La thérapie génique mise à l’épreuve pour lutter contre la maladie de Fabry

Des résultats encourageants de modèles précliniques seront testés sur des patients par des chercheurs de 5 universités canadiennes

Les professeurs Christiane Auray-Blais, de l'UdeS, et Jeffrey Medin, de l'Université de Toronto.
Les professeurs Christiane Auray-Blais, de l'UdeS, et Jeffrey Medin, de l'Université de Toronto.
Photo : Robert Dumont

31 mai 2012

Antoine Lescarbeau et Robin Renaud

La maladie de Fabry est une maladie génétique rare : plus de 300 Canadiens en seraient atteints. En raison d’une anomalie génétique, ces personnes ne produisent pas suffisamment d’une enzyme qui – normalement – doit assurer le métabolisme des composés importants du corps. Résultat, la maladie progresse et entraîne des complications cardiaques ou rénales ainsi qu’au niveau du cerveau. Jusqu’à maintenant, on traite la maladie par des thérapies pour combler le déficit de l’enzyme spécifique relié à la maladie, une thérapie invasive et coûteuse. Mais des chercheurs canadiens ont développé une approche qui vise plutôt à cerner la source du problème, en corrigeant le déficit génétique au niveau du gène impliqué dans la maladie. Cette approche sera bientôt mise à l’épreuve pour la première fois sur des patients.

Limites des traitements actuels

Il n’existe pour l’instant qu’une voie pour traiter des patients Fabry : la thérapie enzymatique de remplacement. Cette thérapie est bénéfique pour ralentir la progression de la maladie. Toutefois, les patients Fabry doivent recevoir cette thérapie invasive pour le reste de leur vie et certains développent des réactions immunologiques contre la thérapie. Mais surtout, cette approche ne solutionne pas le cœur du problème, relié au déficit enzymatique, soit la mutation génétique.

C’est le défi que veulent relever Christiane Auray-Blais, professeure à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, et Jeffrey Medin, professeur au University Health Network de l’Université de Toronto, qui est aussi l’investigateur principal.

La thérapie génique qu’ils proposent avec d’autres collègues canadiens constitue une toute nouvelle approche. Plutôt que de simplement introduire des enzymes chez le patient par voie intraveineuse, les chercheurs veulent implanter des gènes sans anomalie dans l’organisme du patient, afin que ce dernier puisse générer naturellement l’enzyme.

«La thérapie génique vise à apporter un facteur de correction au niveau de l’expression de gènes absents ou défectueux. Pour ce faire, nous utilisons des virus modifiés développés par l’équipe de recherche du Dr Medin afin de transférer le gène normal directement dans les cellules, ce qui génère ensuite l’enzyme corrigé chez l’hôte», explique la professeure Auray-Blais, qui est aussi chercheuse au Centre de recherche clinique Étienne-Le Bel du CHUS.

Un impact intéressant survient lorsque l’enzyme corrigé est généré : il circule dans le corps du patient Fabry et il peut même agir sur d’autres cellules à distance. Les chercheurs ont évalué cette stratégie thérapeutique dans un certain nombre de modèles précliniques. Les succès obtenus pavent la voie à une nouvelle étude clinique de thérapie génique chez les patients Fabry.

«Nous prévoyons orienter la thérapie génique vers les propres cellules souches sanguines des patients Fabry qui peuvent circuler à travers le corps et ainsi distribuer le facteur de correction chez le patient, mentionne le professeur Medin. De plus, ces cellules continueront ce processus tout au long de leur vie.»

5 partenaires canadiens

Cette technologie de thérapie génique n’a jamais été mise à l’épreuve pour les patients atteints de la maladie de Fabry. Si les résultats sont concluants, ils pourraient contribuer à améliorer grandement la santé des patients au Canada et ailleurs dans le monde.

Afin d’atteindre les objectifs, les chercheurs ont regroupé une équipe pancanadienne d’experts en soins de patients, en analyse de biomarqueurs, en biologie/thérapie sanguine, en études cliniques et en thérapie génique.

En plus des universités de Sherbrooke et de Toronto, plusieurs institutions participeront à ce projet de recherche d’envergure : l’Université de Dalhousie à Halifax, l’Université McMaster à Hamilton et l’Université de Calgary. Cette équipe de haut niveau vient de recevoir une importante subvention des Instituts de recherche en santé du Canada pour une période de cinq ans dans le cadre d’équipes émergentes pour les maladies rares et ce, en partenariat avec la Fondation canadienne du rein.