Allocution du professeur Bruno-Marie Béchard,
recteur de l'Université de Sherbrooke,
à l'ouverture du forum Avantages Diversité

Le 16 juin 2008

Madame la Ministre,
Monsieur le Président,
Distingués convives,
Mesdames et Messieurs,

Bravo à Actions interculturelles pour l'heureuse initiative d'organiser ce forum sur la diversité culturelle. Il s'agit d'un sujet porteur en continuité avec les nombreuses activités réalisées par AIDE depuis sa fondation par des étudiants de l'Université de Sherbrooke en 1990.

Je veux aussi saluer l'ouverture et l'audace des entreprises de l'Estrie et du Centre-du-Québec qui se sont inscrites aujourd'hui afin de parfaire leurs compétences en gestion de la diversité culturelle. Cet investissement pourrait assurément devenir pour vous, comme le propose la thématique du forum, un « avantage stratégique » crucial. En effet, toute notre collectivité, immigrants inclus, doit pouvoir contribuer pleinement à assurer la relève dans une très large gamme de métiers et de professions, ce qui constitue un défi de taille auquel notre société en déclin démographique sera de plus en plus confrontée au cours des prochaines années.

Cet après-midi, en réfléchissant sur ce qui se passe dans nos régions et dans l'économie québécoise et canadienne, on partira d'expériences concrètes et on examinera les solutions qui permettent de mieux bénéficier des avantages de la diversité. Des employeurs d'ici seront à l'honneur, leurs pratiques en gestion deviendront autant d'exemples à votre disposition, et les services disponibles, encore mieux connus pour attirer et retenir en région les cerveaux venus du Monde entier. C'est une occasion propice pour apprendre les uns des autres comment mieux intégrer les immigrants et leurs familles dans le contexte socio-économique régional qui devient ainsi plus compétent.

Le paysage économique de l'Estrie a certainement subi des coups durs au cours des dernières années, surtout dans le secteur manufacturier, mais en même temps Sherbrooke se voit attribuer année après année des nominations à la tête des meilleures villes canadiennes et même d'Amérique du Nord pour installer des entreprises de pointe. Ainsi, en 2007, Sherbrooke se classait au premier rang des villes d'affaires canadiennes au palmarès de Canadian Business, loin devant Montréal, Toronto ou Calgary.

Aussi, notre Université et notre région jouissent d'un formidable positionnement dans la nouvelle économie qui prévaudra dans la société du savoir. L'UdeS vient de doter la région d'un puissant dispositif, unique au Québec, pour pousser encore beaucoup plus loin notre capacité d'innovation, dans le sens du consensus survenu au Sommet de Sherbrooke l'an dernier. Il s'agit du Parc Innovation de l'Université de Sherbrooke qui, avec quelque 25 centres de recherche à terme, aura un effet déterminant sur le rehaussement de l'économie locale et nationale ainsi que sur la qualité du milieu de vie sherbrookois et estrien.

Dans ce contexte de plus en plus mondialisé, le réseautage transnational constitue un atout indispensable à la compétitivité des entreprises de toutes tailles. Selon les perspectives préparées récemment par l'Institut de la statistique du Québec, l'augmentation de la population dans la grande région de Sherbrooke s'explique à 100 % par le flux d'immigrants qui s'installent ici, ce qui prévaut déjà depuis 2002 et qui devrait continuer au moins jusqu'en 2026.

« L'économie mondiale se transforme et il faut savoir piloter le changement au lieu de le subir », disait le maire Jean Perrault au Sommet de Sherbrooke. La mondialisation exige de nouvelles compétences, et le pluralisme, des adaptations aux cultures nouvelles.

L'interculturalisme est donc une réalité quotidienne non seulement à l'Université, mais aussi dans les écoles, les collèges et, de plus en plus, dans les entreprises et les commerces de notre région. Les gens changent et ce sont souvent des personnes nées à l'étranger qui remplacent les baby-boomers.

