Allocution de la professeure Luce Samoisette,
rectrice de l'Université de Sherbrooke,
à l'occasion du lancement local de la campagne interuniversitaire provinciale "Sans oui, c'est non!"

Le 16 mars 2016

Chers représentantes et représentants étudiants;
Chers collègues,
Distingués invités,

D’abord, merci d’avoir répondu à cette invitation en si grand nombre. Votre présence, à toutes et à tous, témoigne de la très grande importance que la communauté de l’Université de Sherbrooke attache à la sensibilisation, à la prévention et au soutien face à la problématique des violences à caractère sexuel.

Au cours des dernières années, des scandales sexuels ont éclaté sur des campus américains. Des incidents préoccupants ont aussi été rapportés sur des campus canadiens. Une onde de choc a secoué l’Amérique du Nord avec le mouvement « Agression non dénoncée » qui a déferlé à travers les réseaux sociaux.

La problématique des violences à caractère sexuel ne fait pas exception au Québec. Elle nous interpelle toutes et tous. Malgré les efforts investis, il y a encore et toujours des victimes silencieuses. Il est extrêmement difficile pour les personnes touchées, hommes et femmes, d’oser en parler, de briser le silence. Seulement 10 % d’entre elles arrivent à dénoncer les violences sexuelles dont elles ont souffert. Huit victimes sur dix connaissent leur agresseur. Nous n’avons pas un portrait net de la situation, mais ce qui est clair, c’est que chaque cas d’agression est un cas de trop.

Je profite donc de l’occasion pour rappeler que l’Université de Sherbrooke compte parmi les six institutions qui participent à une étude inédite pour élucider les phénomènes liés au harcèlement et la violence à caractère sexuel en contexte universitaire. La professeure Geneviève Paquette, du Département de psychoéducation, est responsable de la collecte des données pour l’UdeS. Le projet a pour titre « Enquête sur la sexualité, la sécurité et les interactions en milieu universitaire ».

La collecte de données se poursuit jusqu’au 31 mars prochain, au moyen d’un sondage en ligne auprès des étudiantes et étudiants et des membres du personnel des établissements. Les résultats préliminaires de cette enquête devraient être dévoilés dans quelques mois. Nous examinerons évidemment les conclusions de cette étude avec une très grande attention. En ayant un meilleur éclairage sur les phénomènes de harcèlement et de violence à caractère sexuel au sein des communautés universitaires, nous pourrons certainement mieux orienter nos actions.

Même en l’absence de données concrètes à ce moment-ci, nous pouvons affirmer que le bilan est lourd. En effet, les situations de harcèlement, d’agression et les autres formes d’inconduite à caractère sexuel entraînent des conséquences dévastatrices, pour les personnes qui les ont subies, mais aussi pour leurs proches. Tout en mettant en péril leur santé psychologique et physique, elles peuvent avoir des impacts difficiles sur toutes les facettes de leur vie : personnelle, familiale, amoureuse, sexuelle et sociale, sans oublier les impacts sur la réussite scolaire et professionnelle.

Ensemble, les établissements universitaires et les associations étudiantes du Québec ont décidé de prendre les choses en main. Nous sommes passés de l’indignation à la mobilisation, de la parole aux actes. Ensemble, nous déployons la toute première campagne interuniversitaire provinciale pour lutter contre les violences à caractère sexuel. Ensemble, nous avons la capacité de sensibiliser davantage sur cette question plus de 185 000 étudiantes et étudiants et plus de 50 000 membres du personnel qui évoluent au sein de nos institutions d’enseignement.

Axée sur la question du consentement, cette campagne intitulée « Sans oui, c’est non! » met notamment de l’avant des repères pour favoriser des relations saines et respectueuses ainsi que des ressources pour aider les personnes victimes ou témoins en cas de situation de harcèlement, d’agression ou d’inconduite à connotation sexuelle.

Au sein de la communauté de l’Université de Sherbrooke, étudiantes et étudiants ont conjugué leurs efforts avec les membres de notre personnel pour mettre en place des outils et des activités de sensibilisation et de prévention. Je tiens à les remercier et à les féliciter pour leur engagement remarquable et leur dynamisme. Dans quelques instants, nos représentants de la FEUS et du REMDUS vous présenteront les actions déjà réalisées ainsi que celles à venir.

Je tiens d’ailleurs à souligner le travail impressionnant qui a été fait dans la dernière année pour contrer le phénomène des violences sexuelles. Notre comité organisateur du « Mois de la prévention contre les agressions sexuelles », tenu en novembre dernier, est d’ailleurs en nomination pour le Prix Égalité Thérèse-Casgrain 2016, dans la catégorie « Prévention de la violence ». Ce prix, qui sera décerné le 22 mars prochain à l’Assemblée nationale, récompense dans six catégories des projets réalisés par des organismes publics, parapublics, privés ou communautaires qui favorisent l’égalité entre les femmes et les hommes au Québec. J’invite toutes les personnes qui ont collaboré à ce succès à s’approcher, pour que nous puissions les féliciter et les applaudir chaleureusement. Je ne peux toutes les nommer, mais je tiens à mentionner le nom de Mélanie Lemay, une étudiante des plus dévouées qui a inspiré et porté une très grande part de ce projet. BRAVO!

Avant de céder la parole aux prochains intervenants, je tiens à vous réitérer quelques règles et principes de base qui doivent guider nos actions et nos interventions au quotidien.

Premièrement, lançons et répétons, haut et fort, le message on ne peut plus clair de notre campagne provinciale : « Sans oui, c’est non! Sans consentement, c’est une agression ». Les membres de notre communauté universitaire, actuels et ceux qui joindront nos rangs, doivent bien comprendre que les inconduites à caractère sexuel ne sont pas tolérées, ni dans notre société ni à l’Université de Sherbrooke. Une agression sexuelle est inacceptable, peu importe la forme, le geste, la situation, les liens entre les personnes et les circonstances. Tous les gestes ou formes d’agressions sexuelles sont criminels.

Aussi, ouvrons grand nos yeux et nos oreilles pour nous assurer que nos campus demeurent un environnement sain et sécuritaire, et que les droits fondamentaux des personnes y sont respectés. Si vous êtes témoin d’un comportement inadéquat, vous pouvez y mettre un frein pour prévenir les violences à caractère sexuel. Au besoin, faites appel aux autorités et ressources compétentes. Selon certaines études réalisées, la majorité des agressions sur des étudiantes impliqueraient de l’alcool ou des drogues. Faites preuve de vigilance et assurez-vous qu’une amie qui semble intoxiquée soit raccompagnée à la maison par une personne de confiance.

Surtout, assurons-nous que toute personne, victime ou témoin, qui a le courage de demander de l’aide et de dénoncer une situation difficile, reçoive tout le soutien dont elle a besoin.

En terminant, merci de promouvoir activement les valeurs de respect et d’égalité qui animent les hommes et les femmes de notre communauté universitaire. Au quotidien, ces valeurs fondamentales doivent être partagées au sein de notre milieu d’études, de travail et de vie. Ce partage fait certainement partie des solutions pour faire évoluer les mentalités et déraciner la culture des violences à caractère sexuel.

Merci de votre attention.