Allocution de monsieur Bruno-Marie Béchard,
recteur de l'Université de Sherbrooke,
à l'occasion de la Soirée des gouverneurs de la Chambre de commerce et d'industrie de la Rive-Sud

20 novembre 2003

Monsieur le Maire,
Madame la Présidente,
Distingués convives de la table d'honneur,
Mesdames, Messieurs,

C'est un plaisir et un honneur pour moi de participer à cette soirée en hommage à l'engagement qui constitue une noble tradition et une valeur essentielle pour les membres de la Chambre de commerce et d'industrie de la Rive-Sud.

Je suis convaincu qu'une collectivité en santé est une communauté où les gens s'entraident et prospèrent. C'est ce qui a caractérisé principalement l'action des chambres de commerce au Québec depuis leur fondation. À cet égard comme dans bien d'autres domaines, les gouverneurs exercent ici un leadership très apprécié. Je voudrais donc remercier chacune et chacun d'entre vous qui formez les maillons de cette grande chaîne de solidarité.

En particulier, je me joins au bureau des gouverneurs, et à vous toutes et tous, pour reconnaître l'œuvre accomplie dans la communauté par un homme d'affaires aguerri. J'ai d'ailleurs la chance d'apprécier le dévouement de Monsieur Raymond Gagné, puisque nous siégeons ensemble au conseil d'administration de Développement économique Longueuil. Monsieur Gagné est un homme d'une générosité inestimable qui, malgré le tourbillon perpétuel du monde des affaires, n'hésite jamais à conseiller ou à prêter main-forte. On sort toujours grandi de travailler avec lui!

Quant à l'entreprise engagée dans son milieu que nous honorons ce soir, je lui suis particulièrement reconnaissant d'avoir donné un premier envol à ma carrière, en 1986, comme ingénieur stagiaire en conception et fabrication assistée par ordinateur. Plus important employeur en Montérégie avec plus de 4500 employés, Pratt & Whitney Canada est à la fois un fleuron précieux pour l'industrie aéronautique du Montréal métropolitain et une locomotive de recherche et développement dans le Pôle universitaire de la Montérégie, avec deux millions et demi de dollars investis au pays par jour ouvrable, dont la majorité à Longueuil.

Ce soir, j'aimerais vous entretenir d'un sujet qui me tient particulièrement à cœur : la rencontre d'une université où «l'audace porte fruit» avec une chambre de commerce et d'industrie qui «voit grand et pour longtemps». C'est d'ailleurs la chambre qui a pris l'initiative de cette rencontre historique.

En effet, lors des travaux préparatoires du premier sommet socioéconomique de la Montérégie, votre directeur général d'alors a déposé dès 1986 l'idée de mettre en place une université régionale. Telle est l'action qui a enclenché le processus de l'engagement de l'Université de Sherbrooke à Longueuil, suivi de notre engagement dans la création du Pôle universitaire de la Montérégie. Je rappelle qu'en 1989, une délégation du Conseil régional de développement de la Montérégie, de la Chambre de commerce et d'industrie de la Rive-Sud, ainsi que de la Société pour la recherche et la formation en Montérégie, s'est rendue à Sherbrooke pour demander au recteur d'alors d'ouvrir un centre universitaire à Longueuil.

L'impact de l'UdeS à Longueuil et en Montérégie
Ainsi, fruit de votre propre vision, le Campus de Longueuil de l'Université de Sherbrooke comprend aujourd'hui deux sites principaux, soit le Complexe St-Charles à proximité du métro et l'Hôpital Charles LeMoyne affilié à l'Université.

Cette année, l'Université de Sherbrooke offre aux professionnelles et professionnels en exercice plus de 80 programmes de formation continue de 1er, 2e et 3e cycles, dont 15 exclusifs au Campus de Longueuil, en plus d'un baccalauréat en sciences infirmières de jour à temps complet.

Aussi, l'Université de Sherbrooke conçoit et dispense des programmes de formation sur mesure pour les entreprises, organismes, associations et ordres professionnels, seul ou en partenariat avec d'autres institutions d'enseignement. Sur place, ou à distance à partir de Longueuil, nous soutenons les professionnels, entreprises et organismes qui utilisent nos installations de formation. De plus, nous accueillons, informons et orientons les personnes désireuses de retourner aux études à Longueuil ou ailleurs.

