Multiplication des outils de portfolio dans la formation universitaire

Des membres de la cellule de veille et de l’équipe de soutien pédagogique du Service de soutien à la formation ont concocté un minidossier sur les portfolios numériques, de plus en plus répandus comme outils d’accompagnement à la formation universitaire.


Définitions

Les portfolios servent habituellement à garder une trace des travaux, réalisations ou apprentissages réalisés par une personne pendant une certaine période. Si les portfolios de présentation utilisés par les artistes et designers s’arrêtent souvent à la collecte des réalisations, les portfolios d’apprentissage, de développement professionnel et d’évaluation vont plus loin, en y ajoutant certains des éléments suivants :

  • Ils permettent d’organiser ces contenus de manière à témoigner non seulement des acquis, mais aussi de la progression de la personne dans ses réalisations et ses apprentissages. Par exemple, pour illustrer le développement de compétences sur toute la durée d’une formation.
  • Dans un cadre éducatif, on y intègre habituellement des réflexions sur ses apprentissages, sur ses pratiques et sur des dimensions plus générales qui touchent le domaine d’intervention. Ainsi, par l’analyse d’expériences professionnelles, on identifiera ses forces et ses faiblesses et, surtout, on formulera des stratégies pour poursuivre son développement.
  • Ils servent de moyen d’évaluer les apprentissages en parcourant les produits et réflexions qui y ont été déposés tout au long d’un processus de formation.

Portfolios «autonomes» ou portfolios «programmes»

On peut aussi distinguer les portfolios qui sont proposés comme des outils personnels de développement de ceux qui font partie intégrante d’un programme de formation. Ainsi, le Plan de développement individuel du Service des stages et du placement de l’UdeS ou le Webfolio de l’Université Laval sont des portfolios proposés aux étudiants pour qu’eux-mêmes choisissent certaines habiletés ou compétences qu’ils souhaitent développer et consignent leurs propres notes sur l’évolution de leurs apprentissages dans une démarche volontaire. Ceux-ci peuvent par la suite utiliser leur portfolio pour rédiger leur curriculum vitæ et se préparer à la recherche d’emploi.

Cette approche «autonome» du portfolio est différente des portfolios intégrés aux programmes, par exemple ceux utilisés dans la formation universitaire des enseignants, où l’on demande explicitement aux étudiantes et étudiants de témoigner du développement des douze compétences identifiées par le MELS pour les enseignants.

Les portfolios numériques dans les universités du monde

Selon une présentation de Samantha Slade, de la firme montréalaise Percolab, 56 % des universités britanniques (35 institutions) disposaient de portfolios numériques en 2007, tandis qu’environ 40 % des universités américaines feraient maintenant de même. On retrouve aussi des exemples d’utilisation en Australie, dans les Pays-Bas, et dans certaines institutions de la francophonie. Samantha Slade attribue l’engouement pour de tels outils à la multiplication des programmes basés sur l’acquisition de compétences et à la tendance à l’apprentissage tout au long de la vie (lifelong learning).

On trouve par ailleurs des exemples de portfolios favorisant le développement professionnel des enseignants. Par exemple,le centre pédagogique (Centre for Learning and Teaching) de l’Université Dalhousie offre un atelier sur la constitution d’un portfolio mettant en valeur l’enseignement. De même, la University of London met à la disposition de son personnel une plate-formepour ce faire. L’Université McGill demande désormais que ses professeurs maintiennent un portfolio d’enseignement comme élément de leur dossier de promotion.Comme quoi le fait d’utiliser soi-même un portfolio peut faciliter l’accompagnement des étudiants par la suite…

Les portfolios électroniques dans les autres universités québécoises

Les universités québécoises s’y mettent à leur tour. Le portfolio, incluant son support électronique, devient donc de plus en plus présent dans le paysage universitaire. Il est souvent adopté d’abord par les programmes de formation à visées professionnelles.

Ainsi, les programmes de formation des maîtres et plusieurs autres programmes de formations «professionnalisantes» ont recours aux portfolios en format papier ou électronique. Dans le cas des portfolios électroniques, ils sont parfois constitués selon des méthodes ad hoc (sites Web créés sur mesure par les étudiants, documents PDF, etc.) ou portés par des plateformes Web facultaires ou départementales. L’UdeS s’inscrit actuellement dans cette même tendance.

Au moyen d’une recherche simple du mot «portfolio» sur les sites des diverses universités québécoises, nous avons voulu savoir où celles-ci en étaient quant à leur utilisation des portfolios. Nous nous sommes attardés aux portfolios d’apprentissage tels qu’ils sont intégrés à même des programmes de formation (par opposition aux outils dits «autonomes» mentionnés précédemment, offerts aux étudiants sans être intégrés à leurs programmes de formation).

