La rentrée pour s'intégrer

Chronique de psychologie

Psychologue invité : Michel Roy

Q. À quoi correspond la rentrée universitaire dans la vie d'un étudiant?

R. À mon sens, la rentrée universitaire correspond à un moment charnière dans la vie d'un jeune adulte. Bien sûr, la rentrée se vit différemment selon que l'on en soit à notre première ou à notre troisième rentrée universitaire, en début de baccalauréat ou en début de maîtrise. Mais la première rentrée dans un cycle universitaire revêt une importance particulière : c'est le premier pas concret vers la réalisation de son rêve. C'est aussi l'intronisation dans un monde nouveau, un cercle plus restreint où tout le monde n'est pas admis : "Je suis à l'Université. Je suis à la maîtrise.". La personne ressent souvent une fierté bien légitime. En même temps, il y a toujours un revers à la médaille, plusieurs vivent une certaine appréhension face aux défis qui se présentent : il faudra réussir les épreuves scolaires, persévérer… Quelquefois aussi, on voudra répondre à certaines attentes, ne pas décevoir car en plus du désir de l'accomplissement personnel, on sent le regard des autres, de ceux et celles qui nous envient, qui contribuent à payer nos études, qui souhaitent notre bonheur...

Q. En quoi la rentrée universitaire diffère-t-elle des autres rentrées scolaires?

R. Elle en diffère parce qu'elle coïncide, pour les plus jeunes (la majorité) avec une étape de développement intense : le passage de l'adolescence à la vie adulte. Il s'agit donc, symboliquement d'une entrée dans la vie adulte autonome. Les étudiantes et étudiants auront à faire des apprentissages nécessaires à la construction de leur autonomie et de leur identité d'adulte en plus des multiples apprentissages scolaires. Ils feront l'expérience d'une plus grande liberté : ils peuvent mener leurs affaires à leur guise, sans rendre compte à d'autres qu'à eux-mêmes. Il leur faudra en contrepartie assumer une plus grande part de responsabilité (encore le revers de la médaille) : apprendre à tenir maison, à gérer un budget et plusieurs autres aspects de leur vie personnelle (alimentation, hygiène…). Il y a aussi leur vie sociale à reconstruire s'ils arrivent de l'extérieur de la région. Ce sera l'occasion de faire de nouvelles connaissances, de développer de nouvelles amitiés. Bref, ils sont dans une période de changement importante, riche… et troublante.

Q. Quels sont les principaux problèmes que peuvent rencontrer les étudiants à la rentrée?

R. Un des principaux écueils rencontrés à la rentrée peut être la solitude, l'isolement. Pour ceux et celles qui ont une certaine inhabileté à entrer en relation, la période de la rentrée peut être particulièrement difficile. On voit les vieux amis se retrouver, on remarque ceux et celles qui savent vite s'intégrer à un groupe… La rentrée est un temps d'exubérance, de party et l'isolement n'en devient alors que plus insupportable. On peut aussi faire face à l'ennui. On vient de quitter son monde familier, sa blonde, des amis et on n'est pas si tôt arrivé qu'ils nous manquent déjà. Il s'agit là de situations normales liées à la transition que l'on est en train de vivre. On vit toujours une forme d'inconfort dans des périodes de transition. Il s'agit d'une sorte de passage obligé, avant de se sentir à nouveau à l'aise dans cet univers inconnu qui deviendra, petit à petit, familier. Il peut arriver aussi que l'on vive une forme de déception par rapport au programme d'études choisi. On se voyait déjà en arrivant à l'université vivre son rêve professionnel de façon concrète et l'on se retrouve encore sur les bancs de l'école avec des cours théoriques. Ce désenchantement, la plupart du temps temporaire, s'avère difficile pour certains.

Q. Le rite de l'initiation est-il vraiment important dans le processus d'intégration?

R. L'initiation est un rituel de passage qui marque le franchissement d'une étape importante vers un autre état, un autre statut (passage à l'âge adulte, intégration à un nouveau groupe de référence…). Pour atteindre ce statut d'initié, il faut réussir certaines épreuves. Concrètement, l'initiation favorise le contact humain, d'abord entre les initiés qui partagent les mêmes épreuves. On se serre les coudes, on devient solidaires dans l'épreuve et, une fois la tempête passée, on est soulagés, contents et l'on a déjà du vécu en commun. Ça aide à tisser des liens. Ici, à Sherbrooke, à travers les épreuves, on sent chez les initiateurs le désir d'aider les "verts" à se familiariser avec le nouveau milieu de vie : il y aura des rallies, des fêtes de l'initiation, toutes sortes d'occasions de prendre le pouls de son milieu de vie et de ses habitants (les étudiants des années précédentes, les professeurs…). Bien sûr, l'initiation peut faire peur, et peut amener quelques personnes à s'isoler davantage : dans ces grandes foires, on ne fait pas toujours dans la dentelle et la nuance, ce qui fait que certaines personnes plus vulnérables seront laissées pour compte. Il reste que ce rite de passage peut faciliter grandement l'intégration des nouveaux pour peu que les organisateurs soient conscients du potentiel intégrateur de cette activité.