Selon Gordon Nixon, président et chef de la direction de la Banque Royale, l'avantage économique ne provient plus des capitaux investis dans les usines, le matériel et les machines, mais « du capital humain, et plus notre pays sera diversifié, plus nous aurons de capital intellectuel dans lequel puiser ». « Dans l'industrie et le commerce, dit-il, la diversité est un de nos plus grands atouts pour faire croître le capital intellectuel et assurer notre capacité de livrer concurrence. » Mais pour que l'immigration nous alimente en énergie et en idées nouvelles, il faut « un effort concerté dans tous les secteurs de notre société, et notamment un leadership de la part du monde des affaires. »1 Et cela, c'est entre les mains de gens comme vous, réunis ici aujourd'hui.

Les pratiques peuvent varier d'un endroit à l'autre et selon les sphères d'activité, l'important c'est de prendre le virage. Je suis heureux de constater que de plus en plus d'employeurs de l'Estrie rejoignent dans cette direction un mouvement amorcé en France en 2004 qui fait la promotion d'une charte de la diversité comme gage de paix sociale et de prospérité dans les entreprises.

Organisé par Actions interculturelles, les chambres de commerce et l'ensemble des organismes qui soutiennent l'intégration en emploi des personnes immigrantes, le forum d'aujourd'hui est un exemple éloquent de l'importance de la diversité culturelle. La publication du Recueil des meilleures pratiques d'employeurs estriens qui sera lancé tout à l'heure en est un autre.

Avec ses 7200 employés provenant d'une cinquantaine de pays, l'Université de Sherbrooke a résolument choisi la voie de la diversité. Elle favorise des pratiques de pairs aidants et de parrainage pour ses employés, met sur pied un programme de maîtrise en médiation interculturelle et développe des outils pour la reconnaissance des acquis à l'étranger. Et ce n'est qu'un début parce que nous entendons mettre l'accent sur la mobilité des idées et des personnes pour mieux vivre ensemble dans des communautés enrichies mutuellement sur les plans scientifique, social et culturel.

Déjà, l'Estrie capte l'attention pour ses façons d'innover et sa capacité de concertation entre divers intervenants. Il faut nourrir ce dynamisme régional entre le pôle social, le pôle économique et le pôle universitaire pour continuer d'attirer ici des ressources humaines qualifiées qui incarnent et développent notre vision et notre compréhension du Monde nouveau dans lequel nous vivons.

À ce sujet, le professeur Jeffrey Gandz, de l'Université de Western Ontario, a développé toute une démonstration concernant les avantages concurrentiels reliés au concept de diversité pour les entreprises.2 C'est cette orientation stratégique reliant l'innovation et la diversité culturelle qui devrait guider notre concertation régionale au cours des prochaines années.

Nous trouvons en Estrie, non seulement le Festival des traditions du Monde et des services de francisation des immigrants, mais aussi toute une panoplie de services de placement de personnes immigrantes, de soutien à l'intégration et à la rétention en emploi, des programmes de subventions d'Emploi-Québec, des stages en entreprises, etc. Et dans quelques instants, on nous présentera un recueil de 20 employeurs qui témoignent de leurs histoires à succès d'intégration. C'est une excellente nouvelle qui vient s'ajouter à tous les autres efforts pour décupler la vitalité de la région!

Bon forum à toutes et à tous, car c'est sans aucun doute que la diversité ouvre la voie au progrès des individus, de la société et de l'humanité toute entière!

1 Discours intitulé « Libérer la puissance de la diversité » prononcé devant le Cercle canadien des femmes de Montréal, le 18 octobre 2004 : www.rbc.com/nouvelles/20041018nixon.html (page consultée le 13 juin 2008).
2 Voir : http://www.hrsdc.gc.ca/fr/pt/ot/ntemt/emt/projets_speciaux/InitiativeSansRacisme/Busine
ssCase-f.shtml
(page consultée le 13 juin 2008)