McGill

Portfolios pour les étudiants en enseignement.

Laval

Portfolios pour les étudiants en enseignement (plateforme, Faculté des sciences de l’éducation).

Concordia

Pas de portfolio d’apprentissage trouvé pour les étudiants de Concordia, mais le Centre d’études sur l’apprentissage et la performance du Department of Education a conçu un portfolio électronique disponible gratuitement pour les commissions scolaires, destiné aux pratiques réflexives (autorégulation) chez les élèves et pour la recherche sur le sujet.

Université de Montréal

Projet Edufolio (projet du professeur Thierry Karsenti) : un outil offert gratuitement. L’UdeM ne semble pas l’avoir adopté comme plateforme institutionnelle ou départementale ou même dans un programme spécifique.

  • http://eduportfolio.org (version 2.0 qui offre des passerelles vers Twitter et Facebook; le portfolio «en réseau»)

Projet Momentum de mise à niveau des TIC, incluant un projet de portfolio numérique d’apprentissage et professionnel (projet futur, possiblement basé sur Open Source Portfolio).

UQAM

Pas de plateforme institutionnelle à proprement parler. La professeure Stéphanie Dansereau consacre sa recherche à la théorie des portfolios électroniques.

TELUQ

Recherche infructueuse, sinon dans un plan de cours où il est question que les étudiants développent un portfolio (probablement selon des méthodes ad hoc).

UQAR

Mention qu’il faut développer un portfolio dans le cadre du bac en enseignement professionnel. Pas de plateforme électronique trouvée.

UQAC

Mention du besoin d’élaborer un portfolio dans certains programmes, comme pour la reconnaissance des acquis de stage en travail social, ainsi que pour la formation initiale au bac en sciences infirmières. Les portfolios décrits ne semblent pas être électroniques.

UQAT

Recherche infructueuse.

UQO

Pas de plateforme institutionnelle dédiée.

Le secteur de l’éducation a eu un groupe de travail sur les portfolios électroniques, mais la page n’a pas été mise à jour depuis 2004. Leur plateforme pour le soutien d’un portfolio électronique à l’époque était WebCT selon un rapport disponible sur leur site.

Il y a des plans de cours sur le sujet au 1er et au 2e cycle en éducation.

UQTR

Les portfolios sont utilisés pour la formation des maîtres.

Ils font aussi partie des programmes en ergothérapie au 1er et au 2e cycle, sous forme électronique, mais sans plateforme institutionnelle ou départementale mentionnée dans les documents et pages Web consultées.

Critique et évaluation des portfolios

Les portfolios ont bien sûr aussi leurs détracteurs. Ainsi, dans un article du Inside Higher Edd’octobre 2009, trois universitaires traitent de ce qu’ils appellent «The Limitations of Porfolios» et où ils s’opposent surtout au fait d’en faire le mode d’évaluation privilégié en remplacement des instruments standardisés existants.

Il y a aussi lieu de mentionner certaines réserves des étudiantes et étudiants quant à l’adoption de cette formule pédagogique. Le Canadian Journal of Learning and Technology a publié en 2005 une intéressante étude sur la perspective étudiante face au portfolio électronique : «Engagement with Electronic Portfolios: Challenges from the Student Perspective». Par ailleurs, en conclusion d’une journée de colloque qui s’intitulait Le portfolio en enseignement supérieur : Comment aider l’étudiant dans sa démarche? et qui se déroulait le 6 novembre 2009 à HEC Montréal, Marilou Bélisle, conseillère pédagogique au Centre d’études et de formation en enseignement supérieur de l’Université de Montréal, proposait une série de questions particulièrement judicieuses pour évaluer l’utilisation du portfolio.

Les portfolios à l’UdeS

À l’Université de Sherbrooke, certains programmes (par exemple, le doctorat en médecine, le baccalauréat en enseignement au secondaire, la maîtrise en enseignement) utilisent déjà les portfolios sous différentes formes et envisagent d’aller plus loin, tandis que d’autres souhaitent les intégrer sous peu (par exemple, génie civil). On a donc expérimenté avec divers outils.

À l’hiver 2010, avec le soutien du Service des technologies de l’information, le personnel du SSF se penchera sur le choix d’une plateforme institutionnelle de portfolio électronique. Des consultations sont prévues afin de choisir le logiciel qui offrira le plus de flexibilité aux clientèles qui voudraient l’utiliser. Par exemple, tel outil pourrait soutenir la dimension réflexive au sein de certains parcours de professionnalisation. Le SSF offre également des ateliers sur l’utilisation du portfolio dans un environnement pédagogique (voir le catalogue de formations).