Selon un article publié dans Nature par un professeur de l'Université de Sherbrooke

La chasse aux trophées compromet l'avenir des mouflons à longues cornes

Sherbrooke, le 10 décembre 2003 –  La chasse aux mouflons d'Amérique mâles à longues cornes de Ram Mountain, en Alberta, compromet l'avenir de cet important troupeau et elle a déjà des effets néfastes sur les caractéristiques génétiques de l'espèce.

C'est la conclusion livrée par Marco Festa-Bianchet, professeur au Département de biologie de l'Université de Sherbrooke, dans un article de la prestigieuse revue scientifique Nature, article qu'il co-signe avec des collègues des États-Unis et du Royaume-Uni : «Notre étude est la première à montrer un effet de sélection artificielle auprès d'une population sauvage en tenant compte de données recueillies depuis 1971 auprès de presque tous les individus du troupeau», affirme le chercheur.

L'étude démontre que la politique actuelle de chasse aux trophées va à l'encontre de la sélection naturelle qui favorise les mouflons équipés de longues cornes plus aptes à défendre les femelles en rut contre des mâles porteurs de cornes plus petites : «Les chasseurs pratiquent une sélection artificielle qui élimine progressivement et très rapidement les gènes qui favorisent la croissance de longues cornes. Pire encore, les caractéristiques génétiques des mâles à longues cornes sont aussi associées à d'autres traits héréditaires comme la taille des individus, et possiblement leur force, leur santé, etc. L'espèce perd donc ses meilleurs géniteurs et nous constatons très vite des conséquences négatives sur d'autres caractéristiques de cette population», explique Marco Festa-Bianchet.

À l'heure actuelle, tout résident albertain peut s'acheter un permis de chasse au mouflon d'Amérique mâle et tuer un bélier dont les cornes font plus de 4/5 de courbure. À cause du trophée que représentent ses cornes, un mâle à grandes cornes peut être abattu dès l'âge de quatre ans alors que ses longues cornes ne lui permettront d'assurer son succès auprès des femelles que vers l'âge de sept ans. L'espérance de vie des mouflons à grandes cornes est donc courte et cela diminue leurs chances de transmettre leurs gènes. Comme les béliers à petites cornes ne sont pas visés par les chasseurs, ils ont peu de compétition lors des périodes de rut et l'espèce est de plus en plus représentée par des mâles à petites cornes moins résistants.

Déjà, 32 années de suivi scientifique sur le troupeau ont démontré que la composante génétique de la longueur des cornes a changé : les mâles d'aujourd'hui ont des cornes génétiquement plus petites que leurs ancêtres. «Notre étude souligne l'importance de prendre en compte la génétique et l'écologie évolutive lorsqu'il est question de gestion de la faune et de la conservation des espèces», explique Marco Festa-Bianchet, qui donne actuellement une série de conférences en Australie.

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