Allocution de la professeure Luce Samoisette,
rectrice de l'Université de Sherbrooke,
à l'occasion du lancement du mouvement social Québec contre les violences sexuelles

Le 21 octobre 2016

Bonjour,

Le sujet qui nous rassemble aujourd’hui nous concerne toutes et tous. Comme le font valoir avec raison les instigatrices du mouvement social Québec contre les violences sexuelles, il s’agit d’un problème de société qui ne pourra se corriger que par une mobilisation de tous les acteurs et de tous les milieux.

En tant que rectrice, je peux vous assurer que sur nos campus, nous déployons d’immenses efforts d’éducation et de sensibilisation sur la question des violences à caractère sexuel. Et cela ne concerne pas seulement les activités d’intégration, aussi appelées initiations, qui ont fait les manchettes récemment. De plus, nous faisons tout ce travail en collaboration avec les associations étudiantes, ce qui est essentiel.

Par exemple, lors de la dernière rentrée, les communautés collégiales et universitaires de Sherbrooke se sont engagées avec les organismes communautaires et les forces de l’ordre dans un vaste mouvement de prévention. Ainsi, la mobilisation a rassemblé :
- Association étudiante du Cégep de Sherbrooke (AÉCS)
- Cégep de Sherbrooke
- Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) Agression Estrie
- Centre d’intervention en violence et agressions sexuelles de l’Estrie (CIVAS)
- Collège Champlain – SEXed
- Comité féministe de l’Association générale des étudiants en droit de l’Université de Sherbrooke (AGED)
- Comité Femmes de l’Association générale étudiante de la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Sherbrooke (AGEFLESH)
- Fédération étudiante de l'Université de Sherbrooke (FEUS)
- Regroupement étudiant des 2e et 3e cycles de l'Université de Sherbrooke (REMDUS)
- Service de police de la Ville de Sherbrooke
- Service de soutien aux hommes agressés sexuellement durant l’enfance (SHASE)
- Université Bishop's et bien sûr,
- Université de Sherbrooke


Pour cette rentrée, une vingtaine d’activités ont été organisées sur les campus et dans la communauté sherbrookoise :
- marche citoyenne
- formations par le CALACS prodiguée à quelque 500 étudiants
- formations sur comment recevoir le témoignage d’une victime
- exposition d’art portant sur les relations non consensuelles
- conférences
- projection de films
- promotion de la Semaine de prévention des agressions à caractère sexuel du CALACS ainsi que de ses efforts de sensibilisation
- diffusion des premiers résultats de l'Enquête sur la sexualité, la sécurité et les interactions en milieu universitaire (ESSIMU)
- de plus, ces initiatives sont finalistes pour le Prix Égalité Thérèse-Casgrain, décerné par le Secrétariat de la condition féminine

Plusieurs leaders étudiants nous confirment que ces efforts portent des fruits, car ils remarquent déjà des changements de comportements et une plus grande responsabilisation des organisateurs d’activités d’intégration ou de partys.

Je suis aussi certaine que les autres universités québécoises travaillent sérieusement sur la prévention des violences sexuelles. D’ailleurs, les chefs d’établissement ont récemment décidé de partager les expériences, les pratiques éprouvées et les outils mis en place sur leurs campus. Depuis plusieurs années, les universités ont adopté des politiques sur les droits fondamentaux des personnes et la prévention de toute forme de harcèlement et de discrimination. Par ces politiques, les universités s’engagent dans :
- La prévention
- La responsabilisation
- Le respect mutuel
- L’impartialité
- L’intervention
- Et le soutien

Nous avons aussi à Sherbrooke une conseillère en matière de prévention de harcèlement et de discrimination chargée de l’application de cette politique dans tous ses volets.

Toutes ces actions sont extraordinaires, mais ce n’est pas suffisant!
Pourquoi?
Parce que le problème est plus large.

Il ne concerne pas exclusivement le milieu universitaire. Et c’est pourquoi il me préoccupe également en tant que femme qui fait carrière dans une société évoluée, issue des combats menés par toutes celles qui nous ont précédées pour nous permettre de réaliser notre plein potentiel. Il faut une prise de conscience généralisée pour ne pas perdre nos acquis sociaux.

Finalement, je suis aussi préoccupée en tant que mère et en tant que grand-mère qui souhaite que ses enfants, et leurs enfants, puissent évoluer dans une société sécuritaire et respectueuse de toutes et de tous. D’ailleurs, mes enfants m’accompagnent aujourd’hui en signe d’appui à cette démarche et je les en remercie.

Il importe donc de se concerter et de travailler ensemble pour résoudre ce problème social. Nous pouvons le faire. Nous l’avons déjà fait avec succès dans le passé.

Le temps de l’action est arrivé! Les études ont déjà été réalisées, les méthodes ont été éprouvées, les meilleures pratiques sont connues. Il importe de rassembler les résultats des travaux de tous les intervenants de la société, de les diffuser et, surtout, de soutenir dans toutes les régions les groupes qui œuvrent à la prise de conscience collective et à l’intervention sur le terrain. Par la création d’un groupe de travail réunissant des experts et les associations étudiantes, il est possible d’établir rapidement un plan d’action national. Il faudra absolument y consacrer les ressources adéquates pour rejoindre tous les ordres d’enseignement et toutes les sphères de la société. Bien sûr, j’offre toute ma collaboration ainsi que celle de l’Université de Sherbrooke.

L’initiative du mouvement social Québec contre les violences sexuelles nous force, en tant que société, à affronter un problème sérieux et profond. Merci à ces jeunes de se mobiliser et de nous mobiliser.

Donnons-leur tout notre appui.