Avec ses 10 000 étudiants et stagiaires, 350 professeurs, chargés de cours, chercheurs, employés et collaborateurs réguliers, le Campus de Longueuil génère ainsi une activité économique institutionnelle directe de 50 millions de dollars cette année. L'an dernier, les entreprises et organismes de Longueuil et de la Montérégie ont reçu 590 stagiaires en formation initiale.

L'Université de Sherbrooke à Longueuil, c'est aussi des activités de recherche menées avec les entreprises et les organismes d'ici. Pour la période de 1992 à 2003, par exemple, l'Université a signé des contrats de recherche totalisant 4,6 millions de dollars avec 78 entreprises situées dans 32 municipalités de la Montérégie. En plus, pour l'année 2001-2002, nous avons reçu 3,4 millions de dollars pour des projets de recherche impliquant au moins une autre université de la métropole et dont le financement total atteignait 13,6 millions de dollars.

En outre, plus de 17 000 des 90 000 diplômées et diplômés de l'Université de Sherbrooke résident à Longueuil, en Montérégie et dans la Communauté métropolitaine de Montréal.

Le Campus de Longueuil comprend aussi la Faculté de médecine qui s'est associée en 1991 à l'Hôpital Charles LeMoyne, l'un des plus grands centres de soins au Québec, pour en faire un centre hospitalier universitaire affilié. Grâce à ce statut, l'enseignement et la recherche universitaires sont actuellement en pleine expansion à Charles LeMoyne pour répondre aux besoins croissants de la population. Quelque 60 professeurs et adjoints cliniques y enseignent dans les différents domaines de la médecine et des sciences infirmières, et 275 étudiantes et étudiants y suivent des programmes de l'Université de Sherbrooke.

Nous avons même uni nos forces pour mener ensemble notre campagne majeure de financement. Soit dit en passant, je tiens à féliciter les deux coprésidents de la campagne de la Fondation Hôpital Charles LeMoyne, Messieurs Gilles Labbé et Gilles Ouimet : leur succès préfigure celui de la grande campagne concertée par l'Université de Sherbrooke et ses principales institutions de santé affiliées dont l'Hôpital Charles LeMoyne fait évidemment partie.

Par ailleurs, l'Université, l'Hôpital et leurs fondations respectives se sont alliés avec deux importants partenaires, soit Pratt & Whitney honoré aujourd'hui et la Fondation J. Armand Bombardier, pour créer la Chaire de recherche en réadaptation au travail, vouée à la prévention de l'absentéisme causé par un problème de santé. Il existe aussi un potentiel de création de chaires de recherche dans les autres lignes de force de Charles LeMoyne, comme l'oncologie, la traumatologie ou encore la recherche évaluative et organisationnelle.

Au Centre de recherche de l'Hôpital, où les revenus en subventions et commandites ont atteint près de cinq millions de dollars en 2002-2003, 90 personnes sont déjà impliquées dans la réalisation de plus de 100 projets de recherche. Ainsi, le Centre de recherche intensifie son rôle en réadaptation, en santé au travail et en santé des populations, et son affiliation universitaire lui permet d'accroître son apport au progrès social et économique de Longueuil et de la Montérégie en y augmentant la qualité et l'accessibilité des soins.

L'Hôpital Charles LeMoyne peut donc s'appuyer sur son statut de centre hospitalier affilié et ainsi compter sur l'Université de Sherbrooke pour se développer à la mesure de la Ville de Longueuil et de la grande région qu'il dessert.

L'Université de Sherbrooke participe aussi activement à la vie économique et sociale locale en concertation avec la Ville et le Centre local de développement de Longueuil, ainsi qu'avec le Collège Édouard-Montpetit et le Collège Champlain, Développement économique Longueuil et, bien sûr, votre Chambre de commerce et d'industrie.

L'Université de Sherbrooke est impliquée également à l'échelle régionale, notamment avec le regroupement Valotech, qui crée des alliances technologiques, avec le CRD de la Montérégie, le comité régional ACCORD du ministère du Développement économique et régional, la table inter-ordre d'enseignement de la direction régionale du ministère de l'Éducation du Québec, et le Conseil de développement du bioalimentaire de la Montérégie.

