Allocution de monsieur Bruno-Marie Béchard,
recteur de l'Université de Sherbrooke,
au vernissage de l'exposition « Un monde parfait »
dans le hall de la Faculté des sciences

27 septembre 2001

Messieurs les représentants de la France, 
Distingués invités et invitées, 
Chers collègues et membres de la communauté universitaire, 
Mesdames, Messieurs,

La Galerie d'art du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke inaugure aujourd'hui, en collaboration avec la Faculté des sciences, une exposition qui est le fruit d'une résidence d'artiste dans notre Université. Le résultat est présenté dans le cadre de l'événement intitulé « France au Québec/la saison ».

Grâce à l'initiative de la Galerie d'art, monsieur Jean-Sylvain Bieth, un artiste français de la nouvelle génération, a pu bénéficier de la collaboration de la professeure Colette Ansseau du Département de biologie, chercheuse en écologie végétale, pour développer un concept autour des plantes considérées mauvaises.

Au point de rencontre de l'art et de la science, de mauvaises herbes entrent dans la composition de médicaments. De ce fait, des plantes habituellement détestées, telles que l'ortie, la fumeterre et le gratteron, sont en même temps des herbes officinales, donc salutaires. Ce sont ces plantes curieuses que l'artiste accole à des reproductions de certains groupes humains généralement délaissés, comme des femmes afghanes, des enfants iraniens, des indiens ou des noirs d'Amérique.

L'artiste Jean-Sylvain Bieth est né en 1955 à Cambrai. Il vit et travaille à Nantes, où il enseigne la sculpture à l'École d'Art. M. Bieth a déjà exposé cette année au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. L'an dernier, il a exposé à la Biennale de Lyon. Il n'en est pas à ses premières présentations au Québec et au Canada : en 1993, il a exposé à la Galerie Optica à Montréal et en 1998, à la Contemporary Art Gallery à Vancouver. M. Bieth a aussi montré ses œuvres au Monténégro, à Paris, Berlin, Édimbourg, Palerme, Venise, etc. Boursier des ministères de la Culture et des Affaires Étrangères de France à plusieurs reprises, M. Bieth est aussi triple lauréat de la villa Médicis Hors-les-murs, en 1988, 1991 et 2001.

En milieu universitaire, on ne s'étonnera pas que le geste créateur surprenne ou même dérange. Comme c'est le cas souvent dans l'art contemporain, l'artiste nous offre ici un travail engagé d'un point de vue social pour secouer des préjugés, éveiller une prise de conscience, remettre en question un monde imparfait. La compréhension de cette œuvre fait appel à des codes de référence et à des associations culturelles qui nécessitent un effort voulu de la part de l'observateur. La démarche s'inscrit dans l'apprentissage d'une réflexion, à partir d'un code visuel. C'est là un objectif visé par notre Galerie d'art.

J'aimerais préciser que depuis 1981, la Galerie d'art a repoussé certaines limites de la muséologie en liant production et diffusion dans un contexte d'interdisciplinarité ou la science et l'art se rencontrent, collaborent, cherchent, étudient leurs différences au profit d'un ensemble cohérent, d'une œuvre à exposer et d'une recherche à montrer et démontrer. Dans ce sens-là, ces expériences passées illustrent un parti pris affirmé pour le travail de collaboration avec d'autres disciplines.

C'est la deuxième fois que la Galerie d'art collabore avec la Faculté des sciences. La première fois, il y a quatre ans, des dessins de plantes médicinales étaient à l'honneur. Je voudrais rendre hommage au doyen de la Faculté, monsieur Jean Goulet, pour sa grande ouverture au monde des arts visuels. Je voudrais souligner aussi le travail de la professeure Colette Ansseau, qui a agi un peu comme biologiste conseil dans la présente exposition, où l'un des défis consistait à faire pousser certaines plantes qui, à cette période de l'année, ne poussent pas normalement. Il y a eu aussi tout un travail d'échange et de recherche pour arriver au résultat souhaité par l'artiste.

C'est la première fois que la Galerie d'art du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke organise une résidence d'artiste. Outre la professeure Ansseau, mentionnons le concours du technicien Jean-Marc Lalonde, de la chargée de cours Andrée Thériault et du chargé de cours Ghislain Pelletier.

Une autre collaboration associe la Galerie d'art de l'Université de Sherbrooke au Musée du Séminaire de Sherbrooke, un musée à vocation de sciences naturelles et de sciences. Le Musée du Séminaire inaugure aujourd'hui même une autre exposition intitulée celle-là « Quand la science rejoint l'art ». Il s'agit de clichés tirés de la collection photographique de l'Institut national de la recherche médicale de Paris. Le concepteur, monsieur Michel Depardieu, est chercheur à l'Inserm et il donnera une conférence au Carrefour de l'information de l'Université de Sherbrooke le 1er octobre. À cette occasion, monsieur Depardieu présentera le site SERIMEDIS de l'Inserm. Je vous invite à aller y découvrir comment on peut aboutir à des clichés hautement esthétiques à partir d'un document produit à des fins didactiques ou en vue d'une publication scientifique. Dans ce cas, on peut voir des bactéries, des molécules, des cellules, des tumeurs et autres composantes, au croisement de l'art et la technologie.

Enfin, dernier pont, mais non le moindre, ces événements sont présentés dans le cadre de « France au Québec/la saison ». Cette grande fête de la culture française, qui se poursuit jusqu'à la fin du mois de novembre, montre partout au Québec une image résolument contemporaine de la France à travers ses artistes de la nouvelle génération.

L'Université de Sherbrooke veut permettre aux membres de la communauté universitaire une fréquentation quotidienne de l'art visuel. Il s'agit là d'un aspect constitutif de notre culture. Comme on peut s'en rendre compte en visitant la présente exposition, l'art contemporain est souvent là pour déranger. Il nous amène alors à nous ouvrir l'esprit en regardant le monde autrement. Cette présence de l'art sur le campus est complémentaire à l'enseignement et à la recherche et contribue à la formation de personnes plus complètes, avec un esprit critique aiguisé.

Je remercie toutes les personnes qui ont contribué à la préparation de cet événement et je vous souhaite à toutes et à tous une réflexion fructueuse autour de l'exposition inaugurée aujourd'hui.