement, le premier du genre au Québec. L'UdeS a d'ailleurs publié l'an dernier un bilan en développement durable qui illustre quelque 45 ans de leadership en la matière. 

Permettez-moi de rappeler quelques éléments très éloquents de ce bilan. 

L'Université de Sherbrooke constitue une référence québécoise en matière de formation appliquée en environnement et en développement durable. On compte 36 programmes de formation spécialisée et plus de 300 activités pédagogiques. Nos étudiantes et nos étudiants ont déjà réalisé plus de 3 600 mandats et interventions dans le cadre de leur formation. 

Sur le plan de la recherche, nous recensons plus de 110 professeurs actifs dans le domaine ainsi que 26 regroupements reconnus. L'UdeS a des installations de recherche de premier plan, dont le plus grand parc solaire de toutes les universités canadiennes pour des travaux de recherche centrés sur la gestion de l'énergie, réalisés en partenariats avec les instances régionales et des entreprises manufacturières. 

L'Université de Sherbrooke applique également les principes du développement durable à l'ensemble de ses actions. C'est chez nous qu'a été institué le premier vice-rectorat en développement durable au Canada. Il est actuellement sous la responsabilité de notre vice-rectrice à l'administration et au développement durable, afin que les principes de DD soient complètement intégrés à nos décisions de gestion. 

Cette orientation a notamment permis le développement d'une expertise en matière de conception, construction et gestion immobilière ainsi que l'adoption de nombreuses politiques et réalisations audacieuses. 

Permettez-moi d'en rappeler quelques-unes : 

  • Adoption dès 2004 du premier programme universitaire de libre accès au transport en commun pour les étudiants, élargi cette année aux membres du personnel dans le cadre d'une ambitieuse stratégie de mobilité durable;
  • Adoption en 2009 d'une politique d'approvisionnement responsable;
  • Obtention de la désignation de campus équitable, une première pour une université canadienne;
  • Réduction de 72 % de la consommation d'eau depuis 2000;
  • Depuis l'adoption du protocole de Kyoto, et malgré une augmentation de son effectif étudiant de 63,7 %, l'UdeS a réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 29,2 %.

Le campus dans lequel nous nous trouvons a remporté un prix pour sa conception écoénergétique. Et c'est sans compter une panoplie d'initiatives étudiantes dans le domaine de l'environnement et de l'agriculture urbaine notamment. 

Mais l'UdeS veut aller encore plus loin. Nous avons lancé il y a quelques mois, un nouveau plan en développement durable en priorisant sept domaines d'intervention : 

  • Mobilité durable;
  • Aménagement des espaces verts;
  • Gestion des matières résiduelles;
  • Campus équitable et nourricier;
  • Approvisionnement responsable;
  • Investissement responsable;
  • Gestion de l'énergie et des gaz à effet de serre. 

L'Université de Sherbrooke fait des changements climatiques et de l'environnement un de ses thèmes fédérateurs de recherche. Par cette mobilisation interdisciplinaire de nos équipes, nous voulons « contribuer à la mise en place de solutions économiques et pérennes face à des problèmes écologiques et sociétaux ».  

Les objectifs de l'UdeS rejoignent donc la mission que le Prince Albert II s'est donnée en s'engageant personnellement et sans relâche pour préserver la planète.  Pour lui, il ne faut pas baisser les bras. Il importe, devant l'immensité de la tâche à accomplir, de mobiliser le plus de gens possible afin de créer un effet d'entrainement mondial. 

Par la remise d'un doctorat d'honneur au Prince Albert II, l'Université de Sherbrooke souhaite contribuer au mouvement qu'il anime. Nous savons tous que des solutions existent présentement, et nous sommes convaincus qu'il faut aller plus loin, que d'autres solutions peuvent être développées de façon résolue, visionnaire et pragmatique. 

Je l'ai dit, les valeurs et les actions de Son Altesse Albert II nous interpellent. Et comme il importe pour nous de souligner la contribution de personnes d'exception, pour que leur modèle inspire le plus grand nombre de gens, je suis extrêmement heureux que le conseil universitaire ait décidé, de manière unanime, que soit remis un doctorat d'honneur de l'Université de Sherbrooke à Son Altesse Sérénissime, le Prince Albert II de Monaco.

Je sais, Votre Altesse, que vous avez reçu de nombreux honneurs et de multiples marques de reconnaissance dont plusieurs doctorats d'honneur décernés par des universités prestigieuses. Que vous ayez accepté celui de l'Université de Sherbrooke nous honore. Votre présence ici illustre la concordance de nos visions et la nécessité de nous mobiliser collectivement. 

Merci, Votre Altesse, pour votre engagement et pour votre persévérance dans votre mission de toucher et d'entraîner le plus de gens, d'organisations et de gouvernements possible au-delà des frontières, des langues, des cultures et des religions.

Aussi, pour officialiser à jamais votre engagement admirable et généreux, je vous invite à vous lever, Votre Altesse, et je m'adresse à vous comme je le fais aux étudiantes et aux étudiants lors de nos cérémonies de collation des grades : 

En ma qualité de recteur, je vous investis officiellement des couleurs de l'Université de Sherbrooke! 

Votre Altesse, vous comptez désormais parmi les ambassadrices et les ambassadeurs de notre grande institution. Par vos idées, vos actions et vos réalisations, vous continuerez à faire progresser l'humanité et à faire rayonner encore davantage le vert et l'or!

Merci.  

Votre Altesse, à vous la parole.