La visibilité du nouveau nom de la station de métro
Il était donc tout naturel que l'inauguration de la station de métro Longueuil–Université-de-Sherbrooke braque les projecteurs sur l'institution qui contribue activement au développement de la Rive-Sud et de la Montérégie depuis quatre décennies avec le dynamisme, l'innovation, l'audace et la complémentarité qui la caractérisent. Le nouveau nom de la station sensibilise l'ensemble des métropolitains à notre action et nous fouette pour redoubler d'ardeur. Ainsi, les 10 000 personnes associées à notre Campus de Longueuil et nos facultés qui y dispensent toutes de l'enseignement et y effectuent de la recherche, continueront de concourir avec vigueur et originalité à l'essor métropolitain.

Quelle richesse pour le Montréal métropolitain de miser sur le rayonnement de cinq institutions universitaires riches, variées et visibles pour assurer son positionnement concurrentiel sur l'échiquier mondial de la société du savoir. C'est dans ce contexte que la Rive-Sud a voulu que sa station de métro procure à l'Université de Sherbrooke, établie en Montérégie dès les années 60, une visibilité comparable à celle de ses quatre consœurs fortement actives sur le territoire métropolitain. Nous n'avons rien enlevé aux autres, nous avons simplement ajouté au panorama universitaire du Montréal métropolitain.

Au cours des quinze dernières années, l'Université de Sherbrooke a grandement développé ses activités à Longueuil. Cette présence dynamique a enrichi au fil des ans l'ensemble des activités universitaires de la métropole et, du coup, stimulé la créativité interuniversitaire en offrant des programmes novateurs, exclusifs et complémentaires à ceux qui se donnaient dans les établissements montréalais. À titre d'exemple, après avoir créé en 1966 le premier MBA francophone au Monde, c'est ici, à Longueuil, que nous avons développé et offert en 1989 le premier programme au Monde de MBA en français pour les cadres en exercice. Des diplômés de ce MBA sont d'ailleurs sûrement dans la salle ce soir.

Aussi, était-il capital que Longueuil affirme davantage son statut de ville universitaire par une entente historique qui fait de l'Université de Sherbrooke le « principal partenaire universitaire » pour le développement de la nouvelle ville.

Je veux donc rendre hommage à tous les présidents et présidentes d'aujourd'hui et d'hier, de votre chambre et des autres organismes régionaux, qui ont tenu à ce que la Rive-Sud de Montréal et la Montérégie disposent d'activités universitaires correspondant aux besoins de cette région, auxquels l'Université de Sherbrooke a été la première à répondre positivement, avec le dévouement et la fidélité que l'on sait aujourd'hui.

Le Pôle universitaire de la Montérégie
Si l'Université de Sherbrooke connaît un essor fulgurant à Longueuil, c'est donc qu'il était une fois une région d'un million et demi de population sur la Rive-Sud qui réclamait une université…

Or, la demande montérégienne est devenue tellement forte dans de nombreux domaines que des alliances multi-institutionnelles sont devenues nécessaires. À notre invitation et dans l'esprit de l'ancienne Société pour la recherche et la formation en Montégérie, la création du Pôle universitaire de la Montérégie associe donc d'autres institutions, ainsi qu'un regroupement des centres de recherche et des entreprises de haute technologie, pour satisfaire les énormes besoins de la population en formation universitaire et en recherche. Pour la première fois au Québec, l'Université de Sherbrooke a ainsi implanté avec ses partenaires, l'UQÀM et Valotech, un modèle déjà répandu ailleurs dans le Monde : une alliance d'institutions pour offrir ce qu'elles ont de mieux afin de desservir un territoire, en complémentarité et dans le respect mutuel, avec la collaboration des autorités locales et régionales.

Ici, il s'agit donc d'une nouvelle forme d'université : une université en réseau, qui fait appel à la collaboration de tous les partenaires, collèges, centres de recherche, autres universités et entreprises privées, pour ouvrir de nouveaux horizons et relever de plus grands défis. Ce pôle vise à combler l'ensemble des besoins en enseignement, recherche et service à la collectivité, en mettant à contribution des ressources universitaires présentes dans les entreprises et les institutions d'enseignement supérieur, incluant les cégeps.

