Allocution du professeur Bruno-Marie Béchard,
recteur de l'Université de Sherbrooke,
à l'occasion du colloque Espace
mathématique francophone
 

Le 27 mai 2006

Distinguées et distingués invités,
Mesdames, Messieurs,

Au nom de toute la communauté universitaire, je vous souhaite la plus cordiale bienvenue à l'Université de Sherbrooke. Je suis ravi de constater l'intérêt que soulève cet événement unique en français en Amérique sur les « mathématiques face aux défis de l'école et des communautés ».

Cette rencontre regroupant trois associations de chercheurs, de formateurs et d'enseignants s'inscrit dans le leadership coopératif de l'Université de Sherbrooke, qui entretient des liens historiques étroits avec les milieux de pratiques et les collectivités. Les bâtisseurs de l'UdeS ont anticipé dans les années cinquante le besoin d'équilibre entre les connaissances, la recherche et la pratique. C'est pourquoi nous concilions le disciplinaire et le transversal, le fondamental avec l'appliqué, le régional et l'international, au confluent des cultures pour le bénéfice de nos étudiantes et étudiants, et de toute la société.

Je souhaite que la concertation des congressistes renforce l'arrimage entre les différents ordres d'enseignement. Au moment où nous constatons une désaffection des domaines scientifiques dans nos écoles, nos collèges et nos universités, il est impératif de bâtir des projets visant à intéresser les élèves aux carrières scientifiques, y compris en mathématiques, et à attirer les collégiens et collégiennes vers la profession d'enseignantes et d'enseignants de mathématiques et de sciences.

Ainsi par exemple, la création du Centre de recherche sur l'enseignement et l'apprentissage des sciences de Sherbrooke (CREAS-Sherbrooke) répond au besoin de raviver l'intérêt des jeunes du secondaire pour les sciences, les mathématiques et la technologie. Le CREAS-Sherbrooke est l'un des cinq centres au Canada subventionnés par le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie (CRSNG). Il regroupe une équipe professorale issue de six facultés de l'Université de Sherbrooke et de deux autres universités canadiennes. Il compte ses partenaires aussi bien parmi les organismes gouvernementaux, les instances scolaires et les unités de recherche, que dans le secteur de la promotion de la culture scientifique et technologique.

L'équipe du CREAS-Sherbrooke pose comme prémisse que l'amélioration de la réussite universitaire en sciences, mathématiques et technologie passe par une meilleure formation dès le premier cycle du secondaire. C'est au cours de cette période charnière que s'opère le passage entre la formation générale du primaire et celle, de plus en plus spécialisée, du deuxième cycle du secondaire. Cette période a un effet déterminant sur l'intérêt des élèves à l'endroit des disciplines à teneur scientifique. Pour ceux qui choisiront ultérieurement de poursuivre des études plus avancées en sciences, en mathématiques ou en technologie, la qualité des bases reçues au premier cycle du secondaire se traduira par des taux de persévérance et de réussite accrus. Pour les élèves qui se destineront à d'autres disciplines, cette période aura influencé de manière définitive leur perception de la démarche scientifique et aura forgé leur opinion sur l'apport des sciences, des mathématiques et des technologies au progrès de la société.

Laissez-moi vous raconter une anecdote à propos des mathématiques. À la fin d'un cours au secondaire, pendant lequel je fus interpellé quelques fois parce que je parlais à mon voisin, l'enseignant de mathématiques m'a demandé de sa grosse voix : « Béchard, qu'est-ce que tu veux faire dans la vie? » « Je pense que j'aimerais être ingénieur », répondis-je, incertain. « Oublie ça, t'as pas la tête aux mathématiques et c'est nécessaire pour devenir ingénieur », a-t-il rétorqué sérieux comme un juge. Ébranlé, je me tus… Neuf ans plus tard, je terminai premier de ma promotion en génie mécanique. Après sept ans en industrie, je devins même professeur d'université, puis recteur. Heureusement, j'avais douté du jugement sévère de l'enseignant de mathématiques, et la jeune flamme ne s'était pas éteinte… Mais aujourd'hui, j'imagine qu'un autre intervenant aiderait à faire « jaillir l'étincelle ».

Les mathématiques transcendent les frontières géographiques et les barrières linguistiques, comme le font la musique et les arts plastiques. Jouant un rôle fondamental dans la méthode scientifique, elles constituent en quelque sorte la langue des sciences. Elles fournissent des objets, des structures et des méthodes qui permettent aux scientifiques de construire des modèles de la réalité, de les analyser sur le plan théorique, de les interpréter et de les soumettre à la vérification expérimentale.

En développant notamment l'imagination, la persévérance, la rigueur et la rectitude de pensée, les mathématiques aident à façonner et à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Comme l'a dit Albert Jacquard : « En réalité, les maths sont l'exercice de base du mécanisme intellectuel. De même qu'un enfant apprend à marcher avant de courir, sauter, faire de la bicyclette ou du cheval, de même il apprend le jeu du raisonnement à propos de nombres et de figures, avant d'utiliser les règles de ce jeu pour exprimer ou discuter des idées. »

En terminant, je remercie les organisatrices et organisateurs qui ont fait du colloque Espace mathématique francophone 2006 une plaque tournante pour intensifier les collaborations internationales entre chercheurs et praticiens dans la perspective de la diversité culturelle.

À toutes et à tous, je souhaite des échanges des plus fructueux, et aux personnes qui nous rendent visite, le goût irrésistible de revenir au Québec et à l'Université de Sherbrooke.