La fin des études

Pauline Leblanc, conseillère d'orientation

Depuis quelque temps, je questionne les gens qui m'entourent, qu'ils soient étudiants, collègues, patrons, amis ou parents : «Te souviens-tu de la fin de tes études? C'était comment? Et ton premier emploi?» Et je ne peux m'empêcher, au fil de ces conversations, de plonger dans mes souvenirs. Ma petite enquête n'a rien de scientifique, mais elle m'a quand même permis de faire quelques découvertes intéressantes.

Fun ou fin?

La fin des études fait vivre tellement d'émotions. C'est une étape importante dans la vie d'une personne. Quand on sait qu'on entre à l'école à cinq ans et qu'on en sort à 22-23 ans minimum, ca fait tout un bagage (17 ans!) d'expériences passées dans l'univers du sacré Charlemagne! Les plus belles années de ma vie, disait la publicité de l'Université. Pas surprenant que les bancs d'école soient difficiles à quitter. Le milieu des études vous colle à la peau. C'est un monde connu et vous en maîtrisez toutes les règles du jeu. Vous y avez pris goût, malgré tous les efforts à fournir et les difficultés à traverser.

Ma petite enquête, ajoutée à mon expérience personnelle, m'a confirmé qu'en général, les études, c'est le fun! Mais comme toute bonne chose a une fin, il faut quitter un jour notre alma mater. Je me rappelle ce mélange d'émotions. Je ressentais à la fois le soulagement, la fierté d'avoir réussi, d'avoir atteint mon but, d'obtenir un diplôme, et la tristesse de la séparation avec mes amis qui suivent eux aussi leur route dans une autre direction. La perspective de devoir peut-être quitter une région que j'aime me laissait perplexe. Le fun de la fin qui alterne avec la fin du fun?

L'éternel étudiant

La fin des études signifie entrer tôt ou tard sur le marché du travail. Certains choisissent une autre direction. Ils demeurent aux études, raffinent ou élargissent leurs connaissances, se perfectionnent. Éviter d'accéder au marché du travail et choisir de devenir un drop-in ou un éternel étudiant est une sortie de secours piégée. La surdiplomation est sans doute mieux acceptée et plus facile à justifier aujourd'hui, mais elle cache parfois une certaine peur de l'inconnu, un manque de confiance devant des habiletés nouvelles nécessaires pour passer à l'action dans un milieu différent. Ainsi, traverser les étapes de la recherche d'emploi peut être un vrai calvaire pour certains et accepter de changer de mode de vie peut être difficile à envisager pour d'autres.

J'ai hâte, j'ai peur?

Jeunes et moins jeunes m'ont confié avoir ressenti le même mélange contradictoire d'excitation et d'appréhension face à cette période qu'est la fin des études. Excitation, pour mon ami Louis, de pouvoir prendre sa place dans la société et redonner ce qu'on a reçu. Excitation devant une nouvelle identité, pour ma cousine Annie, nouvelle diplômée : je ne suis plus étudiante, je suis maintenant professionnelle. Une nouvelle routine s'installe : fini les devoirs et vive le jour de paye!

Débuter dans un nouvel emploi demande de se donner du temps. Du temps pour recréer des liens, pour prendre de l'assurance et développer son expertise, pour rétablir ce déséquilibre dans le mode de vie parfois si différent de celui des études. Cette appréhension est commune à toutes les personnes que j'ai interrogées : elle se traduit par la hantise de la recherche d'emploi et des entrevues, l'incertitude de savoir si on déménage ou pas, l'anxiété de la première journée de travail dans une «vraie job».

Il faut savoir se faire confiance, savoir se donner le droit à l'erreur et savoir apprendre de celle-ci, savoir s'appuyer sur les habiletés transférables, c'est-à-dire les acquis à la fois théoriques et pratiques développés dans nos cours et nos stages. Faire sa place demande aussi du temps. Je vous souhaite à vous, finissants, de vous accorder ce précieux temps pour apprivoiser ce monde nouveau qui vous attend.