Le Pôle universitaire de la Montérégie voit ainsi à évaluer les nouveaux besoins de formation, à orienter les demandes vers les ressources disponibles, à dispenser des services communs aux étudiantes et étudiants des différentes institutions et à coordonner les interventions complémentaires. Sa direction se compose majoritairement de dirigeantes et dirigeants d'entreprises et d'organismes de la région. Il est devenu le berceau d'une collaboration exemplaire avec d'autres établissements et avec des centres de recherche et des entreprises de haute technologie.

Je tiens à remercier la chambre de commerce et d'industrie pour son engagement à l'origine de ces deux initiatives qui s'affirment plus que jamais dans le paysage métropolitain : le Campus de Longueuil de l'Université de Sherbrooke et le Pôle universitaire de la Montérégie. Si le Campus de Longueuil a un impact croissant sur le développement de la région, votre dynamisme à son tour renforce notre vocation d'université internationale de nouvelle génération. Une université coopérative et collaborante, souple et flexible, qui fait de l'innovation son renouvellement, et du partenariat sa pertinence.

La fusion fait la force
En développant son Campus de Longueuil, l'Université de Sherbrooke est consciente de sa participation à un grand projet collectif. Au cours des dernières années, le formidable essor de la Rive-Sud de Montréal nous permet maintenant de jouer toutes et tous un rôle de plus en plus important dans la région métropolitaine, au pays et dans le Monde.

Contrairement à la division qui engendre de coûteux dédoublements, le regroupement des villes de la Rive-Sud constitue une occasion historique de combiner efficacement les efforts en matière d'environnement, de transport, de promotion économique, de sécurité, de planification urbaine, de culture ainsi que de formation et de recherche universitaires.

Ouvrant la voie à de riches retombées sociales et économiques à venir, les bénéfices de la mise en commun décuplent déjà la capacité de Longueuil d'attirer des entreprises et des institutions de choix qui créeront de nouveaux emplois de qualité et contribueront ainsi à améliorer la qualité de vie globale des citoyennes et citoyens. Bien entendu, le succès de Longueuil repose avant tout sur la volonté des leaders locaux de s'entendre sur les priorités d'action, dans le respect des appartenances, des identités et des traditions de chaque arrondissement. Au fond, la somme de nos différences peut nous rendre plus forts si nous savons bien les agglomérer.

Ainsi, de plus en plus, les Longueuilloises et les Longueuillois réalisent combien il est avantageux de se développer en ne se limitant pas à leur seul arrondissement, mais plutôt en intégrant les forces et les potentiels accrus que présentent la grande ville et même la région métropolitaine. À mes yeux, un recul sur la scène municipale viendrait saper la nouvelle cohésion qui émerge partout depuis deux ans. Au lieu d'y tourner le dos, je nous encourage à entretenir cette cohésion, à la cultiver et la nourrir, pour cimenter encore plus nos institutions et nous assurer un meilleur avenir collectif pour le bien des générations qui nous succéderont.

Bien qu'on en soit encore trop peu conscient, je constate que la fusion municipale a déjà beaucoup rapporté. Ainsi, par exemple, Développement économique Longueuil conçoit des stratégies et des actions pour mettre en œuvre une vision économique intégrée. Comment ne pas reconnaître également le leadership métropolitain qu'exercent dorénavant le maire Olivier et les conseillers municipaux? Longueuil s'investit dans la définition des enjeux du transport des personnes et des marchandises dans la région de Montréal, et le maire apporte son soutien décisif dans le dossier de l'autoroute 30. Confirmant une vocation aérospatiale et aéronautique internationale, la mise en place de la société de développement Aéroport Saint-Hubert de Longueuil valorisera une importante partie du territoire. Enfin, la Ville a déjà voté une réglementation unique au Québec sur le contrôle des pesticides.

Dans cette optique d'une solidarité pratique et de partenariats renforcés, tournés vers un avenir plus prometteur, je vous assure de la participation dévouée de l'Université de Sherbrooke à Longueuil pour réussir la fusion municipale dans le meilleur intérêt de toute la communauté de la Rive-Sud.

Ainsi, Longueuil et le Montréal métropolitain peuvent continuer de compter sur l'Université de Sherbrooke pour se tailler de plus en plus une place de choix dans la société du savoir!

Osons penser et agir ensemble pour un leadership novateur au cœur d'une région d'avenir!

Encore félicitations aux lauréats, et bonne soirée à toutes et à tous!